ROLLS-ROYCE SILVER SPIRIT

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Entre l’âge d’or des sixties et la renaissance néoclassique fin de siècle, les années 70 à 90 passent pour une sombre période en matière de luxe automobile britannique. Précarité financière, style amnésique et compromis douteux avec la grande série en sont les corollaires. Le phénomène n’épargne par Rolls-Royce dont les Silver Spirit et Spur symbolisent la cristallisation technologique d’une firme trop sous-dimensionnée pour lutter à armes égales avec les géants Daimler-Benz et BMW. Sans nier le vérités criantes, nous voyons les choses quelque peu différemment.

1980. Durement touché par une décennie de crise, de chocs et de grèves, l’ex-atelier du monde n’en finit plus de décliner. Récemment portée au pouvoir, une dame de fer à la bouche de Marylin et aux yeux de Caligula impose sa stratégie du choc néo-libérale aux canards boiteux nationaux. Rolls-Royce n’est cependant pas le plus à plaindre. La mise au point ruineuse du réacteur RB211, qui entraîna la faillite de 1971, est déjà loin dans les mémoires. Désormais séparée de sa maison mère, la division automobile a depuis rejoint l’équipementier militaire Vickers. En 1978, elle a battu tous ses records de production. Cette année-là, 3347 carrosses sortent de l’ancienne usine de moteur d’avion de Crewe, dans le Cheshire. Il faudra attendre le siècle suivant et les capitaux de VW pour pulvériser ce chiffre. Modèle phare de la gamme, la Silver Shadow s’est imposée comme la Rolls la plus vendue de l’histoire. Entre 1965 et 1980, on en compte 30.000 exemplaires, soit plus du double que le modèle précédent, l’iconique Silver Cloud… Bentley comprises ! La Rolls « bourgeoise » à carrosserie standard et produite en quasi-série a depuis longtemps supplanté la Rolls des aristocrates. La pachydermique Phantom VI, qui prolonge encore la tradition des carrosses princiers, n’intéresse plus beaucoup d’excentriques. Leur nombre annuel se compte sur les doigts d’une seule main, au cours de la décennie 1980. La lignée s’éteint de mort naturelle, en 1991.

Il était temps. Aiguillonnée sur son propre terrain par la superlative Mercedes 600, l’hautaine firme de Crewe ne pouvait plus ignorer la marche du monde. La Silver Shadow demanda à elle-seule une décennie de développement, pas loin des records du genre. Par rapport à la Silver Cloud, le saut technologique revenait à passer de la carte perforée au circuit intégré. Ligne ponton, construction monocoque autoporteuse, quatre roues indépendantes, quatre freins à disque, suspension hydropneumatique à correcteur d’assiette (brevet Citroën), tout, dans l’Ombre d’Argent était nouveau voire révolutionnaire, tout du moins pour une firme qui défendait encore les freins à tambours aux quatre roues, au début des sixties. Seul l’énorme V8 6,2 litres en aluminium fut repris de la Silver Cloud III. Ce sera malheureusement le dernier coup d’éclat pour Rolls-Royce. Jamais plus, jusqu’à ce que les Allemands capturent la Flying Lady, une Roller ne pourra objectivement mériter le titre de « meilleure voiture du monde » qu’un journaliste d’Autocar avait attribué à la 40/50HP, en 1907. Désormais détenu par un groupe sans lien avec l’automobile, le fabricant mythique de la reine des voitures n’est plus qu’un nain isolé dans une industrie de plus en plus concentrée. En conséquence de quoi, le projet « SZ » destiné à remplacer la Silver Shadow n’a bénéficié que d’un budget serré de 28 millions de livre Sterling. Tout juste de quoi payer la note d’électricité annuelle de GM, diront les mauvaise langues.

C’est pourtant une berline tout à fait contemporaine, fidèle aux formes cubiques alors en vogue, que Rolls-Royce dévoile au salon de Paris, en octobre 1980. La nouvelle Silver Spirit, c’est son nom, se voit doublée d’une Silver Spur, version allongée d’une dizaine de centimètres. On la reconnaît à son pavillon recouvert d’Everflex et à ses tablettes pique-nique. La Bentley Mulsanne, qui porte une marque méthodiquement vidée de sa substance depuis 1955, se veut la discrète du trio avec son radiateur simplement embouti et dépourvu de mascotte.

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