CITROËN MEHARI, BLENHEIM TEST

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L’hiver approche à grand pas, et les températures descendent en flèche. C’est donc l’occasion parfaite pour prendre le volant d’une voiture de saison. Oubliez votre doudoune, direction la plage en Citroën Méhari.

Ou plutôt, Diane 6 Mehari, comme il faut l’appeler officiellement, même si elle n’a pas grand chose de commun avec cette curieuse ‘deuche à la ligne baroque. La plate-forme provenant de la camionnette 2CV AK, et le moteur de l’Ami 6. Soit, les présentations sont faites.

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Ce que l’on a oublié, c’est que la Méhari n’est pas l’œuvre de Citroën, mais d’un ancien as de l’armée de l’air, qui s’est lancé dans la conception d’objets en plastique dès la fin de la seconde guerre mondiale : le Comte Roland Paulze d’Ivoy de la Poype. Rien que ça. Après avoir inventé le berlingo Dop, et plein d’autres choses, le voici au milieu des années 1960 à concevoir une auto en ABS thermoformé, qu’il compte commercialiser lui-même : la Donkey. Il lui fallait un châssis séparé pour monter la coque dessinée par Jean-Louis Barraul ; celui de la Renault 4L fut d’abord envisagé, avant que celui de la 2CV utilitaire lui soit préféré pour son absence d’un encombrant radiateur Et voici donc le prototype en démonstration chez Citroën quelque temps plus tard. Ce qui n’était pas prévu, c’est que la direction générale, emballée, décide de produire l’auto dans sa gamme utilitaire. La Méhari était née, et allait être présentée le 16 mai 1968, dans l’indifférence générale à cause de quelques étudiants turbulents. Roland pourra alors s’atteler à son nouveau projet : le Marineland d’Antibes.

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Quarante ans plus tard, l’auto à la carrière interminable (fin de production en 1987) a connu toutes les vies avant de devenir la voiture de plage culte que l’on sait – avec une concentration particulière sur les îles de la côte Atlantique ou sur les rivages méditerranéens. C’est donc en Corse que nous avons déniché cet exemplaire qui porte en lui les stigmates d’une vie mouvementée. Datant du début des années 1980, il est doté des ultimes évolutions esthétiques (essentiellement concentrées sur la face avant et le bloc d’instrumentation). Ce curieux bleu, absolument pas d’origine, a été badigeonné par dessus la carrosserie teintée dans la masse en blanc. Son groin rapporté rappelle les souvenirs d’un freinage raté, alors que la coque enfoncée par endroits, semble prête à partir en morceaux à d’autre, témoignages d’un usage intensif. Bref, elle a vécu.

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On ne peut que se montrer admiratif devant l’ingéniosité de son design. À commencer par cette carrosserie moulée, intégrant dans le même bloc l’extérieur et l’habitacle, et où tout, ou presque, est démontable. Les différentes variations permises sont bien connues, on se contentera de rester dans la configuration présente, de peur de casser quelque chose, et surtout de passer des heures à tout remonter : toit dur en place, avec pare-brise et demi-portières, mais sans les bâches qui ferment l’habitacle. Idéal pour profiter du grand air sans coups de soleil et trop de courants d’air. Le capot, sans charnières, et retenu par deux lanières en plastique souple et deux crochets retenus par des sangles en caoutchouc : parfait pour un accès rapide à la mécanique. Les portières et le panneau de coffre sont tout aussi facilement démontables. L’intérieur regorge aussi de quelques astuces comme la boite à gant sous forme de tiroir en ABS, très pratique ; ou encore le dossier de banquette arrière, en bois, qui coulisse dans une encoche prévue à cet effet, et peut être posé à plat pour offrir un plancher parfaitement plat et transformer la 4 places en un pick-up.

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Dès que l’on pose un pied sur son plancher, la Mehari s’incline mollement de tout son poids, dans le grincement de ses amortisseurs, avant de se stabiliser une fois qu’on a fini de s’installer. Curieuse impression de monter dans un chamallow géant. L’ambiance à bord évoque beaucoup de choses, mais sûrement pas l’automobile. Première impression, la voiture paraît beaucoup plus grande qu’elle ne l’est. Bien sur, l’absence de portières joue un rôle, mais c’est surtout le pare-brise rectangulaire, parfaitement plat, et le toit très haut qui contribuent à cela. Le volant semble quasi-horizontal, comme dans un camion. Le curieux levier de vitesse hérité de la 2CV pointe vers les occupants son intrigante boule, au dessus de la canne du frein à main. Les compteurs de LN, très graphiques ne renseignent que sur la vitesse et le niveau d’essence. À gauche quelques poussoirs en plastiques semblent avoir été posés là au hasard. Drôle de bricolage.

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Le démarreur fait un boucan de tous les diables, et il faudra bien des essais avant que le moteur ne s’ébroue dans le joyeux roucoulement caractéristique des bi-cylindres Citroën. Bien sur, comme l’on est assis à la fois dedans et dehors, on profite bien du niveau sonore. Après avoir poussé le levier de frein à main, on peut s’attarder à celui des vitesse, au maniement des plus curieux. Tourner d’un quart de tour puis tirer vers soi pour la première, repasser au point mort et pousser à fond pour la seconde. Tirer à fond pour la troisième. Pousser, tourner d’un quart de tour et repousser encore si on a le courage de passer la quatrième. Ce qui explique la présence de cette grosse boule noire, qui bien calée dans le creux de la main, facilite l’opération. Et comme les deux rapports « extrêmes » ne sont pas si souvent utilisés, on se contente donc de pousser et de tirer le levier la plupart du temps. Facile, si on n’oublie pas le double débrayage pour soulager des synchros usés jusqu’à la moelle.

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Sur le premier rapport, la Mehari démarre avec une énergie surprenante. Après tout, le moteur est relativement coupleux, et la voiture légère. Pour le passage à la vitesse supérieure, on peut se fier aux indications du compteur de vitesse, ou à l’oreille : quand le bruit devient insupportable, il faut passer le rapport supérieur. De toute façon, il semblerait qu’une Méhari se conduise tout le temps « à fond » si l’on veut suivre le rythme… Sur les départementales tourmentées du bord de mer Corse, il n’y a aucun souci à se faire, et on atteins sans encombre les 70 km/h, qui semblent être une vitesse de croisière acceptable, au vu des deux difficultés qui se présentent maintenant à nous : freiner et tourner.

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Freiner, ou plutôt ralentir. On y arrive, mais il faut prévoir un peu de temps : la puissance de freinage semble proportionnelle à la finesse de la pédale. Tourner demande un peu plus d’habitude. Il y a d’abord la position inhabituelle du volant qui ralentit un peu le mouvement, mais surtout l’impression tenace que rien ne le relie directement aux roues. On tâtonne, voit comment la voiture réagit avec un temps de retard, tout en s’avachissant ; puis on corrige le mouvement, jusqu’à se coordonner parfaitement avec le rayon de la courbe. Et, bien sur, il y a ce roulis si caractéristique qui s’occupe de vous désorienter complètement. On a beau savoir que les 2CV sont réputées pour être scotchées à la route, il n’y a par contre pas grand chose qui semble pouvoir vous empêcher de passer entre la portière (qui s’arrête à hauteur de cuisses) et le toit.

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Une fois qu’on a compris que conduire une Méhari à vive allure s’apparente plus au maniement d’une péniche que d’une automobile, et assimilé la marche à suivre, on profite pleinement du plaisir intense que procure ce curieux bateau de la route. Non seulement on a la sensation d’être encore plus à l’extérieur que dans n’importe quel cabriolet, mais on jouit du capital sympathie gigantesque de l’auto, à priori proportionnel avec son état de débraillement négligé. Reste à caler son pied dans la pédale d’accélérateur, au pratique petit méplat permettant de l’actionner du bout de l’orteil (idéal pour conduire pieds nus), et se laisser bercer par l’entêtant chant du bi-cylindre. Direction la plage : on ne connaît pas véhicule plus Blenheim pour nous y emmener.

VISUAL ATTRACTION 5 TWIGGS

Pas vraiment jolie, la Mehari a le mérite d’avoir un physique 100% fonctionnel, jusqu’à ses ondulations structurelles. Et on ne peut s’empêcher de trouver cette baignoire mobile attachante, ce qui n’est pas forcement le cas de ses rivales.

MECHANICAL THRILLS 1 TWIGG

Euh ?

HANDLING 3 TWIGGS

Si la Mehari est amusante à conduire c’est surtout à cause de ses imperfections. Oubliez toutes velléités de vitesse, par contre.

CLASSIC APPEAL 10 TWIGGS

La côte de la Méhari, multiple de sa valeur intrinsèque, le montre : c’est depuis longtemps un collector ultra recherché.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 10 TWIGGS

À moins de conduire une Méhari beige en combinaison intégrale verte, sur un chemin boueux du Berry, on ne voit pas très bien quelle fille refuserait de monter à vos côtés.

BLENHEIM FACTOR 8 TWIGGS

Sans doute le meilleur véhicule de plage jamais conçu, et offrant une expérience de la route d’une cooliture rare, la Méhari à toutes nos faveurs pour nos déplacements lors de nos summer-camps annuels. Adoptée !