LA ROUTE DES CRÊTES DU VERDON

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Considéré par beaucoup comme le plus beau canyon d’Europe, les Gorges du Verdon et leurs sublimes paysages cachent également des routes magnifiques. Si toutes celles qui en font le tour valent le voyage, une les surpasse : la spectaculaire Route des Crêtes du Verdon.

Le Verdon, nous connaissions pourtant bien, pour l’avoir effleuré lors de la première Blenheim Coupe des Alpes, où nous avions déboulé des chemins caillouteux du Col de St-Jurs tout droit au Point Sublime, son auberge, et son panorama remarquable sur les gorges. Et pourtant, un simple coup d’œil sur une carte Michalin suffit pour se persuader que nous en avions raté l’essentiel. Tout près de là, une petite route, en boucle, a attiré notre attention. “Route des Crêtes”. Trois étoiles au Michelin, des tunnels, des épingles, une route surlignée parfois de vert (joli) et de rouge (fermé à la circulation)… Tout ça ne pouvait être que de bons présages.

7 km après le Point Sublime, nous quittons donc la D952, principale route du coin, pour celle qui est plus prosaïquement indexée comme D23. Étroite et bosselée, elle débute par une longue montée, le plus souvent en ligne droite, permettant de prendre de la hauteur sur les agréables paysages environnants. Comme d’habitude, il ne s’agit que d’une mise en bouche qui ne dévoile rien des merveilles à venir.

Pour le spectaculaire, il faudra attendre la première épingle – qui ne tarde pas. Enfin, surtout si l’on s’arrête, car de la voiture, on ne distingue rien ou presque. C’est en contrebas que cela se passe. Si la ligne droite est brisé par ces virage c’est que devant nous il n’y a plus rien, rien d’autre que le vide du canyon. Passée la rambarde, le vide abyssal – plus de 700m de dénivelé à pic au point le plus haut. Et un point de vue remarquable sur les parois rocheuses. Vous voila à l’endroit même que vous admiriez depuis le Point Sublime, il y a quelques minutes à peine.

Il en va ainsi jusqu’au Collet Barris, point culminant de la route. Quatre épingles à droite, et autant de panoramas vertigineux. Le Collet n’est lui qu’un simple virage – un de ceux qui cachent bien leur jeu. Pourtant, quelques centaines de mètres plus tôt, un panneau incongru a fait son apparition. Il aurait du vous alerter : il indique que la route est désormais à sens unique.

Au delà, le paysage bascule soudainement dans l’irréel, et le conducteur a bien intérêt à ne pas être soumis au vertige. Débarrassée de tout obstacle, la vision couvre des dizaines et des dizaines de kilomètres à la ronde. Quelque part, plus bas, les gorges, et au delà, le Grand Plan du Canjuers et son gigantesque camp militaire, gage de territoire vierge de toute civilisation. Magnifique.

La route, elle, descend. Ce qui n’est pas forcement une bonne nouvelle pour les frileux, vu qu’aucun garde-fou n’est présent pour vous protéger d’une éventuelle chute – que l’on imagine longue. Heureusement, comme vous le savez maintenant, aucun engin ne peut venir d’en face. Prudence, tout de même, ces routes sont comme d’habitude des lieux prisé des cyclistes – et malheureusement aussi des camping-cars et autres autocars de touristes séniors.

Après une première série de courbe serrées, la route s’assagit légèrement, ce qui permet de prendre pleinement conscience de sa beauté. Pour ajouter au spectaculaire, quelques tunnels sont creusés à même la roche. À gauche, toujours, le vide.

La circulation soudainement redevient à double-sens, passé un parking, écueil pour les malheureux qui ont commencé la longue montée par le mauvais bout. La végétation reprend ses droits, mais la vue, toujours, est sublime. Encore quelques kilomètres pour terminer les vingt-trois de cette boucle, et nous voila arrivés – presque – à notre point de départ, le village de La Palud-sur-Verdon.

Comment vous y rendre ?

Ce n’est pas très compliqué. Le plus simple étant sans doute de rejoindre le Verdon par la Route Napoléon (Cannes n’est pas si loin), que l’on quittera à Castellane. La D952 suit ensuite la rivière, que l’on voit creuser de plus en plus la roche. Depuis Toulon, on pourra s’y rendre en traversant les étendues vierges du Camp de Canjuers – les terrains militaires offrent toujours quelques moments iréels, entre panneaux inattendus et rencontres spectaculaires avec quelques engins kakis.

Vous l’aurez compris, il ne faut pas se tromper de sens au moment d’aborder cette route des Crêtes du Vercors, qui se parcourt dans le sens des aiguille d’une montre. Ainsi, venant de Castellane, il faut bifurquer à gauche, sur la D23, avant d’arriver au Palud.

La voiture parfaite : Lancia Fulvia

Sur une route qui ne pardonne aucune erreur, nous optons pour la rassurante Fulvia, une saine traction suffisamment puissante pour nous amuser dans la montée. Et quoi de mieux qu’une auto ayant une authentique histoire en rallye sur cette route qui a tout d’une spécial d’antan – jusqu’à l’impossibilité de croiser du trafic à sens inverse. Prudence, tout de même : pensez à bien vérifier freins et pneumatiques avant de partir…

BONUS : la route vue par des touristes hollandais.

Photos : Yan Alexandre, Google, veloblan.com