CATERHAM SUPER SEVEN 1600K GT

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Elle est là, face à moi, imposant naturellement à la face du monde son caractère décalé, sa définition intransigeante et ses formes intemporelles. Son total abandon aux préceptes hédonistes lui octroie d’emblée le statut de Blenheim Car, et cela, avant même de poser son illustre séant dans le baquet étroit de cet insecte préhistorique. La Caterham Super Seven est l’héritière de la philosophie du ‘Light is Right’ prônée par l’insatiable génie d’Outre-manche au palmarès sportif large comme le cul d’une teutonne tunée, je veux parler de Colin Chapman.

Caterham Super Seven 1600K GT

En 1957, Il lance cette Mark 7 qui va devenir l’élément déclenchant de la réussite de la Lotus Car Ltd.. Durant 15 ans, elle sera proposé aux mains expertes (ou pas) de plusieurs générations de pilotes puis, en 1973, le très inspiré distributeur Lotus de la ville de Caterham obtient les droits de production et de construction de cette Seven qui va ainsi permettre à cet anachronisme roulant de perdurer jusqu’aujourd’hui.

Et ainsi, la voilà, à mes pieds, chaude et frémissante, ses dessous exposés à la vue comme au premier jour et ses jarretières décrochées, prête à me recevoir en son sein pour une partie de plaisir que j’appelle de tous mes vœux depuis bien longtemps. Dans une combinaison tendancieuse qui moule mon anatomie excitée, j’enfile… mon casque et me laisse choir dans le baquet repu de cette légende encore bien vivante, histoire de me concentrer avant de me lancer à l’assaut d’un monument gardois, le circuit de Nîmes-Ledenon.

Caterham Super Seven 1600K GT

La haute caste des pilotes autoproclamés s’amuse à qualifier ce tourniquet de circuit à tendance franchement hétéro refusant l’idée même de voir un échappé de la GayPride venir se jouer des ondulations bitumés de la piste. Bien loin des ces considérations triviales, je vais néanmoins apprendre assez vite qu’il faut effectivement posséder une belle paire d’attributs reproducteurs pour se lancer à fond dans l’entrée du Triple gauche au volant d’une Caterham Super Seven, même 1600cc. Le palpitant est l’antediluvien Rover K qui ne vomit que 115 ch mais les 450 kg de l’insecte ont tôt fait d’éloigner toutes idées de performances asthmatiques puisque le rapport quintal/power la situe dans le haut du panier des “autos-émotions”.

Au premier lancement, ma déception est grande. L’auto est amorphe et ne souhaite manifestement pas s’engager sur la piste avec vigueur. C’est en jetant un œil dans le minuscule appendice de rétrovision central que je comprends mon fourvoiement de conducteur primaire : Sous les yeux d’un commissaire effaré, je suis entrain de saccager un train de Yokohama Racing qui se transforme en un nuage nauséabond bien peu discret pour un membre prétendant au Blenheim Gang. Un soupçon de gaz en moins et me voilà enfin parti.

Pour tout Homo Sapiens actuel habitué des mazouts coupleux frisant la tonne et demi, la conduite de ce genre d’engin est déroutante. A chaque accélération, une poussée velue qui s’exerce à travers un pont de Dion toujours jeune fait se dandiner la Seven avec grâce. Par conséquent, tout excès d’optimisme en appui ou en dosage vous amènera irrémédiablement visiter la garrigue nimoise dans de magistraux 360° qui vous feront bouffer du gravillons en cas de visière ouverte. Bref, c’est vraiment dé-routant….hors de la route, quoi! Mais comme tout bon adepte de la coolitude blenheimesque, une fois assimilé le mode d’emploi, tout n’est plus alors qu’allégresse.

Caterham Super Seven 1600K GT

Vous allez éprouver des sentiments jamais perçus ou alors seulement dans certaines attractions de fêtes foraines. L’équilibre spécial et la susceptibilité que l’on pouvait noter dans un premier temps se trouve être le caractère naturel de l’auto qui reproduit à l’infini ses acrobaties sans jamais être vicieuse. Freinage et accélération sont deux bonnes raisons pour qu’elle se trémousse du fessier, et on mesure alors tout ce qui nous éloigne des déplaceoirs pondéreux aux gommards avants qui saturent au moindre coup de volant. Le sous-virage n’est pas une fatalité et cette Caterham Super Seven en est un des exemples les plus ludiques qui soient. Elle ne sera certainement pas la compagne idéale de vos voyages au long cours, elle vous fera jurer vos grands Dieux qu’on ne vous y reprendra plus lorsque, sous les assauts des frimas de l’hiver, vous bleuirez à vue d’œil sous la capote qui n’est étanche que sur le prospectus de l’importateur, mais, au seul souvenir des gaules terrifiantes qu’elle vous aura occasionné en circuit, vous ne pourrez pas vous en séparer.

En conclusion, elle est l’anti-thèse complète de la berline obèse de chevaux et de kilos qui est aujourd’hui la norme mais elle est surtout l’antidote ultime à la morosité routière actuelle imposée par les adeptes du grand prêcheur répressif, le Professeur Got. Il est donc de salubrité publique qu’un traitement de la sorte soit proposé à tous les chercheurs d’émotions automobiles qui rêvent à autre chose que de tenir un 200 km/h de moyenne sur des kilomètres de macadam linéaire à trois voies, repaire de tous les puerils frimeurs de pacotille. Soignez vous, soignons nous !