COLANI FERRARI TESTA D’ORO

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Est-ce que les apparences comptent? Ou plutôt, reformulons la question autrement : l’esthétique a-t-elle une importance au regard des préoccupations aérodynamique ? Une interrogation d’autant plus valable lorsque c’est d’une création de Luigi Colani dont il s’agit.

Luigi-Colani

Pour ceux qui ne se seraient pas déjà fait une opinion sur son travail, sachez que l’homme polarise le monde du design, en particulier lorsqu’il déclare – comme il l’a fait à Car Design News en 2007 – “Je ne suis pas un designer, je suis un philosophe 3D”. Précisons d’ailleurs que ses étranges formes “fondues” ne sont pas nécessairement issues de travaux en soufflerie.

Ci-dessus : l’Abarth Colani Alfa Romeo 1300 Berlinetta (sur base de Giulietta Spider)

Né en 1928, d’un père décorateur de théâtre et d’une mère qui fût actrice en Pologne, Lutz Colani (qui deviendra Luigi après la publication dans un journal de ces anciens projets) développe dès le plus jeune age un gout pour les formes et les matières. Au sens académique, il possède plutôt la trempe d’un sculpteur, ce que ces premiers travaux reflètent : la quête obsessionnelle d’un aérodynamisme dérivé des formes présentes dans la nature.

Ci-dessus : quelques projets de Colani des années 1970-80. En haut, à gauche : Colani Le Mans Concept (sur base de Lamborghini Miura, 1970) ; en haut, à droite : concept Mazda pour les 24h du Mans (1984) : en bas : la Colani C112 (1970) affichait un Cx de 0,2.

Bien qu’influent dans son domaine, le nom de Colani est loin d’être aussi connu que celui de certains de ses pairs. Une situation que l’on peut déplorer au regard de son approche assez unique : s’inspirer de la nature pour habiller la mécanique n’est pas une chose si fréquente en design automobile. Certes, le style est peu conventionnel – voire franchement laid selon vos gouts – mais il y a une logique derrière l’apparente folie. N’oublions pas que Colani a tout de même quelques références dont des recherches sur les nouveaux matériaux chez McDonnell-Douglas. C’est également à lui que l’on doit la carrosserie de la première voiture à avoir réalisé un temps au tour inférieur à 10 minutes sur la Nordschleife (une Alfa Romeo Giulietta Spider transformée en coupé, dont la commande lui fût passée par Carlo Abarth lui-même).

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Ci-dessus : Colani Corvette Charisma (1989).

À présent que la crédibilité de Colani est établie, projetons nous en 1989, année de naissance de la Testa d’Oro. Présentée comme une étude de style, la finalité du projet était pourtant bien concrête : établir de nouveaux records sur les lac salé de Bonneville dans l’Utah. Si la compétition qui s’y tient chaque année est historiquement dominée par les muscle cars et les prototypes dérivés de l’aéronautique, elle permet également à l’ingenuosité de s’exprimer sous toutes ses formes. C’est là une des rares occasions de voir une construction artisanale s’aligner au départ et dépasser les 300 km/h.

Colani était obnubilé par Bonneville à cette époque, multipliant les propositions pour toutes les catégories, autos comme motos. L’une de ces créations – une Corvette jaune à moteur central – fera la une du magazine Road & Track en juin 1990.

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Ci-dessus : Colani Testa d’Oro concept.

Comme vous l’aurez sans doute compris, La Testa d’Oro dérive en grande partie d’une Ferrari Testarossa. Toutefois, la mécanique – confiée aux soins du préparateur Lotec – a subi quelques modifications, dont l’adjonction de deux turbos. Et surtout une nouvelle culasse dorée qui lui vaut son nom de baptème – après tout ce n’était plus une “testa rossa”. Ainsi gréé, le V12 ne développe plus 428 ch, mais 750 ch (!) et pas loin de 900 Nm de couple.

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Ci-dessus : Colani Testa d’Oro concept.

Les courbes du concept-car de 1989 (une simple maquette) donnaient bien quelques indices sur l’allure de l’objet définitif, mais la voiture finalement présentée en 1991- certes ressemblante – est autrement plus réaliste dans sa prise en compte des contraintes mécaniques de son fonctionnement. Était-elle rapide? Absolument. Mais elle n’atteindra jamais les 400 km/h espéré (un vieux record de voiture à moteur à piston datant des années 1930) en raison de pneus trop larges, et dut se rabattre sur le record de la catégorie voiture catalysée, qu’elle établit en atteignant 351 km/h. Pour remettre ce chiffre en perspective, la voiture la plus rapide de l’époque – la F40 – n’était capable que de 324 km/h, soit tout de même un bon paquet de moins.

Ci-dessus : Colani Testa d’Oro sur le lac salé de Bonneville. Ci-dessous : quelle est cette voiture ? Souvent créditée – à tort – comme la voiture du record. Serait-ce une version street legal comanditée par Lotec ?

Après tout, que peut-on vraiment trouver à redire aux inspirations organiques de Colani si elles permettent à une supercar de remplir sa fonction première : rouler toujours plus vite.

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Adapté d’un article originalement publié en anglais par notre partenaire, Banovsky Car Of The Day.