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18 juin 1970, minuit et demi sur l’Autobahn, Reinhard exulte. Il est enfin venu à bout de la Fiat Dino Coupé, immatriculée à Milan, dont les feux arrières le narguaient depuis près d’une heure et demi. La tenue de cap de son Audi 100 Coupé S, sur les sinueuses courbes de l’autoroute dont le béton a été inondée par une soudaine averse, est irréprochable. Derrière, les phares de la Fiat dansent en essayant de retrouver leur chemin. À la même seconde, à 10 000 km de là, Karl-Heinz Schnellinger égalise du bout du pied, à la dernière minute de la demi-finale de la coupe du monde de football, opposant la RFA à l’Italie. Tout va pour le mieux.

4 minutes plus tard, la RFA mène 2 à 1 et la Fiat n’est plus qu’un souvenir. Quatre petits points blancs à l’horizon. Reinhard peut enfin baisser le volume du poste Becker et laisser Christa, sa femme, dormir tranquillement. Derrière, Claudia, leur jeune fille, est depuis longtemps bercée par la confortable suspension. Il esquisse un sourire en époussetant les manches de sa veste brune au motif pied-de-poule. Ce n’est pas dans cette camelote italienne au moteur stupidement vrombissant qu’elles arriveraient à dormir passé les 150 km/h.

Audi-100-Coupe-S-08

00h38 la Fiat est revenue à la hauteur de l’Audi. Le rythme s’accélère et les deux coupés ne se lâchent pas d’une semelle. Reinhard est inquiet. Cette douleur à l’épaule, qu’il ressent depuis quelques heures, ne va t’elle pas le gêner dans le maniement du grand volant ? L’italienne repasse devant dans un boucan assourdissant. Reinhard s’accroche, repasse, et se refait doubler instantanément. Définitivement. Irrémédiablement. La Fiat a disparu dans la nuit alors que Reinhard s’engage sur la bretelle de sortie. Ausfahrt aussi pour la Nationalmannschaft qui quitte le Mexique au pied de la finale, au terme de ce que l’on a appelé le « match du siècle ».

Monter à bord d’une Audi 100 Coupé S c’est immédiatement se plonger dans l’ambiance de la RFA généreusement plaquée de bois, le délicat volant en bakélite, tout vous projette dans la peau de Reinhard dès la frêle portière refermée. Le voyage dans le temps est immédiat.

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