PEUGEOT 504 COUPÉ V6

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En 1969, alors que Gainsbourg et son Gainsborough laissent derrière eux la Tamise et Chelsea, la très sérieuse maison Peugeot entreprend contre toute attente de célébrer l’année érotique comme il se doit.

La 504, berline haut de gamme au design austère, se voit décliner en de sensuelles versions Coupé et Cabriolet. Signées comme à l’accoutumée par Pininfarina, ces deux variantes insuffleront un esprit délibérément glamour à une gamme qui en manquait cruellement. Mais si leur plastique séduit au premier coup d’œil, la motorisation est quant à elle aussi plate que le buste de Jane Birkin. Un modeste 4 cylindres 1.8 litres, par la suite réalésé à 2.0 litres, c’est bien peu pour espérer briller avec panache sur le marché du grand tourisme. Au début des années 70, le fer de lance du prestige français se nomme Citroën SM. Dotée d’un moteur 6 cylindres Maserati, elle relègue les coupés nationaux au rang de vils roturiers.

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Conscients de la nécessité d’une motorisation plus en rapport avec leurs rêves de grandeur, Peugeot, Renault et Volvo s’associent pour créer la Franco-Suédoise de Mécanique. De cette union naît le PRV, un V6 de 2.6 litres qui, après moult améliorations, équipera durant vingt ans les productions haut de gamme françaises. Initialement prévu en configuration V8, il en conservera une curieuse ouverture à 90°. En 1974, alors que la production de la SM cède à la pression de la crise pétrolière, le PRV débute sa carrière à bord du coupé 504, qui deviendra dès lors le dernier représentant du grand tourisme à la française, et ce pour longtemps.

Le modèle confié aux bons soins du Blenheim Gang datant de 1975, il est doté de la mouture originelle d’un PRV alimenté par deux carburateurs – avant que l’injection électronique n’apparaisse en 1978 – accouplé à une boîte mécanique à 4 vitesses. Esthétiquement, elle arbore les modifications propres au premier rafraîchissement stylistique, portant sur l’adoption de phares et de feux arrières monoblocs moins typés ainsi que d’une calandre plus ouverte. A l’aube des années 80 apparaîtront de maladroits pare-chocs en résine, alourdissant considérablement la grâce de l’ensemble.

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Sa nuance bordeaux contraste avec la retenue des verts et gris dont étaient parées la majeure partie des Peugeot contemporaines. Originalité bienvenue, elle permet de redécouvrir la ligne pourtant bien connue du coupé. Pininfarina a signé là un dessin d’un classicisme convenu aux accents typiquement latins. Ce dernier habillerait avec la même aisance une Fiat ou une Lancia d’un millésime similaire. Seuls les grands optiques avant insufflent un « je-ne-sais-quoi » rappelant l’identité de son constructeur, bien loin cependant du regard félin « à la Sofia Loren » de la berline qui deviendra la signature récurrente de la marque.

Un long capot plat s’incurvant vers une calandre bondissant vers l’avant pour la dynamique, une ligne de caisse ondulant légèrement au passage des roues pour la grâce, et un pavillon aux fins montants offrant une large surface vitrée pour l’élégance, et enfin, petite touche d’excentricité, une lunette arrière légèrement en retrait des montants, voila le mélange subtil qui fait tout le charme de la 504 coupé. Au rayon des curiosités, nous noterons la très suggestive double sortie coudée d’échappement et les enjoliveurs de roues en matière plastique dont la couleur, la forme et la texture imitent a merveille l’aluminium, seul un examen tactile révélant la supercherie.

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La petite portière dégage un vaste habitacle très lumineux. Le velours assorti à la carrosserie est omniprésent, pas de doute c’est une française. Le tableau de bord est d’une élégance austère trahissant ses origines sochaliennes. Sa teinte noire est à peine égayée par une plaque argentée entourant les compteurs et de volumineux aérateurs ronds aux forts accents transalpins. Le petit volant sport agrémentés par son inévitable alignement d’orifice est un accessoire d’époque. En se calant dans les gros fauteuils le doute n’est plus permis quant aux desseins de l’engin : il exhale sans faux semblants sa personnalité de «grand tourisme», délaissant la quête sauvage d’apex au profit d’un raffinement suave des plus apaisants.

Subtil détail les accoudoirs de portières avant se terminent en poignées destinées aux passagers arrières. Ces derniers disposent à l’arrière d’un véritable canapé deux places doté de reposes-bras molletonnés intégrés. La garde au toit semble avoir été pensée pour accueillir de jeunes mannequins scandinaves dans les meilleures conditions. Le ciel de toit recouvert de skaï clair est en effet richement matelassé. Et si l’espace pour les jambes fuselées des Blenheim Girls est limité, c’est plus les faibles dimensions du coffre encombré par la roue de secours qui freineront les velléités d’emmener simultanément Ingrid, Ulrica, Lena et Elin sur la Côte d’Azur.

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Démarreur à gauche du volant, commande de clignotant à droite, il va falloir s’y faire. On enclenche la première avec la fine tige de la boite de vitesse, au débattement incertain. La 504 s’élance dans le feulement caractéristique du PRV, bien connu des utilisateurs de grosses berlines françaises, sonnant un tantinet plus clair que sur ses dernières évolutions. Très loin des envolées lyriques transalpines ou des grognements sourds teutons, le PRV n’est cependant pas désagréable à l’oreille. Au volant ce n’est pas tout à fait la même chose, il faut être un aficionado du lion pour lui trouver un réel caractère. Légèrement engourdi à bas régimes, il propulse ensuite la 504 avec force mais sans réelle fougue. Après tout, avec 133 chevaux pour 2.6 litres le rendement du moteur n’a rien d’exceptionnel, et le poids de 1300kg ne lui facilite pas la tâche. Une fois stabilisée à une vitesse de croisière confortable, la 504 Coupé dévoile ses ardeurs au grand tourisme de tradition. Avalant la route avec assurance, elle se pose en « junior intercontinental cruiser » de belle trempe.

La substance de la 504 Coupé brille par une absence quasi totale de vulgarité. Sa ligne exhale une personnalité faite d’élégance subtile, sans jamais succomber aux vilenies de l’ostentation racoleuse. Sa conduite clairement axée sur les aptitudes propres au « long distance cruising » brille par une civilité teintée de raffinement enjoué que l’on retrouve dans bien des productions phares des années soixante-dix. Ces conclusions ne peuvent que renforcer certains penchants passéistes à la pensée de ces incontournables icônes de l’avilissement automobile permanenté que sont les 206 et 307 CC…