ALFA ROMEO SPIDER AERODINAMICA

0

1967 : « Le Lauréat » relate les pérégrinations d’un Dustin Hofman nubile délaissant les charmes matures et sulfureux d’Anne Bancroft pour se lancer à la poursuite effrénée de la virginale Katharine Ross, au volant d’une Alfa Romeo Duetto écarlate.
1986 : MTV UK diffuse en boucle les images sucrées de Samantha Fox fredonnant l’air débilitant de « Nothing’s Gonna Stop Me Now », ses lourds attributs mammaires naturels et ses escarpins blancs confortablement installés à bord d’une Alfa Romeo Spider « Aerodinamica » noire de geai.

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

Il serait aisé d’évoquer une dégénérescence éventuelle de la lignée Duetto/Spider en établissant de fallacieux parallèles entre les deux monuments audiovisuels susmentionnés. Peu enclin à la facilité, le Blenheim Gang a décidé de se pencher sur les charmes de la version la plus décriée de la lignée, la « Série III » aka « Aerodinamica qui succéda aux Duetto (1966-1969) et « Coda Tronca » (1969-1982)

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

La Spider apprêtée pour affronter les turpitudes des années 80 dévoila pour la première fois ses nouveaux atours de polyuréthane à l’occasion du Salon de Genéve de 1983. Les appendices aérodynamiques appliqués sans retenue sur des surfaces, jusqu’alors préservées, générèrent un flot d’interrogations sur la rigueur du processus de sélection des ressources humaines de l’officine Pininfarina. Malgré tout, ce lifting chirurgical effectué dans des conditions de stérilisation douteuses eut l’insigne avantage de raviver l’intérêt du marché américain pour la Spider, désormais seule à occuper la niche des roadsters abordables, suite aux défections successives de MG et Triumph.

La Duetto incarnait en son temps l’imagerie d’une jeunesse dorée empreinte de Dolce Vita post-fellinienne à laquelle adhérait le jeune Luca Di Montezemolo, dont ce fut la première automobile. La Spider « Aerodinamica » fut, quant à elle, très prisée d’une catégorie de jeunes professionnels urbains. Près de 10 ans avant l’émergence des roadsters modernes initiée par la Mazda MX-5, elle constituait un symbole de choix pour les esthètes autoproclamés, en mal d’attention au sein de la nuée de GTI d’origines diverses qui maculaient les espaces des « corporate parkings ».

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

Si les Duetto et Coda Tronca pouvaient, malgré la finesse de leur silhouette, asseoir une certaine image de virilité suave à leurs conducteurs, la Série III connut un fort succès auprès de la gent féminine. Le chanteur populaire canadien Bryan Adams, sur l’insistance de sa compagne d’alors, se procura en 1988 un exemplaire flambant neuf d’une Spider identique à celle qui illustre ces lignes. Il s’en débarrassa au bout de quelques semaines, déclarant, à qui voulait l’entendre, qu’il se sentait mal à l’aise à bord de cette voiture de comptable californien. Belle exemple de mépris à l’égard de son public cible…

Contrairement à ses anciennes rivales britanniques à la conception plus « rustiques », le Spider a toujours pu s’appuyer sur l’excellence qui prévalut à la conception technique de la Duetto originelle. Ses 4 freins à disques, sa boîte de vitesse à 5 rapports et son groupe propulseur alu à double arbre à cames, et ceci dés 1966, ont contribué à assurer une certaine bienveillance de la part de la presse au cours des trois décennies qu’elle a touché.

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

Le scalpel a heureusement largement épargné les attraits mécaniques de la Spider. Le proverbial double arbre Alfa Romeo, du haut de ses 128cv, se montre démonstratif et vigoureux dans un ensemble d’une relative légèreté. Toutefois, l’emploi de superlatifs n’est pas de mise pour évoquer la version dotée de l’injection Bosch dont la greffe a pour néfaste conséquence de gagner en facilité de maintenance ce qu’elle perd en enthousiasme et en qualité sonore. La rigidité du châssis est certes d’un autres âge mais ce dernier se montre fluide et relativement discipliné quand l’esprit de ballade champêtre auquel la personnalité de la voiture semble le destiner se mue en velléités plus belliqueuses. La monte pneumatique moderne lui confère un niveau de tenue de route relativement élevé, sans commune mesure avec les roadsters issus de cette époque. Malgré sa relative modernité esthétique, il convient cependant de se rappeler qu’il s’agit d’une propulsion,certes bien conçue, mais fermement ancrée dans la fin des années soixante au niveau de ses réactions…

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

L’alliance d’une ligne pure et gracile et de gimmicks esthétiques inspirés par le trait leste des accessoiristes allemands est sans conteste des plus incongrue et la démarche pourrait être aussi risible et détestable qu’un relooking de Vittorio Gassamn par les stylistes de « MiamiVice ». Mais l’élégance du dessin initial parvient clairement à prendre le dessus sur les maladresses de traitement. Le disgracieux spoiler de malle en caoutchouc noir, et la proue hideusement torturée, sont autant de témoignage gauche et maladroit des excès d’une époque qui lui confère un charme certain. Ce dernier ne peut certes rivaliser avec celui plus académique des Duetto et Coda Tronca, mais son attrait ne peut aller que grandissant à mesure que l’incontournable assimilation des codes issus des années 80 se poursuit.

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

Alfa Romeo Spider Aerodinamica

alfa_romeo_spider_01

Lugo Abratte wears :
Jacket by Diesel, Short sleeved shirt by paul Smith, « Simon » T-Shirt by Orner Design, Trousers & sneakers : models’own