STUTTGART SOLITUDE – LYON CHARBONNIERES 2012 #3

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Le chapitre final de notre aventure reprend à l’heure où la nuit tombe sur cette départementale à la frontière des départements de l’Ain et de la Savoie. A Culoz donc, une grosse bourgade de fond de vallée, ce qui ne change pas de nos habituels points de chute dans la région. A un détail près cependant, qui se manifeste dès l’entrée de la ville, lorsque mon regard se pose sur les voies de stockage aux abords de la gare. Là s’entassent des dizaines de locomotives réformées : le genre de découverte qui impose un détour, d’autant que l’accès est – pour ainsi dire – libre. Et me voilà avec Ian en train de passer d’un pupitre de conduite à un autre, pris d’une légère euphorie devant de tels jouets. Notre petit repérage se poursuivra durant une bonne demie-heure, et ne sera interrompu que par les coups de fils inquisiteurs de nos camarades restés à plusieurs kilomètres de là, à qui il tarde de passer à table.

Pendant que la suite de la soirée prend la forme de notre revue de presse rituelle – le courrier des lecteurs et les petites annonces étant le meilleur moyen de s’assurer qu’il reste des passionnés d’automobiles en France – nous ne pouvons nous empêcher de narrer nos exploits. Il ne nous faudra pas beaucoup de persuasion pour inscrire le « death row » ferroviaire de Culoz en prologue de notre étape du lendemain.

Toutefois, il s’agira d’une visite express, qui laissera à peine le temps à Maciej de jeter une grande rasade d’huile dans la Porsche : le temps nous manque et malgré l’insistance de mes acolytes, je n’ai pas l’intention de repartir avec un tachymètre de 20kg sous le coude. Une autre fois peut-être. De nouveau sur la route, la matinée n’en a pas fini avec les similarités de la veille, puisque nous reprenons l’ascension du col du Grand Colombier. Au grand jour, les eaux du lac du Bourget se détachent encore un peu plus du panorama déjà remarquable.

Nous passerons une bonne partie de la matinée dans les environs du lac avant de poursuivre plus au sud dans le massif de la Chartreuse. Et voilà quatre cols de plus à notre actif avant même l’heure du déjeuner, échéance que nous repousserons au plus tard pour profiter au mieux de ces ambiances très forestières. Bien nous en prendra, car l’après-midi va démarrer sur une note un peu plus pénible : la traversée de Grenoble. Une bonne heure à évoluer au pas dans les bouchons mais qui sera au moins l’occasion de refaire le monde avec Laurent, venu occuper la place de copilote dans la MX-5.  D’ailleurs, si tôt extraits de la circulation, nous échangeons les places. Je guette avec impatience les réactions que le comportement très ferme du petit roadster va provoquer chez celui dont les idoles sont essentiellement de confortables berlines. Contre toute attente, l’acclimatation se fait sans heurts, et nous filons à présent vers Die avec quelques minutes d’avance sur nos poursuivants.

Ce seront les routes d’un autre parc naturel – celui du Vercors – qui nous porteront sur la fin du trajet. Comme lors de chacun de nos passages dans la région, le spectacle est grandiose, et je profite d’autant plus des falaises de granit rose depuis le siège passager. Un dernier détour  par Chatillon en Diois sera l’occasion de découvrir un enchevêtrement de ruelles aux noms pour le moins intimidants (Viol du Roux, Viol de la Crotte…). Ne tenant pas à donner aux autochtones plus d’inspiration qu’ils n’en ont déjà, nous ne nous attardons pas. L’arrivée sur Die –  ville étape devenue incontournable de par l’atypisme de son folklore – ne colle pourtant pas exactement à l’idée que l’on peut se faire d’un retour à le civilisation. C’est ainsi que nous passerons la nuit dans un gîte quasi-troglodyte aux chambres richement équipées, d’un cheval à bascule et d’un PC de quinze ans d’age, entre autres. En habitués de la région, nous savions ce que nous étions venus chercher.

La dernière journée de notre périple s’ouvre sur un air de fin prématurée des réjouissances. Tout d’abord il nous faut abandonner Laurent : ses occupations lui imposent de consacrer sa journée à une longue traversée du pays par le rail pour gagner Bordeaux. Nous lui souhaitons bien du courage, sans nous douter qu’il va nous en falloir tout en autant d’ici quelques minutes. En quittant Die,  notre itinéraire grimpe rapidement vers un massif du Vercors pour le moins brumeux en cette matinée, et très rapidement, nous n’y voyons plus à 10 mètres. Fort heureusement, passé une certaine altitude, nous roulons au dessus du niveau des nuages, avant de retomber de nouveau dans une masse cotonneuse quelques kilomètres plus loin. Déstabilisante situation. L’alternance entre visibilité très réduite et parfaitement inexistante perdurera plusieurs heures. Inutile de préciser que personne n’a réalisé de prouesses au volant, pas plus que nous ne verrons le paysage. Mais l’essentiel n’est pas là : le Vercors nous a révélé là tout le mysticisme qu’on lui prête. Pour la carte postale, nous reviendrons une prochaine fois.

Une nouvelle fois, je me retrouve aux commandes de la 924. Maciej avait besoin d’une relève et en l’absence de son copilote je ne me fais pas prier, d’autant que j’ai eu le sentiment après mon premier passage que j’aurais pu mieux jouer ma partition. A cette heure, nous faisons désormais route vers Lyon, les nationales sont roulantes et je me laisse bercer par le petit courant d’air créé par le toit ouvrant. Je cruise, ce que la Porsche fait à merveille, si ce n’est pour quelques déverrouillages intempestifs de la bulle. Profitant d’une portion plus sinueuse je tente une nouvelle approche pour inscrire l’engin dans les courbes : jouer moins sur les mouvements de volant et plus sur les mouvements de caisse. Mon système de balancier fonctionne à merveille, et je suis ravi de ne pas avoir à rendre les clés avant l’arrivée.

Giovanni nous avait promis du grandiose pour mettre un terme à cette semaine bien remplie, et il a tenu parole. Pour ne rien vous cacher, même en dînant à une table fraichement étoilée, certains sujets de conversation demeurent inévitables : Quel était le plus beau passage ? Avec quelle voiture fallait-il venir ? Et comme à chaque fois, les avis sont divers. Seul consensus, il faudra y retourner, et avec plus de montagnes pour 2013.