Épreuves d’artistes

Augusto Farfus, pilote d'Art Cars

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Augusto Farfus est pilote d’usine BMW, nous l’avons croisé à l’occasion du vernissage de la nouvelle exposition que le musée de la marque consacre, à Munich, aux Art Car de course. Il nous parle de ces voitures exceptionnelles et de son amour pour les autos de collection.

Alexander Calder, BMW 3.0 CSL, 24 Heures du Mans 1975

Blenheim Gang : En tant que pilote, les Art Cars vous évoquent quoi ?
Augusto Farfus : Ce sont deux mondes très éloignés. Je viens du milieu du sport mécanique, qui est purement basé sur les performances. Nous courrons pour gagner, le reste ne nous intéresse pas. J’ai eu l’honneur de piloter deux Art Cars, dont la noire [la M6 GT3 de Cao Fei] à Macao, en GT World Cup, qui est un circuit dangereux – c’est un circuit urbain – où il est facile de se crasher. Je conduisais tout le temps en pensant à ne pas accidenter la voiture, car elle devait aller au musée.

Frank Stella, BMW 3.0 CSL, 24 Heures du Mans 1976

BG : Sérieusement, vous pensiez à ça ?
AF : Naan, on n’y pense pas vraiment ! Oui, c’est un œuvre d’art, mais c’est une course, alors on conduit la voiture aussi fort que l’on peut. Heureusement, les deux voitures que j’ai conduites sont retournées au musée sans encombre !

Frank Stella, BMW 3.0 CSL, 24 Heures du Mans 1976

BG : Mais ça vous fait plaisir de conduire une belle voiture, ou c’est juste secondaire ?
AF : Il y a deux Farfus. Il y a le pilote, pour qui une belle voiture est une voiture qui gagne. Qu’elle soit rose, blanche ou rouge, quand vous gagnez une course, la voiture à l’air fabuleuse. Mais sur une voiture de route, je ne suis pas un type obstiné par les performances. Je ne suis pas un grand fan des voitures supersportives. Je vis à Monaco et j’y conduis une BMW Isetta, parce que j’aime cette voiture, elle est très sympa, les gens l’apprécient et elle vous donne quelque chose. Quand vous conduisez une ancienne, les gens vous font signe, ils vous laissent passer et vous leur transmettez un message. Si j’avais 100 000 euros pour acheter une super sportive ou une super classique, je choisirais une classique, c’est ma nature. Avec une voiture de course, on veut aller vite, avec une classique, on veut passer un message.

Roy Lichtenstein, BMW 320i, 24 Heures du Mans 1977

BG : C’est intéressant ce que vous dites sur les supercars, car j’ai l’impression que beaucoup de pilotes de course ne les aiment pas, parce que pour eux, elles sont loin d’être sportives.
AF : Oui, oui, si je conduis une Ferrari, oui, c’est une voiture rapide, mais elle sera toujours plus lente que ma voiture de course, et je n’ai pas besoin de ressentir de l’adrénaline sur route. Quand je conduis au quotidien, je veux une voiture qui reflète ce que je suis. Je conduis des petites voitures parce que j’aime ça.

Roy Lichtenstein, BMW 320i, 24 Heures du Mans 1977

BG : Quel genre de voitures classiques possédez-vous ?
AF : J’ai donc une BMW Isetta, deux Fiat 500, une Fiat 850, une Porsche 993, une Autobianchi Spider, une M3 et je viens de vendre ma Mercedes 190 SL.

Andy Warhol, BMW M1 Groupe 4, 24 Heures du Mans 1979

BG : Quelle est votre prochaine course ?
AF : À Hockenheim, la dernière épreuve du championnat DTM. Je suis pilote d’usine BMW, alors j’essaie et je conduis chaque voiture de course que BMW assemble. Je fais le DTM, le WEC, Daytona, Le Mans, Nürburgring, Spa… Et quand j’ai de la chance, je conduis aussi ces voitures anciennes, mais pas très souvent, parce qu’il y a peu d’évènements et que je suis jeune. Quand il y a une ancienne à piloter, ils appellent la vieille génération. Dans 50 ans, ils m’appelleront sans doute !

Andy Warhol, BMW M1 Groupe 4, 24 Heures du Mans 1979

BG : Alors, laquelle vous aimeriez conduire et sur quel circuit ?
AF : La Batmobile [la 3.0 CSL] sur la Nordshleife.

Andy Warhol, BMW M1 Groupe 4, 24 Heures du Mans 1979

BG : Sacré challenge !
AF : Oui, sacré challenge ! J’ai un peu conduit ce modèle – pas la Art Car… C’est sympa. Les vieilles voitures vous donnent quelque chose. Quand on voit une M1 sur circuit, son comportement est très mauvais, les freins sont horribles, parce que c’est une ancienne, mais elle vous raconte une histoire.

Jeff Koons, BMW M3 GT2, 24 Heures du Mans 2010

BG : En tant que pilote de course qui connait parfaitement les voitures d’aujourd’hui, oseriez-vous allez aux limites avec ces vieilles voitures ?
AF : Quand je pilote une ancienne, je vais vite, mais ce n’est pas le but. Si c’était une course, il faudrait la gagner, c’est une autre histoire. Mais quand on va sur un évènement comme Goodwood, on n’a pas besoin d’être le plus rapide. Vous conduisez une voiture qui a un tel historique, et quand vous êtes proches des limites, une erreur peut arriver. Vous vous imaginez crasher la voiture peinte par Andy Warhol ? •

Cao Fei, BMW M6 GTR, FIA GT World Cup, Macao 2017 – vue à travers l’application de réalité virtuelle BMWArtCar18

Alexander Calder, BMW 3.0 CSL, 24 Heures du Mans 1975