ALFA ROMEO CARABO

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Chef d’œuvre de Marcello Gandini, dévoilé au salon de Turin 1968, la Carabo n’est pas seulement une étude de style futuriste improbable. Elle a en elle les germes du style des années 70, toutes proches, et quelques bonnes idées qu’on a peut-être eu tort d’oublier.

Si elle porte le nom d’Alfa Romeo, c’est qu’elle cache sous sa robe vert scarabée (Carabo, donc, en italien), le châssis et la mécanique de la mythique 33 Stradale. De quoi la rendre déjà hautement désirable. Sa ligne est la première à oser si loin le style cunéiforme, qui sera la norme des sportives des années 70 à 80, avec un pare brise dans le parfait prolongement du capot et une proue acérée comme une lame de rasoir. Peut-être un prologue au dessin de la Countach, qui reprendra une autre originalité de la Carabo : des portes en élytre, qui s’ouvre donc en pivotant vers l’avant… comme les élytres d’un scarabée. CQFD.

Forcément, cette forme en coin risquait d’être un peu perturbante pour l’automobiliste de l’année 68. Où est l’avant, où est l’arrière ? Ce bolide vient t-il vers moi à toute vitesse, ou est-il en train de disparaître vers l’horizon ? Gandini a pensé à cette épineuse question : l’avant est ceinturé d’une bande orange fluorescente, l’arrière d’une bande verte tout aussi visible. Pratique pour reconnaître le sens de la marche, et le capot du coffre. C’est comme une paire de mocassins Kickers : on ne peut jamais se tromper.

Les phares s’ornent de persiennes, encore plus complexes que celles de la Montréal, dont le prototype a été présentée l’année d’avant. Pratiques pour faire des appels de phares éclaires, ou encore atténuer leur puissance au moment de croiser un autre véhicule. Des persiennes que l’on retrouve aussi sur la vitre arrière, dans le sens du regard du conducteur, comme sur la Lamborghini Marzal.

Un conducteur caché du monde extérieur, grace au placage d’or sur la face intérieur des vitres pour un effet “miroir sans tain”, qui reflète aussi le rayonnement solaire. Et si jamais la lumière arrivait à filtrer, le revêtement mat de la planche de bord empêche tout reflet superflu. La nuit, aucune distraction pour le conducteur ultra-concentré par la conduite à des vitesses stratosphériques : dans l’habitacle il règne un noir intégral. C’est uniquement d’une pression sur une commande située au volant que les compteurs s’éclairent furtivement. Les radars n’étaient visiblement pas encore inventés à cette époque.

Est-ce que la Countach peut-être considérée comme la fille spirituelle de cette soucoupe roulante ? Sans doute pour sa ligne, dont l’épure est assez proche de celle de cette Carabo, une fois tous les grigris supprimés. Les bonnes idées de Marcello, elles, ont fini à la trappe. Dommage, il y en a peut-être quelques une à reprendre, même aujourd’hui.