JAMES GLICKENHAUS : « JE RÊVE DE PRODUIRE LA SCG003 EN SÉRIE »

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À la fois producteur et réalisateur de films, gourou de Wall Street et légende de la collection automobile, James Glickenhaus possède l’un des garages les plus fournis de la planète. Dernière arrivée ? L’iconique Ferrari Modulo. Nous l’avons rencontré à l’École Polytechnique de Turin, le 19 novembre dernier, où il fut invité pour une conférence devant des étudiants ravis.

Blenheim Gang : Avez-vous avez encore des rêves?

James Glickenhaus : Je rêve qu’un grand groupe automobile décide d’investir, de développer et de produire notre SCG003 (ci-dessous). Et pourquoi pas ? Je rencontre beaucoup de passionnés qui apprécient notre travail, mais c’est impossible pour moi de produire un millier d’exemplaires de la voiture. Produire une voiture en série n’a rien à voir avec la création d’une one-off, il y a beaucoup plus des règles à respecter.

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BG : Vous avez une collection unique au monde…

JG : J’ai de la chance, bien sûr. Fondamentalement, quand on conduit une Ferrari 250 GTO, on sait qu’il n’en existe que 39 ; et qu’il n’y a qu’une seule P4/5.

BG : Quand avez-vous commencé cette collection ?

JG : J’ai toujours aimé les voitures, la façon dont elles fonctionnent ; je tiens à les démonter et à les réparer moi-même. Quand j’ai eu un peu d’argent, après avoir écrit et réalisé mon premier film, Exterminator (1980), j’ai acheté mes premières voitures. Pendant des années, j’ai réussi à mettre de côté un peu d’argent, de l’investir, et d’en gagner de cette façon. La clé de tout est de ne pas acheter de voitures qui vont vous mettre en difficulté financière, et que vous serez alors obligé de revendre. Il ne faut pas non plus acheter une voiture en pensant à la spéculation et à la vendre beaucoup plus cher que vous ne l’aviez acheté. Ce qui est beau, c’est de trouver un modèle que vous aimez, le conduire, et le laisser à vos enfants ou petits-enfants.

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Haute couture automobile. Seulement automobile.

BG : Très jeune, vous connaissiez Luigi Chinetti, le concessionnaire Ferrari américain.

JG : Oui, sa concession était à environ 10 miles de l’endroit où j’habitais avec mes parents. C’était dans une petite rue, j’y allais à vélo. Au fil du temps lui et moi sommes devenus amis. Il me faisait asseoir dans ses machines. J’ai appris une chose de lui : toute voiture, même la meilleure, peut toujours être améliorée.

BG : Outre Chinetti, qui vous a influencé ?

JG : Carroll Shelby, qui a été le premier américain à se demander ce qui se passerait si on installait un big block américain dans une voiture européenne.

Cameo dans Bad Biology (Sex Addict en VF, 2008). Un film d’horreur sur une fille à 7 clitoris qui rencontre un garçon avec un pénis tueur mutant. Oui.

BG : Je vous ai entendu dire que vous n’aviez jamais vendu la moindre voiture, sauf une. Laquelle ?

JG : La toute première que j’avais acheté : une Ferrari 275 GTB jaune, que j’ai conduit 100 000 km, qu’il pleuve ou qu’il neige. Mais à l’époque je, n’avais pas assez d’argent pour garder cette voiture et ma Lola T70.

BG : Une Lola que vous aviez acheté à Andy Warhol !

G : Oui, j’avais rencontré Warhol à la Factory dans les années 60. J’avais des amies qui avaient joué dans ses films. Mais c’est son agent qui m’a vendu la voiture. Je suis allé le voir à Long Island, et je suis rentré à la maison au volant de la T70.

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James est venu en voiture chez le dentiste.

BG : Vous êtes un collectionneur qui ne garde pas ses voitures sous une cloche de verre.

JG : Ça me paraît fou d’acheter une voiture pour ne pas l’utiliser, ou pour rouler juste le dimanche avec.

BG : Si demain vous vous forciez à n’avoir qu’une seule voiture, laquelle choisiriez-vous ?

JG : Je pense que je choisirais celle que nous avons construit, la SCG003, qui est un morceau de notre histoire. Ou peut-être la Ferrari P4/5.

BG : Personne n’a jamais essayé de vous racheter la P4/5 ?

JG : Oh que si ! On m’a proposé des sommes absurdes, un type du Moyen-Orient m’en a offert 40 millions de $. Je ne saurai jamais si cette offre était sérieuse ou pas, comment pourrai-je de toute façon la vendre ?

Un premier film prometteur.

BG : Vous avez eu de nombreuses vies… Hollywood et Wall Street vous ont-ils appris des choses utiles dans le monde de la collection ?

JG : Je pense que j’ai appris à sortir de ma zone de confort. Quand on le fait, on ne cesse jamais d’apprendre. Et très souvent dans la vie, le destin vous fait savoir à quel moment il faut agir. J’ai travaillé pendant vingt ans dans l’industrie cinématographique, je gagnais bien ma vie, et j’aimais ce travail, mais à un certain moment les choses ont changé. J’ai décidé de quitter cet univers alors tout allait encore bien pour moi. Dans les années 80, le cinéma est entré dans l’ère des effets spéciaux numériques, avec d’énormes budgets. Ça ne m’intéressait plus. Je me voyais plus comme un quelqu’un qui racontait des histoires aux gens qui allaient au cinéma, mais l’industrie s’est mise à donner la priorité au spectacle.

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Le retour de la Momie ? Non, 3 générations de Glickenhaus. Seth, le patriarche, travaillait déjà à Wall Street avant le Crash de 1929.

BG : Que représente pour vous votre dernière acquisition, la Ferrari Modulo ?

JG : C’est une icône automobile, mais en même temps ce n’est pas une voiture, car elle n’est pas fonctionnelle, et on ne peut pas rouler avec. C’est une œuvre d’art, une architecture peut-être.

BG : Vous comptez donc la modifier pour la rendre fonctionnelle. Que répondez vous à ceux qui critiquent cela ?

JG : Comme je vous le dis : si on ne peut pas la conduire, alors ce n’est pas une voiture. Je suis en contact très étroit avec Pininfarina, et certains techniciens qui ont œuvré pour la maison travaillent désormais avec moi. Notre idée est de l’exposer ensuite au musée automobile de Turin.

BG : Combien de temps faudra t-il pour restaurer la Modulo ?

Nous n’avons pas fixé de date limite, mais nous devrions la finir au printemps 2016.

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