L’ECOSSE EN JAGUAR XJ40 #2

0

Après un premier volet essentiellement consacré au centre et à l’est du pays, la suite de ce roadtrip écossais se joue à présent sur le flanc ouest. Depuis Inverness, l’eau n’a eu de cesse de gagner du terrain : les rivières deviennent des lochs, qui eux-mêmes deviennent des sortes de fjords. L’univers marin prend progressivement le pas, faisant d’Ullapool la limite avec le «large». Les mouettes y fleurissent, tout comme les façades blanches.

Sur le petit parking de délestage, j’observe le ballet des véhicules qui comme-moi attendent le ferry vers Stornoway. Des camions, des Land Rover, des pick-up japonais… autant dire que la Jaguar et ses plaques françaises a des allures d’ovni dans ce paysage local et utilitaire. Sans faire de manières, le navire de la CalMac engloutit tout ce petit monde en un clin d’oeil, et se met à barboter doucement entre les superbes paysages montagneux.

A ce stade, je réalise que je n’ai pas la moindre idée de ce qui m’attend sur Lewis: à peine ai-je une vague image de la crique au bord de laquelle vit mon cousin, mais rien au sujet de l’heure de route qui m’en sépare. La seule carte à bord du bateau étant rédigé en gaélique, je n’en saurai pas plus avant de débarquer.

LEWIS & HARRIS

Le suspens ne durera pas plus longtemps qu’il ne me faudra pour m’extraire de Stornoway; seule véritable ville dans ce coin des Hébrides. Et alors que la nuit tombe, me voila lancé sur une interminable ligne droite au beau milieu d’un désert de tourbe parsemé de quelques collines. Je traverse une scène surréaliste, sortie d’un remake humide de Vanishing Point, le tout éclairé par le halo jaune des phares. Pas d’intersection en vue, et pourtant le GPS insiste pour que je bifurque. Je m’éxécute et passe alors dans l’envers du décor. Ici, les chemins goudronnés sont à peine plus large que la voiture, et les croisements ne se font qu’à la faveur d’emplacements prévus à cet effet. On s’en contentera, la nature tourmentée du terrain ne laisse de toute manière que peu de place aux aménagements, et la Jaguar sait une fois de plus se faire moins encombrante qu’il n’y parait.

Après une nuit de sommeil dans une hutte en bois et un petit déjeuner sous la forme d’un hareng frit, je redécouvre – en couleur cette fois – l’étrange tableau de la veille. Mis à part une pluie battante, les paysages de ce bout du monde sont d’une beauté presque caricaturale : vertes collines, plages de sable fin, et mer turquoise à perte de vue.

L’itinéraire de Mangersta Croft vers Tarbert m’amène à passer d’une île à l’autre. Bien que parfaitement solidaires, les autochtones ont dû considérer que la chaine de montagnes qui se dresse au milieu de leur monde suffisait à délimiter deux territoires : Lewis au nord et Harris au sud. Et comme pour mieux en profiter, il n’existe pas ici de liaison routière que l’on puisse qualifier de directe. L’office du tourisme tient apparament à ce que le voyageur ait vu tous les recoins, et que sa rétine en soit durablement marquée. C’est réussi.

SKYE

Encore un port, encore un ferry et une nouvelle heure et demie en mer. A force de jouer à la marelle entre les îles, je finis tout de même par me rapprocher de l’Ecosse continentale. J’accoste cette fois à Uig, tout au nord de Skye, avec pour objectif de quitter cette nouvelle île par le pont qui se trouve au sud-ouest. Ce dernier prolonge l’A87 – qui débute justement à Uig – jusque sur la terre ferme.

Les paysages se suivent et se ressemblent, à mon plus grand émerveillement toujours. Enfin pas exactement, car au sud de Portree il y a du nouveau, les pics rocheux (Sgurr dans la langue du pays) flirtent avec les 1000m d’altitude et offrent une perspective des plus intimidantes. Côté conduite, cela fait 2 jours que la Jaguar enchaîne les kilomètres de routes négligées sans que cela ne vienne perturber ni l’allure ni le confort. Les apparences ont beau la placer parmi les limousines, ses aptitudes en feraient davantage une GT, surtout au moment d’aller chercher le kickdown.

La ville de Kyle Of Lochalsh vient conclure ce grand tour des Hébrides, un rôle de ponctuation qui lui va naturellement. Avant la construction du pont en 1995, inutile d’espérer aller plus à l’ouest par la route, et elle demeure à ce jour le dernier terminus ferroviaire de ce côté du pays. De là, tout recommence à prendre une apparence plus civilisée, jusqu’aux premiers bouchons aux environs de Glasgow. La France, elle, n’est qu’une lointaine idée et le restera plusieurs jours après mon retour. Et il n’est pas exclu, à présent que j’ai retrouvé mes esprits, que je me mette en quête d’une nouvelle excuse pour passer une semaine sur les routes écossaises.