PORSCHE 911 2.2E

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Du point de vue de celui qui l’écrit, rédiger un article sur la 911 est le plus sûr moyen d’enfoncer quelques portes ouvertes, d’empiler les platitudes et, au final, d’écrire le papier que tout le monde a déjà (trop) lu. En revanche, du point de vue de l’essayeur, monter dans une 911 est le meilleur moyen de confronter la « reine 911 » à sa légende pour enfin déterminer si son ramage se rapporte à son plumage et si elle est bel et bien le Phoenix de l’automobile sportive (ce que sa longévité tendrait à prouver…). Porsche-911-22E-11

Revenons en à l’exemplaire essayé. Il s’agit d’un modèle de 1972, que son propriétaire actuel a acheté au fond d’une grange et patiemment refait, comme le veut toute bonne histoire de voiture ancienne. Ceci dit, force est de constater qu’y consacrer tous ses week-ends pendant des années aura été salutaire puisque l’auto est dans un état assez étonnant. Dans les faits il s’agit d’une 2.2 E, dotée de l’injection comme le E l’indique. Comme toutes les dernières type 901 elle a une batterie derrière chaque feu pour essayer de compenser l’effet « moteur en sac à dos » qui charge l’arrière pour la motricité mais décharge aussi complètement l’avant. Elle bénéficie également de l’empattement rallongé tout en devant encore composer avec les toutes premières boites Porsche, qui seront remplacées dès la type 911, deux ans plus tard.

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Et puisqu’on ne peut pas éviter tous les clichés quand on parle de 911, je l’ai bien entendu essayée sur les petites routes bavaroises, en pleine période de la fête de la bière.

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VISUAL ATTRACTION 9 TWIGGS

La 911 est la seule sportive que même ceux qui se moquent éperdument de l’automobile reconnaisse, voire apprécie. La simplicité de son dessin le rend d’une efficacité telle qu’en 50 ans, il n’a quasiment pas varié. Un jalon dans l’histoire du design automobile, toujours en mouvement.

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MECHANICAL THRILLS 7 TWIGGS

Le flat 6 est un de ces moteurs qui vous marque. Par sa bande son, évidemment, mais aussi par sa faculté à tout faire : vous obéir docilement en ville lorsqu’il n’y a rien de mieux à espérer entre deux feux rouges que de ne pas caler ou vous secouer comme une teigne dès lors que l’horizon s’éclaircit. Ramené aux 165 chevaux on serait tenté de se dire que tout cela est bien gentil, mais à chaque fois que j’ai baissé le nez le tachymètre affichait des vitesses à 3 chiffres. Au-delà de l’image d’Epinal de l’automobile sportive d’il y a 40 ans le niveau de performances est donc plus que respectable. La boite de vitesse en revanche a été une déception complète : imprécise, désagréable et lente. J’ai systématiquement mis le mauvais rapport à chaque changement et le tout avec une persistante impression de touiller du sable avec le levier.

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HANDLING 7 TWIGGS

La bonne nouvelle en manœuvres à basse vitesse c’est que la direction est d’une légèreté étonnante. La mauvaise nouvelle c’est qu’en conduite rapide la direction conserve la même légèreté, qui pour le coup devient complètement déconcertante. Une 911 vous imposera son mode de fonctionnement et non l’inverse : entrer en courbe un peu trop vite, la tasser sur ses freins pour charger le train avant, la placer et ré-accélérer au plus tôt pour profiter de la motricité. Certains adoreront s’astreindre à cette exigeante gymnastique, pour d’autre en revanche elle retirera toute la spontanéité de la conduite. Ce qui fut mon cas.

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CLASSIC APPEAL 10 TWIGGS

Une évidence. Peut être même trop d’ailleurs.

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BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 8 TWIGGS

Comme toute auto connue elle est connotée, ce qui peut s’avérer quitte ou double. Maintenant tant qu’à faire choux blancs dans une auto trop célèbre, mieux vaut se prendre un râteau en 911 qu’en Coccinelle, battre en retraite y étant nettement plus enthousiasmant.

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BLENHEIM FACTOR 7 TWIGGS

Toutes ses spécifités pourront être indifféremment rangées dans la colonne « défaut » ou « qualité » suivant que l’on s’adressera à ses aficionados ou à ses détracteurs. Évidemment on peut se dire que la 911 est LA sportive mainstream, ce qui la rend exaspérante d’évidence. Dans le même temps je connais peu de voitures qui ont gagné Le Mans, le Dakar et le Monte Carlo. C’est peut être là son tour de force : il est agaçant d’en dire du bien, mais difficile d’en dire du mal.