MORTEFONTAINE EN JAGUAR F-TYPE

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Trois ans qu’elle est sur la route, et autant d’années que la F-Type nous échappe. Alors, quand l’occasion de passer un court moment à son volant s’est présentée, il fallait évidemment sauter dessus. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais rendez-vous sur ce qui fût – à l’origine – la piste d’essai de Simca.

Moins célèbre que le site de Linas-Monthlery, Mortefontaine c’est l’autre autodrome en Ile de France. Il est également nettement moins défraîchi que son homologue de la banlieue sud, si bien qu’il conserve des attributions qui ne se limitent pas au folklore. Pourvu d’un tracé routier, d’un skid pad et même d’une piste tout-terrain, l’immense complexe fournit à bon nombre de constructeurs un hébergement à l’année pour leurs essais.

Les premières minutes dans l’enceinte me donnent l’étrange impression de m’être égaré sur une base militaire. Il faut dire que l’accès se situe bien à l’écart de la ville, au bout d’une longue route où je suis pris en charge par des types qui communiquent leurs moindres faits et gestes par talkie walkie. Le Range Rover de commandement, après m’avoir embarqué, chemine entre les hangars déserts (en apparence du moins) et finit par me déposer au milieu d’une clairière d’asphalte.

Là, en une fraction de seconde, l’ambiance change. Un jet d’eau s’allume, une F-Type surgit en trombe et exécute une série frénétique de powerslides. L’étendue que j’aurais pu prendre pour un champ de manoeuvre m’apparait désormais comme une piste de cirque. Avant de mettre un terme prématuré à la courte existence de ses pneumatiques, la Jaguar se dirige vers les coulisses. Un dernier coup de gaz à l’arrêt – qui me confirme que le V8 est aussi bruyant qu’on me l’annonce – et le conducteur s’extirpe, rigolard. Surprise, c’est un instructeur du CERAM, pas le genre de type que l’on déride facilement.

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Tiens, un de ses collègues s’installe justement au volant d’une autre F-Type. Les deux discutent un instant, comme des gamins préparant un mauvais coup, avant que le second ne quitte le premier dans un vacarme d’échappement, décidemment très actif. Sa disparition des écrans radar ne durera pas. Quelques secondes à peine pour avaler les 3 kilomètres de l’anneau de vitesse, et le voila qui nous survole, perché tout en haut du banking. L’air brassé à haute vitesse altère légèrement la signature sonore de l’engin (c’est bien la seule chose qui puisse) mais nullement son volume : si j’en crois mes oreilles, la Royal Air Force vient de faire un passage en rase-mottes.

La démonstration se termine et c’est maintenant à mon tour. Le temps de mettre la machine en route et me voila sur l’anneau. Vous l’admettrez facilement, attaquer un virage relevé à 200 km/h, moins d’une minute après avoir pris le volant d’une voiture qu’on ne connait pas, n’est pas une entrée en matière évidente. En revanche c’est un excellent moyen de savoir si elle inspire confiance. Et de toute évidence, la voiture s’avère nettement plus imperturbable que moi lorsqu’il s’agit de s’accommoder des forces invisibles qui essaient de nous enfoncer dans le sol. Regarder au loin, ne pas toucher au volant… Au bout de trois tours j’ai compris l’idée et il est grand temps de passer à quelque chose de plus divertissant.

La suite se joue à plat et ressemble à l’une de ces épreuves d’autocross que les américains organisent sur les parkings de supermarchés. Je slalome sereinement entre les plots sans que la question du gabarit ne m’inquiète. D’ailleurs, hormis la direction au feeling un peu “virtuel” (mais néanmoins précis) et une visibilité arrière des plus étranges (dûe à la forme évasée de la lunette), je manoeuvre la F-Type comme si c’était la mienne depuis des mois.

Nous sommes en fin de journée, et mon passager/garde-fou me fait le coup du moniteur ESF qui sur la dernière descente décide de vous apprendre à sauter des bosses au lieu de vous faire remarquer pour la n-ième fois que vos skis ne sont pas assez parallèles. Au second passage sous le jet d’eau, il insiste pour que je mette la voiture en dérive. Je m’éxécute, facile! Bien entendu, au troisième, je ne me fais pas prier. Le résultat n’a rien de flamboyant mais c’est uniquement de mon fait, car la voiture, elle, me fait oublier tout ce que 500 chevaux et 1600 kilos peuvent avoir d’intimidant.

Que m’auront appris ces quelques minutes de prise en main ? Tout d’abord que le hooliganisme latent de la F-Type n’est pas qu’une posture, mais aussi – et c’est plus inattendu – que celui-ci ne s’exerce pas au détriment du sérieux de la conception. Enfin, j’ai la nette impression qu’un exemplaire du roadster (sans doute en V6) ferait un excellent sujet d’études pour un essai routier… approfondi, cette fois.