TOYOTA : WINNERS AT LOSING

0

L’incroyable dénouement des 24h du Mans 2016 a pris tout le monde par surprise. Sauf nous. Comment pouvait-il en être autrement ? En sport automobile, Toyota excelle dans l’art de perdre de la façon la plus cruelle possible. Décryptage des plus grands moments de 20 ans de lose.

#7 2002-2009 :  Le Panasonic Toyota Racing en Formule 1, tout ça pour ça.

Les ambitions étaient grandes : Toyota avait annulé son programme en WRC et au Mans pour  arriver en F1 avec le second plus grand budget de la discipline (après Ferrari). Résultat, une première saison presque blanche (2 pts marqués), et deux autres années de galère avant une saison 2005 ou l’écurie terminera 4e du classement constructeur. Puis Toyota végétera en milieu de classement jusqu’à un dernier baroud d’honneur en 2009. Frappé par la crise financière, le constructeur avait prévenu en début de saison qu’il se retirerait à la fin de l’année si ses pilotes ne remporteraient pas la moindre victoire. Devinez ce qui se passa ? Toyota quitta la F1 comme il y est arrivé : une main devant, une main derrière ; sans même revendre ses installations ou ses voitures. Le bide.

Le pire moment de ces 7 saisons ? Assurément le GP des USA 2005 ou Ralf Schumacher perdra le contrôle de sa  TF105 dans le virage 13 après que son pneu Michelin ait explosé, réédition de son terrible accident vécu l’année précédente sur Williams (il était alors resté inconscient 2 minutes dans sa voiture). Jarno Trulli signera la première pole position de l’écurie le lendemain, en vain : toutes les écuries utilisant les pneus Michelin se retireront de la course, faute de solution trouvée par le manufacturier à ces crevaisons à grande vitesse dans le virage en banking. Et ainsi débutera le GP le pus ridicule de l’histoire. Une des nombreuses occasions gâchées de Toyota en F1, qui ne concrétisera aucune de ses poles.

Coefficient de la Lose : Hors Classement

Le palmarès de l’écurie se résumera à 3 pole-positions et 13 podiums (dont 5 secondes places) sur 140 GP.

1999_toyota_gt-one_2

#6 Le Mans 1999, crevaisons en cascade.

Parmi les favoris de l’épreuve, où elle engageait ses utra-rapides GT-One pour la seconde fois. Parti en pole, Toyota perdra la tête de la course au 11e tour pour ne presque plus la reprendre. À 23h33 Martin Brundle perd le contrôle de la Toyota #1 dans la première chicane, suite à une crevaison. À 3h08, Thierry Boutsen perd le contrôle de la Toyota #1 au Dunlop, suite à une crevaison. À la fin de la course, Ukyo Katayama, au volant de la #3, dernière GT-One survivante, sent qu’il peut rattraper la BMW de tête, il se lance alors dans une remontée effrénée, réduisant l’écart à moins d’une minute. Devinez ce qui se passa à une heure de l’arrivée ? Maigre consolation, Ukyo gardera le contrôle de la voiture, et conservera sa position au classement final.

Coefficient de la Lose : 48 %

96% de la distance parcouru avant la dèche, mais Toyota n’était alors que second. Lose à diviser par deux, donc.

2014-PA1534953

#5 Le Mans 2014, rien ne sert d’être favori.

Tout avait bien commencé : une domination quasi-totale des deux premières épreuves du WEC 2014, et une pole-position pour la Toyota TS040 #7. À 16h31, l’autre Toyota (#8) percute une Audi sous la pluie, mais rien ne vient perturber la course en tête de la #7.  Jusqu’à 5h du matin : un début d’incendie électrique immobilise la voiture, qui ne repartira plus. Trop loin, la #8 ne se contentera que de la 3e place. Et Toyota pourra longtemps se mordre les doigts de refuser d’engager une 3e voiture, comme le faisaient alors Audi et Porsche. En 2014, Toyota a perdu tout seul.

Coefficient de la Lose : 54 %

À 4h du matin, tout était fini. L’arrivée était encore loin.

#4 Le Mans 1998, c’est dans la boîte.

1998-allard-5

Toyota fait son grand retour au Mans en 1998 avec la GT-One, une voiture qui joua plus que n’importe quel autre avec le règlement du GT1. Véritable proto fermé, elle ne verra jamais la route, ni de près ni de loin. Partie en 2e position, la #28 va prendre la tête de l’épreuve dès le premier tour, mais sa boite va lâcher. C’est alors la #29 qui prend la tête, mais le même problème de transmission la relègue à la 5e place, loin des Porsche 911 GT1 qui s’emparent de la tête de la course. Sauf que ces dernières rencontrent elles aussi des problèmes, et voici la #28 de nouveau en tête avec 3 tours d’avance. Nouveau problème de boîte, une 911 repasse devant, la Toyota la re-dépasse et mène la course jusqu’à 12h21. Le boîte lâche de nouveau, mais cette fois, c’est la fin : la voiture ne peut même plus atteindre les stands. Ne subsiste que la Toyota #27 qui finira en 9e position, alors que les Porsche ont du mal à croire en leur chance.

Coefficient de la Lose : 93 %

Abandonner en étant en tête à 1h39 de l’arrivée, c’est avoir réussi 93% du chemin.

1994-03

#3 Le Mans 1994, toujours la boîte.

Engagé officiellement au 24h du Mans depuis 1985, Toyota espère bien briller lors de cette 10e participation, d’autant plus que l’édition 1994 est particulièrement pauvre. Pour la première, fois les Groupe C sont bannies au bénéfice d’une nouvelle réglementation qui autorise prototypes et GT, et le gros du plateau est constitué d’antiques Porsche 962 considérablement bidouillées. La Toyota n’est pas récente non plus, la 94C-V est une simple évolution de la voiture de 1992, elle-même pas très différente de celle de 1990, mais cela devrait largement lui suffire pour dominer l’épreuve. C’était sans compter sur Porsche qui demanda au préparateur Dauer de lui réaliser une version de route de sa 962, et de pouvoir ainsi l’engager en catégorie GT1, qui à l’époque ne demandait pas de production minimum. Avec son fond plat et ses pneus plus étroits, elle ne pouvait rivaliser en vitesse de pointe avec les ex-Groupe C, mais son réservoir de carburant plus grand compensait largement cet handicap. Sur les 344 tours de l’épreuve, les deux Toyota en passeront 287 en tête. Mais la #4 perdra la première place après la mi-course, sur un problème de boîte, même problème qui immobilisera la #1 dans la ligne droite des stands à 1h30 de l’arrivée. Elle repartira, mais une Dauer est déjà passéE, et c’est ainsi que Porsche remportera les 24h du Mans avec une voiture de 10 ans d’age.

Coefficient de la Lose : 94 %

Abandonner en étant en tête à 1h30 de l’arrivée, c’est avoir réussi 94% du chemin.

#2 Le Mans 2016, toujours pas…

2016-toyota-le-mans

À moins d’avoir passé votre weekend dans une grotte, vous connaissez l’histoire : Toyota domine le Mans 2016 depuis 21 h, en prenant les deux premières places. À 11h18, Kamui Kobayashi envoie la TS050 #6, longtemps en tête, dans le décor, et perd ainsi toute chance de viser la victoire (elle terminera seconde). Pour la #5, tout se passe comme dans un rêve, jusqu’à une soudaine perte de puissance dans l’avant-dernière tour. Et à 3 min 30 de l’arrivée, la voiture se range dans la ligne droite des stands, et laisse passer la Porsche 919 qui la suit depuis des heures. Ne pouvant boucler son dernier tour en moins de 6 minutes, elle est même exclue du classement. La plus grande désillusion de l’histoire du sport automobile ? Presque. Et pendant ce temps-là, c’est la 3e fois que Porsche gagne Le Mans parce que Toyota perd…

Coefficient de la Lose : 99,7 %

Abandonner en étant en tête à  tour de la fin, c’est avoir couvert 99,7% de la distance. Ce n’est pas suffisant, zut.

#1 RAC 1998, pour 300 mètres…

1998_GB_2

Tommi Mäkinen abordait la dernière épreuve du Championnat du Monde des Rallye 1998 en tête du classement, avec seulement 2 points d’avance sur Carlos Sainz. Sauf que le Finlandais sort de route et détruit sa Mitsubishi Lancer le premier jour, laissant un boulevard à Sainz qui n’a plus qu’à terminer « tranquillement » le rallye dans les quatre premiers. Ce qu’il fait très bien : il est justement 4e au moment d’entamer la toute dernière micro-spéciale de l’année, longue de 1,61 km. C’était sans doute déjà la fête chez Toyota et dans le clan de l’Espagnol. Sauf qu’à 300 m de l’arrivée, la Toyota Celica WRC s’arrête pour ne plus jamais démarrer. Les séquences qui suivent sont devenues cultes. D’un côté Sainz détruit la lunette arrière de la Celica avec son casque, pendant que son copilote Luis Moya se défoule à coup de pied dans sa portière en traitant sa mère de ce que vous savez. De l’autre Mäkinen commente depuis son hôtel sa défaite à la télévision finlandaise, lorsqu’il reçoit le coup de fil, en direct, lui annonçant l’abandon de Sainz. Intolérable cruauté du sport automobile.

Coefficient de la Lose : 99,9 %

Abandonner à 300 m de l’arrivée, c’est avoir couvert 99,9% de la distance du championnat 1998 (5731,25 km). Ce n’est pas suffisant, zut.

Partagez cette page
161