MERCEDES-AMG GT S

0

Une sportscar signée du champion incontesté de l’Euro-Muscle, voilà qui a plus de charme qu’une berline chargée comme une mule. Encore faut-il s’assurer que la recette soit transposable.

Qu’est-ce que c’est ?

Comme le “S” le suggère, il s’agit de la déclinaison encore plus sportive de la Mercedes-AMG GT, qui développe donc 510 ch et 650 N.m (soit 10% de plus que la version de base). Après la SLS en 2010, c’est la seconde fois qu’AMG est chargé de concevoir un modèle plutôt que de le décliner.

AMG-GT-24

Quelle histoire raconte-t-elle ?

Avec sa configuration de stricte deux places et son gabarit relativement compact, l’AMG GT envoie des signaux assez simples à interpréter : voilà une voiture destinée à amuser son conducteur. Derrière cette évidence se cache pourtant une évolution assez significative pour Mercedes dont la chronologie, outre les berlines, est essentiellement marquée par de grands cabriolets. Luxueux, confortables, ces modèles ont structuré pendant près d’un demi-siècle une certaine approche de l’hédonisme dans laquelle la sportivité tenait au mieux les seconds rôles.

AMG-GT-08

Considéré sous cet angle, ce coupé constitue le second mouvement d’un glissement initié en 2010 par la SLS. Et si cette dernière se permettait quelques facéties – à commencer par les portes “papillon” – sa descendante a gommé les derniers traits de l’esquisse pour révéler une voiture tout ce qu’il y a de plus abouti. Est-elle ennuyeuse pour autant ? Hmm… en tout cas, le son du moteur semble calibré pour exciter tout ce qu’il y a de plus immature chez le conducteur, et ce dès la première seconde.

AMG-GT-01

A quoi ressemble-t-elle ?

A une GT. L’étiquette ne ment pas, tous les codes du coupé de grand tourisme y sont : le long capot, l’inclinaison de pare-brise assez raide, et même le fastback. Les proportions sont également respectées avec un classicisme plaisant. De profil, seul l’espace entre la roue avant et le pilier A dénote, la faute à l’implantation très reculée du moteur. De face, en revanche, ce qui surprend c’est l’immense largeur du capot, accentuée par la calandre béante et le pli qui marque le sommet des ailes. Celle qui semblait très européenne jusqu’alors, prend soudain des apparences de baby Viper. Dépaysant à défaut d’être vraiment subtil.

AMG-GT-12

Bonne surprise, le dessin intègre également quelques détails amusants comme ces feux qui – une fois allumés – donnent de faux airs de 928 à l’arrière, ou encore ce pli sur le profil qui évoque la McLaren SLR. L’aileron fixe vu sur les premières GTS a disparu sur notre modèle d’essai (sans doute une option), remplacé par sa variante escamotable. Tant mieux. Ainsi, sans que l’on puisse la qualifier de discrète, la GTS n’est pas non plus le genre d’auto qui provoque un attroupement simplement sur la base de sa plastique comme pouvait le faire sa devancière.

AMG-GT-20

Comment se sent-on à bord ?

La première chose qui saute aux yeux lorsque l’on ouvre la porte, c’est l’imposante console centrale; à nouveau une conséquence de l’architecture centrale-avant. Pas franchement discrète avec ses plaquages alu et carbone, elle ne se distingue pas non plus par son ergonomie, alors qu’elle centralise pourtant bon nombre de commandes essentielles. Rien d’insurmontable, mais si vous êtes du genre à éprouver quelques difficultés pour trouver vos clés au fond de votre poche, il vous faudra certainement un peu de temps pour vous y faire.

AMG-GT-16

Plus généralement, l’ambiance à bord se veut sombre et bruyante ce qui est parfaitement cohérent avec le propos de l’engin, mais aussi légèrement oppressant. La solution : ouvrir en grand le volet du toit panoramique, et fermer les clapets de l’échappement actif, surtout si vous avez prévu de faire de la route.

AMG-GT-21

Comment se conduit-elle ?

La promesse implicite de la GTS est forte, et les attentes au moment de s’installer au volant le sont tout autant. On veut de la fureur, parce que c’est une AMG, mais aussi qu’elle se montre capable d’avaler des centaines de kilomètres – quelque soit la route – pour mériter l’étiquette “grand tourisme”.

La fureur il y en a, aucun doute là dessus. Le premier grand coup d’accélérateur le confirme : à l’accélération impressionnante s’ajoute le vacarme typique de la fanfare d’Affalterbach, ponctué ici de détonations à chaque montée de rapport. Un feu de bengale dans une boite de conserve; mais gare à l’étourdissement, car le compteur s’envole déjà. Cela dit, qu’une AMG soit capable de se comporter comme un dragster, nous n’en doutions pas tellement.

AMG-GT-06

Comme souvent, ce sont les portions sinueuses qui feront office de test de personnalité. Et voilà le hooliganisme de façade qui se trouve trahi par les bonnes manières des commandes. La pédale de frein tout d’abord, qui se dispense de l’horrible pichenette en début de course que l’on retrouve si souvent sur les voitures qui freinent “trop” bien. Ensuite, et c’est sans doute la caractéristique la plus appréciable de la GTS, la direction ravit par une précision millimétrique, mais n’impose pas pour autant de calibrer chaque geste avec le même degré d’exactitude. Le ressenti est immédiatement naturel et conserve une certaine souplesse, comme pour mieux faire apprécier la rigueur du comportement. Car inévitablement, avec ses voies très larges et la répartition des masses que permet un transaxle, la GTS contient bon nombre des mouvements d’appui; du moins aux allures praticables sur route.

AMG-GT-03

Ce n’est que sur les parcours les plus étroits et cassants de notre boucle d’essai que certains parti-pris de conception apparaissent. Handicapée par sa large assise, la GTS oblige un peu trop souvent à utiliser toute la chaussée si l’on ne veut pas sans cesse être emporté vers le bas côté. De même, certaines compressions mettent en évidence un tarage de suspension quelque peu inflexible. Mais il s’agit bien là d’une minorité de cas de figure, car l’essentiel du temps, elle s’avère particulièrement plaisante à mener sur le réseau secondaire.

AMG-GT-07

Est-elle Blenheim ?

Des quelques heures passées à son volant, le coupé Mercedes-AMG aura laissé deux impressions durables. Tout d’abord celle d’être de taille à composer avec un usage routier, et la diversité de situations que cela comprend. Mais plus important encore, et ce n’est pas qu’une impression, elle sait se montrer amusante dans des plages d’utilisation relativement normales. Les bruyantes relances à mi-régime (voire moins) entre deux larges courbes, avalées sans jamais avoir à replacer la voiture, sont un plaisir bien plus tangible que les quelques secondes qu’une sportive sans compromis lui ravira sur piste.

AMG-GT-22

Si elle ne sacrifie pas tout pour la performance, ne vous méprenez pas, la GTS est très loin d’être aussi caricaturale que ses apparences le suggèrent. Modulant avec justesse le sérieux et la farce, elle résout ce qui est sans doute l’équation essentielle d’une auto de grand tourisme : se montrer vivante et vivable tout à la fois.