L’AUTOMOBILE : JOUET OU OUTIL ?

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Toutes les voitures ne sont pas utilitaires : certaines sont juste des jouets pour conducteurs fortunés. Peter Stevens analyse le design de ces modèles à part.

Il y a environ trois ans, un étudiant chinois m’a dit que si les écoles de design occidentales n’avaient aucun problème pour encourager leurs élèves à dessiner des véhicules émotionnels, pour la majorité du monde, les voitures ne sont que des outils destiné à rendre la vie plus facile, ou à améliorer la productivité.

Ci-dessus : Ferrari FXX (à gauche) et McLaren P1 GTR (à droite)

Que penser alors, en tant que designer, de la mode actuelle des voitures de track-days ultimes, des voitures qui ne peuvent même plus être utilisées sur route ? Même si la Ferrari FXX ou la McLaren P1 GTR sont des pièces d’ingénierie magnifiques, elles ne sont pas pour autant des voitures de course, juste de très coûteux jouets pour garçons très riches. Ne pensez pas que je le désapprouve d’une quelconque façon que ce soit, mais j’ai la sensation que la philosophie marketing qui dit que « en avoir plus est toujours mieux et plus désirable, alors achetez-moi ! » ne pourra pas durer éternellement.

Ci-dessus : Honda 2&4 et NSX (en bas à droite)

La petite Honda 2&4 qui fut présentée au dernier salon de Francfort a détournée toute l’attention de la nouvelle NSX – une voiture que l’on a déjà découverte à Détroit en 2013 et à Genève en 2014. Il y a peut-être là un message pour Honda et les autres constructeurs de voitures à hautes performances : un autre modèle aux lignes trop détaillées, trop complexes, mais au dessin bancal, et au concept sommes toute pas original pour un sou, ne représente peut-être pas l’avenir !

Ci-dessus : la première version de la Lotus 7

Si celui-ci s’oriente vers des voitures qui font fonction de jouet, alors il y a là une opportunité d’être plus intelligent que pour les voitures de production habituelles – un poids plus léger, des moteurs plus efficients, une expérience de conduite plus engageante et une relation plus intime avec le véhicule. Soit le postulat posé il y a de ça une soixantaine d’années par Colin Chapman avec sa Lotus 7. Cette voiture est toujours produite, sous l’appellation Caterham « 7 », et ne fait pas plus de compromis et est toujours aussi amusante que lorsqu’elle est apparue en 1957 !

Ci-dessus : quelques Caterham Seven actuelles

Il y a eu de nombreuses copies de la Seven originelle, certaines légèrement meilleures, mais la majorité ne lui arrive pas à la cheville. Dans le temps, Caterham, qui avait acheté les droits de la voiture à Lotus, assignait les copieurs en justice, mais depuis l’entreprise à compris qu’au lieu d’enrichir les avocats, elle avait mieux à faire en rendant son produit toujours meilleur que ceux des plagiaires. Il y a aujourd’hui toute une gamme de voitures plaisir dont l’héritage remonte directement à la première Seven. Les artisans du monde entier ont trouvé satisfaction, et parfois profit, à dessiner des voitures qui sont plus amusantes que pratiques.

Ci-dessus, dans le sens des aiguilles d’une montre : Lotus 2-Ekeven, Lotus 3-Eleven et Caterham AeroSeven.

Je n’ai jamais très bien compris la Lotus 2-Eleven, et la dernière 3-Eleven est un mystère pour moi. J’ai l’impression que cette voiture ne sait pas elle-même ce qu’elle est, à part être très chère. C’est encore plus le cas avec l’éphémère concept AeroSeven, réalisé lorsque Tony Fernandes était aux commandes de Caterham.

Ci-dessus : Dax Rush (à gauche), et la Super 8 d’Ulf Bolumlid (à droite)

La Dax Rush dérive sans aucun doute de la Lotus 7, mais grâce à de bonnes proportions et une attitude agressive, elle semble en être une évolution supérieure. Ce qui n’a pas arrêté le designer suédois Ulf Bolumlid, qui a utilisé une Rush comme point de départ, recarossant avec succès le châssis de base pour réaliser une voiture simple et à l’apparence excellente.

Ci-dessus : Zenos E10

Les deux gars qui étaient en charge de Caterham avant son acquisition par Fernandes quittèrent l’entreprise avec l’intention de concevoir et de produire une voiture qui aurait pu devenir la future Cat’. Cette voiture, c’est la Zenos E10, et j’espère qu’elle trouvera le succès, car elle est vraiment dans l’esprit de la Lotus 7. Mais pour cela, il faut qu’elle trouve suffisamment de clients pour devenir rentable.

Ci-dessus : KTM X-Bow GT

Comme pour la 2-Eleven, je n’ai jamais compris la KTM X-Bow. On dirait le fruit de l’explosion d’une grenade dans un garage rempli de pièces détachées. Ses proportions ne sont pas attirantes, ce que n’aide pas la complexité de son traitement des surfaces, de ses finitions et de ses détails discordants. Le résultat est peut-être excitant à conduire, mais la voir dans la rue n’est jamais un moment spécial.

Ci-dessus, dans le sens des aiguilles d’une montre : LCC Rocket, BAC Mono et VŪHL 05.

Le pilote de course anglais Chris Craft a suivi une approche complètement différente lorsqu’il conçut, avec l’aide du vétéran de la Formule 1 Gordon Murray, la Ligh Car Company Rocket, une remarquable voiture allégée à deux places en tandem. C’était une des premières voitures à utiliser un moteur de moto, ici installé en position arrière. Nous avons réfléchi à de nombreuses façons de créer une Rocket II pour le futur, mais il est possible que des voitures comme la BAC Mono ou la VŪHL mexicaine y soient très bien arrivées !

Ci-dessus : Ariel Atom (à gauche), et Nomad (à droite)

Simon Sanders a fait de son entreprise Ariel Company un succès en débutant avec une voiture très austère et sans compromis, l’Atom. Sa structure est découverte, ce qui permet à tout le monde de la voir ; elle semble solide et bien exécutée. Ariel a suivi le même principe pour sa nouvelle Nomad, un véhicule utilisable aussi bien sur route que sur piste, qui s’inspire des buggys de off-road américains.

Ci-dessus : quand ça ne fonctionne pas très bien. Elemental RP1, Felino CB7, AD Tramontana et Putnam Magnum

Nous sommes dans une période ou l’industrie automobile globale recherche désespérément à vendre des voitures plutôt qu’a réinventer le transport personnel. Les législations qui font que les constructeurs doivent respecter de nombreuses normes de sécurité, d’émissions et de recyclage devraient nous donner de meilleures voitures, mais il est clair que l’argent est la cause de chaque décision d’entreprise. Quel courage a eu Honda de présenter son concept 2&4 ! J’espère qu’ils trouveront une façon de le commercialiser, car elle démontre qu’une petite voiture simple et légère représente le futur, et qu’elle nous rendrait service à tous. Et comme les voitures peuvent également être des jouets pour les clients occidentaux les plus fortunés, faisons en sorte que ces derniers deviennent également un peu plus responsables.

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