La Bentley Continental GT est une vieille connaissance. Souvenez-vous, l’année dernière nous avions déjà pris le volant de la seconde génération, qui venait tout juste d’être dévoilée. Cet automne c’est au tour du cabriolet, la GTC, de faire ses premiers tours de roues. Et encore une fois, nous étions là.

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On ne va pas refaire le match : la GTC n’étant qu’un simple décapsulage de la GT, il n’y avait a priori rien à écrire à son sujet. Mis à part qu’elle décoiffe – la belle affaire. Les bookmakers sont formels le BG va s’abandonner au couplet habituel : puissante mais fade, peut mieux faire. Inutile de parier là dessus, la côte est faible. Ah bon ?

À ma gauche, culotte Marocco Blue, la Continental GTC, cabriolet catégorie poids lourds (2,5 tonnes !), attend son heure. À ma droite le rédacteur du Blenheim Gang, jean dark blue, welter à la dernière pesée, s’avance confiant. Il en a maté d’autres. Ah oui ?

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Avec son faciès de gant de boxe, la GTC reprend toutes les évolutions qu’a subi la Continental l’année passée : soit de discrètes arêtes là où avant il n’y avait que courbes molles, un regard plus vif, et un fessier plus musclé. Le passage à la capote vient rompre la chute de pavillon bien fluide du coupé. Décapotée, la voiture paraît presque petite, du moins de loin. La faute à ses énormes jantes chromées de 21 pouce qui perturbent l’appréciation des volumes. Soyons clair, la GTC est un monstre. À côté Lennox Lewis ferait dans le mi-mouche.

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Pénétrons sur le ring. Dans l’habitacle, rien de nouveau, si ce n’est la capote triple épaisseur à plafonniers intégrés qui s’oublie instantanément, donnant l’impression d’être dans un véritable coupé dont l’insonorisation est parfaite. Comme quoi la toile peu encore résister face à la bêtise du coupé-cabriolet. Bien sûr, il n’est pas question de rouler plus de quelques centimètres avec ce lourd couvre chef sur notre tête. Interminable pression sur la commande et le compliqué assemblage se plie dans le coffre, recouvert d’une multitude de panneaux, tous tendus de cuir. Relevons les vitres – il fait frisquet – mettons le chauffage à fond, y compris dans la nuque, grâce à la bouche d’air intégrée dans l’appuie-tête, et partons au combat.

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Premier round. La GTC, fidèle à elle même se conduit tout en facilité, dès que l’on a appréhendé ses dimensions. Au rythme de la circulation, la voiture est docile, ce qui permet de s’amuser un peu avec les gadgets du bord ; sièges massants, GPS avec cartes satellite Google Earth (très pratique pour trouver de bons endroits pour faire ces photos), ou encore étui à lunettes amovible intégré dans la console centrale. Rien de nouveau. Pas de surprises. Les books’ avaient raison.

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Deuxième round. Le rythme s’accélère et on allonge la détente. Le pied se fait plus pressant sur l’accélérateur. Un grondement étouffé réveille l’arbitre. Quel est ce bruit que le coupé savait poliment contenir ? Le surpuissant W12 bi-turbo (560 ch), se réveille, et il n’y a ni toit, ni capote pour s’isoler de ce son caverneux. Imaginez rendre visite à Mike Tyson en hôpital psychiatrique, et entendre de l’autre côté du mur le rugissant et surpuissant mitraillage de ses poings lourds contre la cloison matelassée. C’est cela la sonorité du moteur de la GTC : un bruit terrifiant, filtré par l’épais capot. Une mélodie diabolique qui tétanise le conducteur. Appuyer plus fort sur l’accélérateur ? Il y a de la marge, mais plus loin la Continental ne va plus retenir les coups. Vous voila prévenu.

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Troisième round. L’imprudent conducteur provoque la Bentley. D’un coup bas il écrase l’accélérateur. Désarçonnée la voiture trébuche. Le conducteur l’a senti, le volant vient, un court instant, de lui échapper des mains. Embardée brutale, la route se tord. Pas la voiture, c’est le cabriolet le plus rigide du monde. Puis le cerveau se rebranche, l’électronique envoie ses signaux aux quatre roues motrices qui se remettent en ligne avant même que l’arbitre ne remarque la fourberie. La réponse ne se fait pas attendre : le conducteur reçoit un uppercut brutal en plein menton et s’écrase dans les cordes – ou dans son fauteuil. C’est le tonnerre du vent qui s’engouffre brutalement dans l’habitacle qui le réveille. Coup d’œil à l’horloge : la vitesse vient de se multiplier, la Bentley a retourné le match en sa faveur. Maintenant c’est elle qui décide du rythme, et le conducteur la suit, hypnotisé par la violence des coups.

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Quatrième round, On pensait que le freinage allait se finir en K.O, mais non, la Bentley est restée sur des rails et s’est engouffrée dans la courbe sans ciller. On tente quelques crochets via les palettes de la boite automatique pour mieux maîtriser l’adversaire. Cela fonctionne à peu près malgré la lenteur des réactions et l’on se surprend à prendre un insoupçonnable plaisir, grisé par l’excitation et l’adrénaline de ce combat contre-nature. Tant que la chaussée est suffisamment large pour se croiser, et les courbes modérément serrées, la GTC se joue de la difficulté et terrasse ses adversaires.

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Douzième round. Ni la Bentley, ni son conducteur malmené n’ont lâche prise. Quelle que soit la vitesse des coups, la Bentley a répondu, encore plus fort. Le conducteur n’a pas abandonné la lutte, malgré le violent uppercut donné en début de rencontre. Il a compris : si la Bentley le domine, elle ne lui assènera jamais le coup vicieux qui le mettra au tapis. La cloche sonne. Les Blenheim Judges, eux, tranchent : la Continental GTC les a conquis par les incroyables sensations distillées durant le combat. Victoire aux points pour la Bentley, sans appel. Que ceux qui ont parié dessus raflent la mise.

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VISUAL ATTRACTION 6 TWIGGS

Ni mieux, ni moins bien, la GTC garde les qualités et défauts du coupé : une ligne que l’on aimerait un peu plus provocante et mieux équilibrée, mais qui n’a pas non plus grand chose à se reprocher.

MECHANICAL THRILLS 10 TWIGGS

Instoppable locomotive, le W12 bi-turbo ne manque jamais de souffle, quel que soit le régime, pour vous catapulter dans la stratosphère. Et comme sans le toit, on profite enfin des sensations de vitesse, l’expérience frôle la perfection.

HANDLING 6 TWIGGS

Comportement sans faute, certes, mais il faut tout de même jouer de prudence. Les lois de l’inertie rappellent que la GTC n’est pas tout à fait une sportive.

CLASSIC APPEAL 8 TWIGGS

Sans être une voiture majeure de son époque, la Continental GTC reste une Bentley, soit une valeur sure à long terme.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 10 TWIGGS

La GT était déjà l’auto parfaite pour voyager avec mademoiselle. Alors si en plus on peut bronzer en même temps…

BLENHEIM FACTOR 9 TWIGGS

Avouons-le, la Continental GTC nous a mis une claque. Le plaisir qu’elle distille en conduite (très) rapide surpasse de très loin le trop parfait, et ennuyeux, coupé GT. La bonne surprise de cette rentrée.

BENTLEY CONTINENTAL GTC
Avouons-le, la Continental GTC nous a mis une claque. Le plaisir qu'elle distille en conduite (très) rapide surpasse de très loin le trop parfait, et ennuyeux, coupé GT. La bonne surprise de cette rentrée.
VISUAL ATTRACTION6
MECHANICAL THRILLS10
HANDLING6
CLASSIC APPEAL8
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY10
BLENHEIM FACTOR9
8.2Note Finale
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A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

4 Réponses

  1. Flap

    Au secours!

    Cette auto n’a à mon humble avis rien de blenheim.

    Elle est pachydermique, ses lignes ont de forts accents germaniques, ses jantes sont vulgaires et ridiculement grosses. Enfin que dire des feux de jours à LED.

    Une bonne vieille continental SC mulliner a pour moi beaucoup plus de charme que cette « beauté » froide même si beaucoup moins parfaite.

    Cette auto n’a aucun supplément d’âme, par contre elle plaira j’en suis sur énormément aux oligarques…

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    • Yan Alexandre Damasiewicz
      Yan Alexandre

      Je suis désolé cher ami lecteur, mais ceci est un peu simpliste.
      Que dire des feux à LED ? Rien, juste que la législation européenne les a rendu obligatoires et que toutes les autos sont (ou vont) en être équipées désormais.
      Les jantes ? Optionnelles. Rien ne vous y oblige. Le propos d’une voiture de presse – ou de démonstration – est d’être extrémiste, c’est comme ça.
      Pachydermique ? Pas plus qu’une Phantom VI, ou qu’une Continental SC en son temps.
      Pas d’âme ? Conduisez la et changez d’avis. Mais je pensais comme vous avant, je peux le comprendre.
      Quand à l’avis sur les conducteurs, nous n’en avons cure au Blenheim Gang. À aucun moment je ne me suis senti oligarque / footballeur / retraité bedonnant à son volant.

      Le propos du Blenheim Gang n’est pas de juger une automobile en fonction de l’image qu’elle dégage lorsque l’on la juge sur des à priori, mais sur des sensations et du plaisir distillé volant en mains.
      Et en ce sens elle a été une très agréable surprise. Ne vous en déplaise.

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  2. Amaury

    En 2010 j’ai acheté un Continental GT. 3 années de bons et loyaux services, malgré quelques petits soucis de batteries. J’ai hésité au moment de changer, pour une simple raison : j’ai pris un plaisir inouï à la conduire, n’importe quel être humain normalement constitué ne peut que s’amuser de ses accélérations, ou savourer l’habitacle. MAIS… le bruit. Rouler à 130 km/h était devenu lassant. Le bruit du moteur, la résonance de l’échappement, au quotidien c’était parfois pénible. J’ai donc hésité au moment de changer de voiture.

    J’ai été invité par mon concessionnaire à essayer la GTC, en janvier. Le coup de cœur a été immédiat ! Surtout dans la définition qu’il me proposait, un orange tape-à-l’oeil et un intérieur blanc… Au diable la discrétion ! Dès les premiers tours de roues (décapoté, même en janvier. Merci l’hiver doux) le charme a opéré. J’avais beau avoir partagé la vie du coupé pendant 3 ans, parcouru près de 160.000 kilomètres à son volant, j’avais l’impression de conduire un autre véhicule. Ce bruit… Un vrai appel au crime ! De plus, j’ai vraiment apprécié ce que Bentley a fait au niveau du multimédia, même si on reste encore à mon sens un cran en-dessous de ce qu’on serait en droit d’attendre c’est largement mieux…

    Par contre je dois dire que les réactions des gens ont toujours été plus que sympathiques. Je n’ai jamais été traité de parvenu, ni de star du football, il arrive que les gens me posent des questions, regardent un peu à l’intérieur, et sont généralement plutôt content quand je leur propose de s’asseoir ou simplement de les emmener faire une balade ! (bon d’accord, ça n’est arrivé que deux fois, mais néanmoins les gens étaient contents. Non, rouler en Bentley ne veut pas dire qu’on est un arrogant connard qui regarde les gens de haut en les toisant avec sa grosse voiture. Et non, on n’achète pas une Bentley pour compenser un sous-équipement de l’organe reproducteur masculin, tout va bien de ce côté-là, merci).

    Bref, on peut certes reprocher un certain côté bling-bling sur certains modèles, mais comme il a été dit, personne ne vous pousse à prendre les jantes chromées de 21 pouces, il s’agit d’un modèle qui n’est pas démesuré côté taille, et qui ne foisonne pas de détails voyants, donc elle a le bon goût de passer de façon assez fluide dans la circulation, même si on la remarque quand même (sans doute que la couleur orange n’y est pas étrangère, dans mon cas…).

    En tout cas j’aurai été ravi de lire un essai différent. Chaque fois qu’on lit l’essai de la Continental GTC on a l’impression que l’opinion du « cette voiture s’adresse à des gens qui veulent être vus » surnage. Vous avez le bon goût d’avoir fait un essai qui rend hommage à la voiture en restant objectif, et sans vous prendre pour une star du rap. Merci pour ça.

    Amaury

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