QU’EST-IL ARRIVÉ À ALPINE ?

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Alpine à récemment confirmé la mise en production d’une voiture aux lignes rétro, préfigurée par le concept Vision. Ce n’est pas tout à fait ce à quoi je m’attendais de la part de mes amis du design Renault.

Alpine-A110

L’Alpine A110 fut présentée pour la première fois en 1961, et resta en production jusqu’en 1977. C’était une petite voiture cool qui remporta de très nombreux rallyes internationaux. Ce n’était pas une machine spécialement belle, mais elle était bien proportionnée, assez agressive, et plutôt agréable à regarder.

Monte-Carlo-1973-Jean-Pierre-Nicolas

Monte-Carlo 1973 : première épreuve du nouveau Championnat du Monde des Rallyes,
et première victoire de l’Alpine A110

Basé à Dieppe, Alpine était à l’origine un constructeur indépendant, fondé par l’agent Renault local, Jean Rédélé. Alpine se spécialisait dans la préparation de Renault pour la compétition, puis dans la fabrication de voitures à la carrosserie en fibre de verre, toujours sur les mêmes bases mécaniques. Le constructeur se fit un nom en compétition avec l’A110 qui remporta le Monte-Carlo en 1973, et le premier titre de Champion du Monde des Rallyes (constructeur) cette même année.

Prototype de l’A310 : l’arrière n’est pas définitif.

Elle fut remplacée par l’Alpine A310, initialement propulsée par une version préparée du 4 cylindre de la Renault 17 TS. La première version, commercialisée entre 1971 et 1977 se reconnaissait à ses six phares. C’est à cette époque que j’ai été impliqué dans Alpine, alors que je travaillais avec le designer anglais Trevor Fiore. En 1976, l’A310 fut restylé sous la direction du responsable du design Renault, Robert Opron, avec quelques éléments de ma création. Cette voiture était équipée du nouveau V6 PRV 2 664 cm³, utilisé par certaines Peugeot, Renault et Volvo.

Première version de l’A310, avec moteur 4 cylindres.

La première A310 fut présentée au salon de Genève 1971. Le prototype, développé par Fiore, Jim English et la société de design turinoise Coggiola, affichait des ailettes sur la vitre arrière, ce qui était à l’époque très à la mode ; elles ne furent finalement pas retenues sur le modèle de série.

L’Alpine A310 V6 à l’aéro retravaillée par Peter Stevens, sous la direction de Robert Opron.
Notez les jantes à 3 fentes.

Cette voiture ne fut jamais testée en soufflerie, et souffrait aussi bien de déportance à l’avant, que d’instabilité à l’arrière, et l’une de mes missions sur la voiture de 1976 fut de corriger ces problèmes avec quelques petites modifications aérodynamiques. Un autre aspect intéressant de mon travail était de concevoir de nouvelles jantes alliage pour l’A110, la Renault 5 Alpine et l’A310.

Alpine-rallye

La neige qui s’accumulait dans les jantes des A110 de course entraînait des ruptures de suspension…

Lors de la précédente édition du Rallye de Monte-Carlo, toutes les voitures ont connue des soucis de suspensions les poussant à l’abandon. En cause, de gros morceau de neiges qui, en gelant entre les branches des jantes, déséquilibraient les roues. Ma tâche était de concevoir une jante tellement lisse que la neige ne collerait pas dessus. J’ai toujours préféré la version à trois fentes à celle à quatre, qui avait l’air très statique.

La gamme Alpine avant et après le restylage de l’A310 :
jantes 3 fentes pour cette dernière et 4 fentes pour l’A110.

En travaillant avec Alpine, j’ai découvert la ville côtière de Dieppe, que j’adore, et je le suis fait de nombreux amis dans l’entreprise – c’est comme ça que les feux arrière de l’Alpine ont fini sur la Lotus Elan !

Basé sur le concept Renault Dezir, le concept Alpine A110-50 a,  justement, créé un désir que la nouvelle voiture ne comble pas pour tout le monde. Loin s’en faut.

C’est avec une grande impatience que j’attendais la proposition de Renault pour la nouvelle Alpine. L’équipe de design Renault a publié quelques esquisses magnifiques, et de fantastiques concept-cars. L’Alpine A110-50 était superbe, mais à mon grand regret, ce que la marque vient de présenter n’a pas la même classe ! Je crains que mes critiques ne vont pas plaire à mes bons amis de chez Renault, mais aucune voiture ne devrait adopter le style « pastiche rétro ».

alpine_vision_1

Alpine affirme que le concept Vision n’est “pas rétro, mais évolutif, à l’image d’une Porsche 911”.
On ne nous prendrait pas des fois pour des cons ?

Les creux qui courent sur les flancs de l’A110 proviennent de l’A106, et de l’A108 qui suivit, et encadraient à l’origine une prise d’air qui alimentait les radiateurs et le compartiment moteur. Sur l’A110, il n’était plus nécessaire de percer les côtés de la voiture, mais la forme était restée. Elle est de retour sur la Vision. Pourquoi ? En vue de profil, la Vision semble grosse et un peu lourde, particulièrement avec ces graphismes bleu, blanc, rouge, qui n’ont rien d’original.

Pastiche rétro : le creux décoratif des flans, repris tel quel de l’A110.
L’A106 (en haut à droite) et l’A108 (en bas à droite) avaient des prises d’air devant les roues arrière,
contrairement à l’A110, mais la forme est restée.

Si cette voiture n’était pas une proposition de nouvelle Alpine A110, elle serait à peine passable, et pourrait être le fruit d’un constructeur moins glorieux, mais pour une Alpine/Renault, je la trouve juste décevante.