AUDI 200 TURBO QUATTRO “JAMES BOND” / BLENHEIM TEST | the Blenheim Gang : essais et culture automobile, youngtimers, formule 1 et musique pop
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AUDI 200 TURBO QUATTRO “JAMES BOND” / BLENHEIM TEST

Publié par le 26/02/2013 – 20:523 Commentaires

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Prendre le volant d’une authentique James Bond Car, voila le rêve de bien des membres du Blenheim Gang. Pour le réaliser, nous n’avons pas traversé la Manche, nous nous sommes ni rendus à Newport Pagnell, ni à Hethel. Non, nous avons franchi le Rhin et sommes allés à Ingolstadt. Cela vous rend sceptique ? Insérez donc cette cassette du groupe A-ha dans votre autoradio et lisez donc la suite.

L’action de The Living Daylights (Tuer n’est pas Jouer en v.f.), débute – après la traditionnelle séquence d’introduction, tournée ici à Gibraltar – dans les rues de Bratislava, à une époque ou le rideau de fer existait encore. James Bond (Thimothy Dalton) doit exfiltrer l’agent dissident du KGB Georgi Koskov. Pour se faire Saunders, le chef de la section “V” de VIenne lui fournit un véhicule parfaitement adapté : une Audi 200 Turbo quattro (voir photos en bas de page). Mais James a une bien meilleure idée pour faire passer Georgi (qui s’avérera être un traitre), à l’ouest…

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Pas de gadgets signés Q au programme : la star de cet épisode, d’ailleurs très riche en automobiles, ce n’est pas elle mais une Aston Martin V8, version modernisée de la  DB5 de Goldfinger, avec un équipement revu aux gouts du jour – laser pour découper les voitures logés dans les moyeux de ses jantes, missiles, skis et propulsion par turbo-réacteur. L’Audi 200 n’offre rien de tel, mais a été soigneusement customisée pour en mettre plein la vue à l’écran : le tuner allemand ABT Sportsline a en effet soigneusement élargi ses ailes, initialement lisses, pour faire entrer un gigantesque jeu de jantes démontables BBM RS (…de 16 pouces). Un peu plus loin dans le film, une autre 200, cette fois-ci en carrosserie Avant (break), sans modifications, apparait de nouveau aux mains de Thimoty Dalton ; Audi a mis le paquet pour assurer la promotion de la toute nouvelle version quattro de son modèle haut-de-gamme grâce au film. Nous sommes alors dans la deuxième moitié des années 1980, et la marque est en train de se transformer : finies les placides berlines, désormais Audi veut jouer dans la cour des Mercedes et BMW. Après l’engagement riche en succès des quattro en championnat du monde des rallyes, la seconde étape de ce processus de montée en gamme est l’adaptation du système maison de transmission intégrale à ses véhicules de route, et le placement des deux toutes nouvelles 200 quattro dans le film est un excellent levier pour toucher une audience mondiale…

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Pour ceux qui sont un peu perdus avec l’ancienne nomenclature Audi, nous rappellerons que cette 200 est une version huppée de la 100. Notre voiture est la deuxième génération de 200, basée sur la troisième génération de 100 (dite C3) sortie en 1983 – vous suivez ? Elle en reprend donc la carrosserie aux angles adoucis et aux vitres affleurantes qui lui offraient alors le Cx record pour une berline : 0,30 seulement. Disponible uniquement avec le 5 cylindres en ligne qui équipe également le Coupé GT, la 200 est au sommet de la gamme du constructeur, et donnera naissance à l’Audi V8 en 1989 (toujours avec la même carrosserie), et peut donc être considérée comme l’ancêtre de l’A8 actuelle. Elle se distingue extérieurement de la 100 par une face avant légèrement redessinée (phares plus larges, calandre revue, clignotants cristal, spoiler différent), et sur les versions européennes par un bandeau arrière rejoignant les deux feux. Les premiers millésimes utilisent un bloc 2,1 l atmo (136 ch) ou turbo (182 ch). En 1987 sort la version Turbo quattro, dont le bloc passe à 2,2 l et 200 ch, suivi d’une version à 20 soupapes en 1989, culminant à 220 ch. À noter enfin que les ailes élargies par ABT Sportsline sur cette voiture seront réutilisées sur quelques rarissimes 200 “exclusiv”, et seront adoptées ensuite sur les versions restylées de la voiture.

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Suffit pour le blabla historique, nous nous trouvons à l’intérieur des réserves d’Audi Tradition, à quelques encablures du siège, à Ingolstadt – un endroit aussi secret, et tout aussi excitant, que le repère de Q. Dans un coin, deux authentiques quattro de groupe B se préparent à prendre la route ; dans un atelier attenant, les deux Type C survivantes sont auscultées (vision surréaliste) au côtés d’une R8 victorieuse au Mans, à la carrosserie déposée. Au rez-de-chaussée, des voitures de route des années 1970, 80 et 90 sont soigneusement garées. Ici nous attend notre 200 Turbo quattro. Sur sa portière pend un porte clé marqué d’un prosaïque “James Bond”.

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La voiture semble neuve de l’extérieur, et monter à bord est un véritable voyage dans le temps. Elle semble tout droit sortie du plateau de tournage du film – ce qui doit être pratiquement vrai : son compteur n’indique même pas 10 000 km parcourus. Comme il se doit pour une voiture destinée à promouvoir l’image luxueuse de son constructeur, elle est bardée d’équipements que l’on à peine à imaginer sur une voiture de 1987, tant ils sont parfois encore rares en série aujourd’hui. Les sièges sont à réglages électriques, tous comme le vitres et les rétroviseurs, commandés depuis le siège du conducteur. Le toit ouvrant est électrique aussi, bien sur. Derrière le volant on retrouve les commandes du régulateur de vitesse. Le tableau de bord affiche un ordinateur complet et un voyant invite à tester les feux stops avant de vous libérer d’un large “OK”. La console centrale est truffée de boutons divers, et il faut y consacrer un peu de temps avant d’oser démarrer : commandes de l’ordinateur de bords, des sièges chauffants, de la climatisation électronique, de la radio et…  bButon de blocage des différentiels. On ne voit pas ça tous les jours sur une berline allemande.

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Heureusement que cette 200 est richement dotée, car l’ambiance à bord, full black, ne respire pas la grande joie, malgré les profonds sièges en cuir au confort sénatorial. Chez Audi on n’est plus là pour rigoler, mais pour incarner le progrès par la technique – comme le dit son slogan. De l’extérieur le constat est également le même : sans les trop larges et spectaculaires jantes BBS, cette 200 passerait pour une voiture de gitans. A moins que justement, les jantes n’accentuent cela…

Mais en fait, je n’en ai cure, car l’état de conservation exceptionnel de cette voiture me projette directement en 1987, et ce glissement temporel suffit à me plonger dans un état de pure extase. Presser le moindre bouton me rend quasi hystérique, alors que Pierre, calé dans le fauteuil de gauche ,et insensible à ma soudaine crise de nostalgie, s’ennuie ferme. “On va rouler, oui ?” marmonne t-il.

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En voila une bonne idée. La 200 décolle tout en douceur pour s’échapper dans les villages environnants Ingolstadt. À ce stade du récit, je dois vous expliquer que le patrimoine d’Audi Tradition est gardé encore plus jalousement que la Joconde ne l’est au Louvre ; et que nous sommes donc contraints de rouler en convoi avec une autre voiture ancienne, encadrés par deux volumineux Q7, qui ne s’éclipsent que lors des prises de vues, sans jamais trop s’éloigner. Manque de chance, la deuxième voiture en question est une berlinette DKW Monza, qui traine devant nous dans le nuage bleuâtre et âcre émit par son pétardant moteur deux-temps. Le bruit et l’odeur, quoi. Nous prenons notre mal en patience. La 200 est monstrueusement confortable, la clim fonctionne à merveille, tout comme son autoradio FM qui se fait une joie de capter les meilleures stations locales. Un poème.

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Au gré des arrêts photos, nous mettons au point une stratégie pour nous débarrasser de la DKW, et donc d’un de nos Q7 d’accompagnement. Après moult palabres nous nous séparons donc en deux groupes et continuons notre route. Alors que l’heure du déjeuner approche, Gunther*; le chauffeur du SUV restant, appuie de plus en plus fort sur l’accélérateur de son Q7, et le rythme s’accélère enfin un peu. Jusqu’à ce que l’on rejoigne la grande route la plus proche et que, ô stupeur, Gunther disparaisse soudainement de notre champ de vision, non sans avoir laissé sur place un petit nuage noir. Malheur ! La faim lui a fait oublier sa mission. Veiller sur nous importait mois pour lui qu’avaler goulument un bon gros bretzel. Je regarde Pierre : que faire ? C’est évident : Il faut sauver Gunther, ne pas laisser son désir ardant de remplir son ventre lui faire perdre son emploi. Une seule solution, partir à sa poursuite, pour lui sauver la face.

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La 200 s’arrache du sol dans la grondement caverneux du 5 cylindres. La poussée n’est pas démente mais la 200 Turbo accélère constamment, sans jamais s’essouffler, avec l’élasticité caractéristique des berlines turbo des années 1980. Elle me rappelle sensiblement la Saab 900 Turbo d’ailleurs, en plus volontaire. Je jette un rapide coup d’œil au compteur : 160 km/h, et l’aiguille continue sa progression, sans sourciller. J’aperçois un instant le Q7 au loin, alors que la route décide soudainement de zig-zaguer. Alors que j’effleure les freins, la 200, en bonne grosse berline, plonge du nez puis s’écrase sur la roue en appui. Les pneus ne se plaignent pas pour autant, les quatre roues bien plantées dans l’asphalte, elle avale goulument la première courbe et se jette sur la seconde, envoyant cette fois toute sa masse sur la roue avant opposée. Molle ? Je dirai souple, plutôt, et ses plongeons permettent au moins de sentir pleinement les transferts de masse. Souple comme son moteur, qui à tout instant est prêt à reprendre la charge en avant.

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Le Q7 arrive au Gasthaus, où tout le board d’Audi Tradition attend Gunther, bien installé en terrasse, de curieuses boulettes de pommes de terre dans leurs assiettes. Pas de panique : la 200 arrive sagement, juste derrière, dans les cliquetis de son moteur, bien plus sollicité que la dernière fois que Thimoty s’est installé à ses commandes.

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On ne peut pas dire que la 200 accroche les regards. Elle est même d’une banalité affligeante. Mais ce classicisme bien maitrisé, sans fautes de gout mérite bien un twigg. Plus un deuxième attribué d’office pour les jantes BBS RS et les ailes élargies.

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Sans noblesse particulière, ce moteur est d’une souplesse rafraichissante, et on se demande à quel moment il va s’essouffler. Pas loin des 232 km/h annoncés en pointe, sans doute.

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Il parait qu’avec ce lourd moteur posé devant le train avant, les Audi sont sous-vireuses. Je n’ai rien remarqué de spéciale. Qui a dit quattro ?

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Une “bête” 200 Turbo mériterait moins, mais celle-ci est exceptionnelle pour trois raisons : d’une, bien sur, c’est celle que conduisait Thimoty Dalton dans un film de James Bond. Ensuite, elle fait partie des rarissimes versions modifiées par ABT Sportsline – c’est même la première, ce qui lui vaut une côte incroyablement élevée de l’autre côté du Rhin. Enfin, elle est dans un état proche du neuf, virtuellement impossible à retrouver sur aucune autre 200. Sa place est dans un musée. Ou sur la route entre nos mains.

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Soyons clair, si une fille a accepté de monter à bord, la voiture n’y est pour rien. Par contre nous vous attribuons 10 twigg de Girl Pulling Ability. Bravo, vous êtes l’Apollon des temps modernes.

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Loup déguisé en  -gros – agneau, l’Audi 200 Turbo quattro fait partie de ces dragsters déguisés que nous apprécions particulièrement. Problème : est-il possible d’en trouver un seul exemplaire qui s’approche seulement de l’état de celle là ? À la moindre défaillance, la 200, un peu trop lisse, risque rapidement de dégringoler du statut de youngtimer distingué à celui peu enviable de poubelle. À vous de trouver la perle rare, et de la garder jalousement, elle en vaudra la peine.

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Texte : Yan Alexandre, photos : Yan Alexandre et Pierre Sautelet. Un grand merci à Quentin pour son aide.

* pour respecter son anonymat, le prénom a été changé

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3 Commentaires »

  • Jezza says:

    Personnellement, j’aime beaucoup. Elle est très austère certes et rien ne dépasse, mais je trouve que ça a sont charme.
    Et techniquement elle est aboutie : légère étant donné la présence de la transmission intégrale et du L5, aérodynamique, et donc performante malgré une puissance assez banale.

  • ben richmond says:

    Elle est devenu aussi rare que Thimoty….

  • Romain says:

    Merci pour ce beau reportage et ces belles photos qui permettent de réhabiliter ce modèle trop méconnu.

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