LAND ROVER DEFENDER 110 STATION WAGON

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C’est une véritable icône de la production automobile britannique, et à ce titre il nous tardait de l’essayer avant que sa production ne soit définitivement arrêtée, ce qui devient de plus en plus imminent. Nous sommes partis à son volant explorer les chemins du Vexin, pour tenter de comprendre ce qui fait de lui une légende.

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Qu’est ce que c’est ?

Faut-il vraiment le présenter ? Le Defender est le 4×4 le plus authentique du marché : un engin pur et dur dont la conception se perd dans la nuit des temps. Sans doute la voiture la plus “ancienne” de la production actuelle. Le 110 (ou One-Ten) indique la longueur de son châssis en pouces (approximativement), il s’agit de la version civile longue, qui cohabite au catalogue avec le 90, et le 130 réservé à des carrosseries utilitaires. Le seul moteur actuellement disponible est un 4 cylindres diesel 2,2 l associé à une boite manuelle à 6 rapports. Quand à l’appellation Station Wagon elle désigne, parmi les innombrables carrosseries au catalogue, celle qui fait le plus ressembler le Defender à une vraie voiture : c’est la version entièrement vitrée, avec banquette arrière.

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Quelle histoire raconte t-il ?

L’histoire du 4×4, tout simplement. Celle du Land Rover commence en 1947 lorsqu’un premier prototype fut assemblé, inspiré par la Jeep des GI’s, pour répondre aux besoins d’une Angleterre de l’immédiat après-guerre. Le premier Land “Series I” fut lancé un an plus tard, employant de l’aluminium pour sa carrosserie, pénurie d’acier oblige, peinte dans les seules couleurs alors disponibles, celle des surplus de l’armée.

Si le Defender (nom utilisé depuis 1991) se veut une évolution directe de cette voiture, son histoire est un poil plus courte : il est produit sous cette forme depuis “seulement” 1983, date à laquelle les 90 et 110 ont remplacé les Land Series III. Si la carrosserie n’évolue que très peu (la différence les plus notables sont une calandre “plate” et non plus en retrait par rapport aux phares et un pare-brise d’un seul tenant et agrandi), ces voitures se distinguent par des évolutions techniques très importantes : suspension à ressorts hélicoïdaux, transmission intégrale héritée du Range Rover et nouvelles motorisations. Sans parler d’un intérieur entièrement revu.

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À quoi ressemble t-il ?

À tenter maladroitement de le moderniser, cette série limitée Atlantic (à 5 exemplaires seulement en châssis 110, ouf), met un peu plus en avant les délicieux anachronismes du Defender. Oubliez l’affreuse calandre argentée à optiques proéminentes (difficile, c’est vrai), et les plaques d’alu gaufré placées ça et là, et vous verrez une voiture qui ne ressemble à rien de ce qui se produit aujourd’hui. Ni même à ce qui s’est produit ces 30 dernières années, à dire vrai.

Vitrage plat, panneaux de carrosserie tout aussi plats et gondolés par d’innombrables rivets semblant placés au petit bonheur la chance, solides charnières, poignées de portes et autres accessoires d’un autre age : le Defender n’appartient plus vraiment à notre époque, et pourtant il n’a rien perdu de son charme. Le voyage spatio-temporel est encore plus marqué à l’intérieur où les dimensions camionesque de l’engin se font soudainement sentir. D’ailleurs avec une hauteur proche des 2 m 10, il n’est pas difficile de parler avec les chauffeurs routiers, d’autant plus que le large volant impose presque de rouler fenêtre ouverte pour ne pas rester avec le coude coincé dans la portière. Une partie des équipements semble provenir d’un stock de la British Leyland, et les gadgets modernes brillent par leur absence – mis à part une clim au fonctionnement très vintage. Paradoxalement, tout ceci n’est en rien préjudiciable au Defender. Ce qui serait des défauts sur n’importe quelle autre voiture ne le rend que plus attachant.

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Comment se conduit t-il ?

Ce ne sera une surprise pour personne : sur route son comportement est daté. Très daté sur certains points même – une remarque que l’on aurait d’ailleurs aussi pu faire en 1983. La première impression est là encore de conduire plutôt un camion qu’automobile : le gabarit, les commandes (voyez le levier de vitesse), le bruit… Et le couple, titanesque, qui permet de reprendre en souplesse sur n’importe quelle vitesse. Calé à 120 km/h sur l’autoroute (la vitesse maxi est de 145 km/h), la conduite s’apparente à celle d’un autocar de tourisme : feulement de l’infatigable diesel, sifflement de l’air, grincement des plastiques, et permanentes corrections dans la direction. Au moins, ça a un certain caractère. Sur route la tenue de cap et l’inertie du Defender incite à une certaine prudence, surtout lors de rapides changements de direction qui le voient se tordre dans tous les sens. Quelle idée aussi de penser aller vite avec un Defender ? Le bon rythme est celui des limitations de vitesse, fenêtres grandes ouvertes, un bras dehors, l’autre sur la barre : sa visibilité exceptionnelle transforme le voyage en véritable navigation automobile – aussi agréable qu’une ballade en cabriolet, mais dans un genre totalement différent.

Bien sûr, le Defender prend tout son sens dès que l’asphalte disparaît. En passant la transmission courte (non sans avoir tricoté avec le levier et joué de l’embrayage pour faire jouer les engrenages), on se retrouve au volant d’un monstre de franchissement capable d’avaler tout ce qu’on lui propose. La vigueur avec laquelle il s’élance alors laisse clairement à imaginer qu’il pourrait escalader un arbre si l’envie nous en prenait. Notre ballade dans les sous-bois boueux du Vexin n’est même pas un échauffement pour lui. Il suffit de regarder les photos de la grande époque du Camel Trophy pour comprendre que ses capacités sont à des années-lumières des nôtres. Un must !

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Est-il Blenheim ?

Quelle question ! Aussi à l’aise entre les mains des aventuriers et des fermiers du monde entier qu’entre celles de la Reine Élisabeth II, le Land Rover Defender n’est pas seulement Blenheim, il est indispensablement Blenheim ! À son volant on découvre un nouvel art du voyage, où la vitesse est remplacée par la contemplation, sans que cela ne soit jamais déplaisant. Toute velléité de conduite agressive disparaît, et cède la place à la placide sensation de force tranquille de celui qui sait qu’il arrivera toujours à destination – même si cela implique un détour par le sommet des Andes. Et contre toute attente, moyennant quelques projections de boue, ce 4×4 doit être le seul à s’attirer une large sympathie de la part des citadins les plus blasés. Le voici en bonne place dans notre garage idéal : devant la porte, prêt à prendre la route dès que possible.