BEALACH NA BA : LES ÉPINGLES ÉCOSSAISES

1

Pour qui aime les routes sinueuses, désertes et bordées de paysages spectaculaires, l’Écosse constitue un vivier quasi-inépuisable, dont nous entretenons régulièrement la réputation. La région des Highlands en particulier, permet de rouler des heures durant sans rencontrer une seule portion de bitume qui puisse être qualifié d’ennuyeuse. Alors pourquoi avoir choisi celle-ci parmi tant d’autres?

La route

Si vous avez séché les cours de langue gaélique, sachez que Bealach Na Ba est également connue sous le nom de “Road to Applecross”. C’est d’ailleurs précisément sa fonction : relier l’A896 – le principal axe routier desservant cette péninsule – au village côtier d’Applecross. La particularité étant qu’il faut franchir un col de montagne sur le chemin. Et si l’altitude maximale de celui-ci (626 mètres) peut paraître modeste aux habitués des Alpes, gardez à l’esprit que la route part littéralement du niveau de la mer. Sans être vertigineuse, l’ascension n’a rien d’une plaisanterie, au point d’en faire la troisième route la plus haute du pays (les deux premières se situant dans les Cairngorms).

APPLECROSS_01

Initialement ouvert pour acheminer le bétail (c’est d’ailleurs l’étymologie du nom gaélique), cet itinéraire d’une vingtaine de kilomètres permet d’éviter le contournement par la côte, presque trois fois plus long. Et bien que la route soit goudronnée depuis 1950, elle conserve un charme tout ce qu’il y a de plus rudimentaire : dès les premiers kilomètres, elle est tracée à voie unique, avec des aires d’évitement espacées généralement d’une centaine de mètres. Les conséquences de cet aménagement sont certes limitées, l’accès étant fortement déconseillé aux camping-cars et autres “encombrants”, mais elles modèrent toutefois les ardeurs. De fait, vos réflexes ne vous seront d’aucune aide s’il n’y a nulle part où se rabattre.

Fort heureusement, le trafic est modeste, ce qui permet de profiter de ce qui fait la spécificité de cette route : les épingles. En effet, en Écosse comme ailleurs au Royaume Uni, il est de coutume d’attaquer les obstacles de front. Ce n’est pas le cas ici. Et ces quelques lacets y sont pour beaucoup dans la renommée du lieu. Le plus spectaculaire se trouve toutefois juste après, et il s’agit bien évidemment de la vue. Tout au long de l’ascension depuis Tornapress, le champ de vision s’était rétréci, et ce n’est qu’au sommet que le loch – resté dans notre dos – refait son apparition. Quelques cuvettes, et c’est la bascule. Cette fois, la route redescend vers la mer, et les roches nues laissent de nouveau place à la tourbe.

Au pied de ce versant, c’est le terminus. En face, se trouve l’île de Rassay, et derrière elle, Skye. Le parking et le pub fournissent de quoi profiter de la côte quelques instants, avant de repartir pour une demi-heure de traversée en sens inverse. Bonne nouvelle, le profil de la route est suffisamment asymétrique pour que le trajet retour ait son propre intérêt.

Comment vous y rendre ?

L’accès à la péninsule d’Applecross vous conduit presque invariablement à emprunter l’A896 qui connecte avec Bealach Na Ba à Tornapress. À choisir, il nous semble plus intéressant d’arriver par le nord sur la boucle supérieure de l’A832 : un trajet essentiellement côtier de deux heures, fait de larges courbes, idéal pour se mettre en jambes.

La voiture idéale : Talbot Sunbeam Lotus

Talbot_Sunbeam_Lotus

Inutile de s’encombrer d’un véhicule trop volumineux ou trop généreusement doté mécaniquement. Le mieux serait donc une hot hatch, mais autant en choisir une aussi singulière que la route. Avec son architecture peu courante (les propulsions ne sont pas légion dans la catégorie), sa touche d’ingénierie britannique et ses succès en rallye, la Talbot Sunbeam Lotus coche toutes les cases, tout en constituant un sujet de carte postale des plus typiques.