LE « MONTANT A » : UN SACRÉ CHALLENGE !

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La présentation de la Ford GT a été l’un des moments les plus excitants de l’année 2015. Une voiture à l’apparence spectaculaire qui reçut un grand enthousiasme de la part de la presse. Mais que dire de ses montants de pare-brise (ou « montant A » en jargon automobile) invisibles ?

Ci-dessus : un croquis, tout va bien…

Concevoir des montants A élégants et réussis est l’une de ces tâches d’apparence simple, mais en réalité très complexe, que doivent accomplir les designers automobiles. Un piège dans lequel nombre d’entre eux tombent est le montant A invisible, qui voit la surface du pare-brise s’enrouler sur les côtés pour englober le vitrage latéral en une seule forme d’apparence lisse. C’est une solution très facile à dessiner, et très séduisante pour les designers à la recherche d’une nouvelle image. Le toit prend alors l’apparence d’un couvercle qui chapeaute l’ensemble de la voiture.

Ci-dessus : … ce qui est loin d’être le cas dans la réalité.

En réalité, ce style cause généralement plus de problèmes qu’il n’en règle. Sur une petite citadine comme la Skoda Fabia ou la Suzuki Swift, le pavillon aura soit l’air plat, soit informe. Ou il l’aura l’air épais, trop imposant et lourd, comme c’est le cas avec la Lotus Evora ou les Koenigsegg. La Mini Paceman démontre qu’un toit peut à la fois apparaître plat et informe, tout en ayant une apparence épaisse et lourde.

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Ci-dessus : il paraît qu’il existe un point de vue depuis lequel les lignes supérieures des vitrages de la Lotus Europe forment un tracé continu. Peter Stevens le cherche encore.

La Lotus Europe de 1966, la première voiture de route à moteur central de Colin Chapman, fut dessinée par Ron Hickman. Ce dernier voulait que la ligne supérieure du pare-brise s’enroule pour se poursuivre sur celle des vitres latérales. Il y a sans doute un seul et unique point de vue depuis lequel on doit pouvoir observer cela, je ne l’ai en tout cas jamais trouvé. Les deux lignes sont le reste du temps en conflit entre elles.

CI-dessus : avec le toit noir, cela fonctionne ; ce qui est rarement le cas.

C’est le principal problème lorsqu’on choisit cette approche de design, et on peut l’observer avec la plupart des exemples présentés ici. Ce qui fonctionne avec le point de vue choisi sur le dessin de l’équipe de design ne fonctionnera jamais dans les centaines d’autres que l’on peut avoir quand on se trouve à proximité d’une voiture. L’un des pires exemples est le traitement de montants A de la Citroën DS3. Il ne fait aucun doute que l’intention de départ était d’avoir un volume supérieur entièrement noir – le toit, les vitres, la partie supérieure des montants B et les montants A ; le reste de la voiture étant dans une couleur fortement contrastée, comme du jaune. On peut facilement imaginer que quelqu’un du département marketing a par la suite réalisé que Mini proposait des toits de couleur différente, et l’idée fut reprise, sans qu’il soit possible de le réaliser de façon convaincante sur la forme déjà créée.

Ci-dessus : le principe d’assemblage de carrosserie de Dante Giacosa, et deux voitures avec un toit posé sur la carrosserie, la Mini et la Renault 5.

Lorsque les voitures étaient un assemblage de nombreux panneaux de carrosserie séparés, le pavillon de type « couvercle » était assez logique. La Mini d’origine, ou la Renault 5 (ici, le toit et l’encadrement de pare-brise, avec les montants A, ne forment qu’une pièce) en sont des démonstrations très intelligentes. Dès la fin des années 1950, l’ingénieur en chef de Fiat Dante Giacosa développa une méthode pour presser l’ensemble du flan d’une voiture en une seule pièce. Les développements suivants de cette méthode de production nécessitaient un joint visible entre le toit et le panneau latéral, généralement recouvert d’un moulage en plastique noir.

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Ci-dessus : sur la Ford Fiesta, les arches continuent de façon fluide les montants A.

La version moderne de cette technologie permet d’avoir une transition très douce entre les montants A et les arches de toit – cette section de carrosserie qui court au-dessus des portières. La très réussie Ford Fiesta illustre comment le mariage de la technologie avec le style permet de résoudre de façon élégante le challenge du montant A.

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CI-dessus : Sous cet angle tout va bien. Est-ce le seul ? La réponse plus bas…

Revenons à la Ford GT. Il existe une fabuleuse illustration en vue de dessus qui montre les lignes au-dessus du pare-brise filer élégamment au-dessus des portières jusqu’à l’arrière en passant les arcs-boutant des piliers C flottants. Malheureusement, cela ne fonctionne juste pas de cette façon d’un autre point de vue.

Le concept originel Ford GT40 Mach 1, dont la nouvelle GT s’inspire grandement, avait des montants A très fins, et un traitement très net des lignes du dessus du pare-brise et des vitres latérales. Cette solution sera retenue sur la Ford GT de 2004, mais en choisissant de cacher les montants A sur la nouvelle voiture, Ford s’est ajouté un problème que personne n’a encore résolu à la perfection.