PORSCHE BOXSTER S 987

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À première vue, au BlenheimGang, on n’est pas très Porsche. Pour plein de raisons. À commencer que ce sont des voitures conçues par des ingénieurs allemands, avec tous les travers que cela engendre : culte de la perfection, mégalomanie mécanique et chiantitude émotionnelle – et ce n’est pas forcément caricatural. Sans parler du conducteur type; pour rester courtois, nous dirons qu’il n’est sans doute pas Blenheim. Ceci étant dit, on aime bien les Porsche anciennes, et vu que les modèles actuels revendiquent leur héritage, on se dit qu’il doit y avoir une faille dans notre raisonnement. Ce qui nous a logiquement poussé à vérifier in situ de quoi ces voitures sont faites.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que dans ce rouge vif, sobrement dénommé « rouge indien », accompagné de jantes peintes en noir (et au débord poli), cette Boxster S en met plein la vue. Ça nous change du sempiternel argent métallisé, dont l’industrie automobile allemande nous a imposé la mode depuis les années 90, et c’est tant mieux. Il n’en fallait pas plus pour viriliser sérieusement le look de la baby-Porsche, qui parfois en a bien besoin. Car a bien y regarder, la ligne n’est pas d’une audace folichonne. Un mélange de l’ancien Boxster, avec un regard de Carrera GT et des courbes légèrement anguleuses, dans la même veine que la 911 actuelle. L’air de famille avec tous les produits de la marque est indéniable, tout comme une certaine fadeur. Seule la poupe avec ses ailes marquées se démarque légèrement, sans que leur courbe soit d’une sensualité folle; petit fessier ferme mais sans histoires : n’est pas une voluptueuse italienne qui veut. Il n’y a véritablement aucune ligne forte qui vient accrocher l’œil, que des grandes surfaces de tôle, on n’est pas loin de la froideur du design consensuel de Volkswagen.

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En montant à bord, le constat n’est pas forcément plus joyeux d’un point de vue esthétique, mais une réalité prend vite le dessus : ici, tout est d’un confort, d’une fonctionnalité et d’une ergonomie parfaite. Quoi qu’on en dise, c’est avant tout cela que l’on attend d’un habitacle. C’est d’autant plus vrai dans notre modèle d’essai a très peu d’options. Il se contente par exemple d’un volant standard, d’une simplicité qui tend vers l’excellence, à des années lumières des vulgaires volants sport actuels. Une jante parfaitement ronde à la préhension parfaite, un moyeu triangulaire, et juste suffisamment de boutons pour ne pas perdre du temps à en comprendre le fonctionnement. Le traitement de tout la planche de bord suit cette logique : une simplicité rationnelle, où chaque commande est comprise intuitivement – c’est devenu rarissime. Seule originalité : les compteurs dont les indications sont inscrites dans la typo maison, regroupés sous une casquette grillagée. Cela veut sans doute évoquer l’univers de la moto, mais ça nous rappelle surtout les années 90. À bien y regarder, les allemands s’en sortent mieux quand il ne s’essayent pas à la fantaisie…

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Décapotons avant de démarrer. Si l’opération est automatique, le déverrouillage reste manuel. Il se fait via une volumineuse poignée, sur laquelle madame y laissera régulièrement les ongles – c’est sans doute ça que l’on appelle une voiture d’hommes. Clé de contact à gauche – c’est une Porsche – on démarre : la ligne d’échappement sport laisse échapper un puissant grondement qui d’un coup efface tous les à-prioris que l’on pouvait avoir sur la voiture. Il y a des sons qui ne trompent pas sur la vigueur d’un moteur !

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La Boxster S met très vite son conducteur en confiance, tant les commandes sont d’une précision sans faille. Qu’il s’agisse de la direction, du levier de la boîte manuelle (on se passe très bien d’une boite robotisée, merci), ou du toucher des pédales, tout confère à magnifier le plaisir de conduite. Reste alors, une fois le comportement bien assimilé, à appuyer sur le bouton magique, celui qui enclenche la suspension sport. Encore plus incisive, la Boxster ne demande plus qu’à être sauvagement violentée, ce qu’on s’empresse de faire… La vigueur du moteur plaque les occupants dans les fabuleux baquets à chaque accélération, et le moindre bout de ligne droite permet d’atteindre des vitesses affolantes : le second rapport monte jusqu’à 120 km/h juste avant le rupteur situé à 7400 tr/min ! Virage à droite, la voiture est scotchée au sol, enchaînement à gauche, elle rebondit de plus belle, sans bavure, reprenant sa course folle. Seule la sécheresse de l’amortissement surprend parfois, quand la Porsche tressaute brutalement sur les aléas d’un asphalte trop imparfait… Pas de panique, les freins sont fidèles à leur réputation : irréprochables.

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La facilité de pilotage de la Boxster S peut-être aussi son plus grand danger : sur les très étroites et sinueuses départementales de notre parcours, les vitesses atteintes furent du domaine du pénal…autoroutier -sans que l’on ait eu l’impression de pousser l’auto dans ses retranchements. Terrifiant. Terriblement excitant, aussi. Du coup on en redemande, et la moindre portion sinueuse est avalée le sourire aux lèvres. Qu’est ce qu’on disait déjà à propos des Porsche ? Je ne sais plus..

VISUAL ATTRACTION 6 TWIGGS

A trop vouloir être parfaite tout en singeant la 911, la Boxster en devient ennuyante à regarder. Même en rouge.

MECHANICAL THRILLS 10 TWIGGS

Violent et rageur, le flat 6 propulse le frêle roadster comme une boule de flipper. Complètement addictif.

HANDLING 10 TWIGGS

Diabolique en mode sport, la Boxster se jette de virage en virage avec une précision rare. Attention, ses limites sont bien plus dures à atteindre que les vôtres.

CLASSIC APPEAL 8 TWIGGS

Il semble que faire ressembler une petite Porsche à une 911, plutôt qu’à une Fuego soit une bonne idée. Pas de doutes, ce modèle est un futur classique qui ne devrait pas passer par l’étape des concentrations de parking de supermarché.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 8 TWIGGS

Les filles aiment bien les jolis blasons et les petites voitures, ce qui fait un bon point pour le Boxster. Par contre elles n’aiment pas trop être secouées. Zut.

BLENHEIM FACTOR 7 TWIGGS

Absolument jouissive à conduire, la Boxster S est un jouet diabolique. Reste la ligne, sans saveur. Donnez nous la Spyder, et on en reparle.