BLENHEIM SUMMER CAMP

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L’aventure commence au coin de la rue parait-il, du moins c’est ce que dit l’adage. Reste à savoir si cela s’applique toujours lorsqu’il s’agit de prendre le volant pour s’amuser un peu ? Le calendrier de cette fin d’été s’étant justement allégé, l’occasion était toute trouvée pour deux jours d’exploration avec une contrainte tout de même : ne pas trop s’éloigner de la région parisienne.

Les grandes lignes étant posées, encore fallait-il choisir la destination pour ensuite pouvoir disserter de la manière la plus intéressante de s’y rendre. Et voila comment un dimanche après-midi maussade prend rapidement des airs de réunion d’état-major. Pendant que je farfouille sur Google Maps, Yan-Alexandre reporte méticuleusement l’itinéraire sur ses cartes IGN, scrutant les relevés d’altitude dans l’espoir de nous trouver le plus de lacets possibles. 4 heures plus tard nous voila fixés : ce sera la Normandie pour commencer, et le Perche le lendemain.

DAY 1 – LES BOUCLES DE LA SEINE

Notre point de départ et d’arrivée étant le même – un petit village situé à moins de 100km à l’ouest de Paris – notre divertissement consistera à former une boucle en évitant d’emprunter deux fois la même route.

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C’est ainsi que notre équipage, formé 3 bonhommes et 2 voitures seulement, va passer cette première journée à descendre puis remonter la Seine. En guise d’entrée en matière, nous prenons la direction de Rouen, en changeant de rive régulièrement avec une idée en tête : profiter au mieux du relief. Une démarche rapidement couronnée de succès à en juger par le rythme auquel les chemins sinueux s’enchaînent.

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Une bonne partie de la matinée va ainsi s’écouler en suivant les routes qui montent et descendent des plateaux situés de part et d’autre du fleuve. Un singletrack ombragé en appelant un autre, c’est presque sans le remarquer que nous rejoignons l’ancien circuit des Essarts. Il faut admettre que logé dans cette petite forêt en bordure d’autoroute, rien ne trahit la présence du tracé sur lequel se sont tenus cinq Grand Prix de France. Notre inspection du site ne révélant d’autres vestiges qu’un revêtement un peu original par endroits, il ne semble pas utile de nous attarder d’avantage : l’heure fatidique de la fermeture des cuisines approche, et nous ne tenons pas à en faire les frais.

Pendant que ce qui devait être une courte pause s’accommode tant bien que mal du rythme du service, nous profitons de notre place en terrasse avec vue sur la Seine pour optimiser un peu la suite du parcours. Et pour éviter les détours, le plus simple est d’emprunter le bac. Cap sur Duclair donc, où le radeau motorisé censé nous conduire vers l’autre rive chemine déjà – tant bien que mal – contre le courant. La solution peut sembler désuète, mais vu la largeur du fleuve dans la région les ponts se font rares.

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A présent nous longeons la Seine sous un soleil de plomb, tandis que les péniches filent à une allure impressionnante, emportées vers l’estuaire. Le point culminant de notre boucle approche. Encore quelques kilomètres et cette fois c’est le pont de Tancarvillle qui se dessine à l’horizon. Nous obliquons alors vers l’immense raffinerie de Saint-Jerome-Gravenchon. Au fond de celle-ci, un autre bac, et en face Quillebeuf qui marque le début de la route du retour.

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Une fois n’est pas coutume, nous expédions rapidement une cinquantaine de kilomètres par l’autoroute, mais c’est pour mieux nous concentrer sur s’avèrera l’une des meilleurs surprises de cette journée : la région de Lyons La Foret. Comme son nom l’indique, la zone est boisée, les feuilles volent au vent, et la lumière de fin d’après-midi transforme l’instant en une scène digne des meilleurs screenshots de chez Polyphony Digital.

Cette journée s’achèvera par un sprint final à travers le Vexin empruntant la D6 en quittant Lyons puis la vallée de l’Epte, empressement motivé par une heure d’arrivée un peu optimiste communiqué à notre hôte. Et c’est donc à un rythme soutenu – caractéristique des fins de journées réussies – que nous abordons les longues courbes qui viennent fermer notre boucle.

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DAY 2 – LA COUPE DES ALPES MANCELLES

La soirée de la veille s’étant achevée – pour ma part du moins – dans un sommeil aussi profond que spontané, c’est avec mon habituel manque de vivacité que j’aborde cette seconde journée. Fort heureusement, ce qu’il reste de brouillard dans mon crane se dissipe rapidement dans l’air de la campagne et me voilà prêt à m’installer derrière le volant à nouveau, direction le Perche cette fois.

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De trois la veille, nous ne sommes plus que deux, Yan-Alexandre n’ayant d’autre choix que de nous fausser compagnie. Aussi, histoire de refaire le monde vu du même parebrise, Thomas abandonne la Miata à Verneuil sur Avre et saute dans la Z3. De toute évidence, il n’a pas oublié le mode d’emploi, et tandis qu’il s’active aux commandes, j’essaye pour ma part de transformer un trait de stabilo sur mon atlas routier en instructions intelligibles. Voila pour le cockpit.

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Du côté de la route, les choses sont assez différentes de ce que nous avons connu la veille. L’entrée en matière se fait attendre, et après avoir démarré la journée par un parcours de liaison conséquent, les premières heures passées dans le Perche peinent un peu à nous dérider. Précisons ici que longer des champs de blé avec le soleil dans les yeux n’est pas ma conception du pittoresque ; problématique renforcée par ma position de passager. Ce seront finalement les derniers kilomètres avant Mortagne qui vont redonner un peu de souffle à cette fin de matinée, et en particulier les routes forestières autour de la Chapelle-Montlignon.

Curieusement, en dépit de notre itinéraire relativement rectiligne, nous sommes encore loin du compte si nous voulons atteindre les Alpes Mancelles sans avoir à nous presser. Qu’à cela ne tienne, nos pit-stops sont aussi rodés que ceux des pros : le temps d’avaler la sempiternelle entrecôte-frites, d’inverser les places et de faire le plein, et voilà Mortagne au Perche disparaît doucement dans les rétros.

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L’après-midi s’ouvre sur un air qui n’est pas sans rappeler celui de la matinée : une départementale qui s’étire au soleil, bordée de terres agricoles ayant de toute évidence atteint le stade de l’insolation. Je n’aurais pourtant pas besoin de chercher un coin d’ombre bien longtemps puisque notre itinéraire quitte désormais sa trajectoire est-ouest, pour filer à travers la Forêt d’Ecouves en direction d’Alençon. Ce tronçon de D26, si il ne justifie pas à lui seul une visite du Perche, présente tout de même l’essentiel de ce qui – à mes yeux – caractérise une bonne route. Tout y est : virages variés et dénivelé perceptible, chaussée juste assez large, revêtement digne de confiance, le tout avec une visibilité rassurante mais qui sait préserver le mystère.

J’hésite donc une fraction de seconde à remettre un jeton pour emboîter le pas de la GT3 RS que nous croisons à la sortie du bois… Trop tard. Et après-tout, il est temps que Thomas s’amuse un peu à son tour. Ayant pour ma part déjà pratiqué les Alpes Mancelles, je sais que les routes autour de St-Céneri-le-Gérei et St-Leonard-des-Bois n’ont pas tant que ça de commun avec celles que l’on trouve à Barcelonette. Mais il faut reconnaître que dans la région, ces chemins à flanc de falaise dénotent. D’ailleurs, sitôt sortis de cette enclave rocheuse, la fête se termine : il semblerait bien que nous ayons vu ce qu’il y avait à voir.

Pour nous, le moment est donc venu de rejoindre des axes un peu mois tortueux, et de marquer une dernière pause pour débriefer en terrasse. Ces deux jours de « summer run » ne sauraient se comparer aux enchaînements frénétiques de cols dont nous avons été coutumiers ces dernières années. Cela étant établi, il nous reste tout de même au bilan une belle diversité de routes et de paysages, que nous n’aurons pas eu à aller chercher bien loin. De quoi nous confirmer une fois de plus, qu’il n’y a vraiment pas de bonne raison d’être chez soi plutôt que derrière un volant.