Le break de chasse est de nouveau à la mode, et ce n’est que justice, tant cette carrosserie, mélange de coupé et de break est élégante. Avec l’avènement des coupés 4 portes, une nouvelle dimension lui est donné, avec deux ouvrants en plus, mais toujours la même finesse esthétique, à mille lieux de l’utilitaire familial qu’est le break classique. S’il y a une marque qui lu a donné ses lettre de noblesse, c’est bien Aston Martin, et il est presque étonnant d’avoir attendu si longtemps avant de voir un dérivé break de la Rapide. Mais par contre, que vient donc faire Bertone là dedans ?

Acte 1 : 1953, l’Arnolt Aston Martin DB 2/4

Aston-Martin-DB2-4-Spider-Bertone

On a tendance à associer naturellement Aston Martin au carrossier italien Zagato, c’est un peu vite oublier que bien avant la sublime DB4 GT Z, Bertone avait déjà habillé des châssis Aston. Tout commence par la rencontre entre un riche américain, Stanley H ‘Wacky’ Arnolt, et Bertone en 1952, qui aboutira à une fructueuse association : Arnolt se chargera de fournir des châssis à Bertone – qui les habillera – et s’occupera de vendre les voitures. La première collaboration portera sur 103 Arnolt-MG, puis sur des Aston Martin DB 2/4 carrossées par Bertone. 7 (ou 8, selon les sources) voitures furent produites : trois spiders (ci-dessus) et un coupé dessinés par Franco Scaglione et 3 roadsters par Giovanni Michelotti (ci-dessous). Après une Bentley, l’aventure entre Arnolt et Bertone continuera avec la bien plus connue Arnolt-Bristol. La Jet 2+2 présentée cette année à Genève célèbre donc les 60 ans de cette première association.

Aston-Martin-DB2-4-Cabriolet-1953-Bertone-Design

Acte 2 : 1961, la DB4 GT Bertone Jet

Aston-Martin-DB4-Jet

Le tout dernier châssis de DB4 GT a été envoyé à Bertone qui chargera le tout jeune Giorgetto Guigiaro de l’habiller dans un style très tendu, aux antipode de celui des autres DB4. Ironiquement, sa carrosserie en acier la rend plus lourde de 200 kg par rapport à la DB4 GT « Superleggera »en aluminium.

Acte 3 : 2004, Bertone Jet 2

Aston-Martin-Vanquish-Bertone-Jet-2-2

À la surprise générale, Bertone présenta au Salon de Genève une déclinaison break de chasse de la Vanquish – au même moment où Zagato en dévoilait sa version roadster. Cette dernière semblait bien plus réaliste, mais aucune des deux ne fut produite.

Aston-Martin-Vanquish-Bertone-Jet-2

Acte 4 : 2013, Bertone Jet 2+2

Aston-Martin-Bertone-Jet-2+2-1

C’est encore à Genève que Bertone présente cette Rapide break de chasse, réalisée suite à une commande privée, et donc destinée à rester unique. Difficile de ne pas la comparer avec le concept Panamera Sport Turismo, présenté l’automne dernier à Paris. Bertone s’en sort très bien, avec un profil bien plus fin – mais ce n’était pas très difficile. La démarche apparait logique : si la Rapide est dotée de quatre places et quatre portes, c’est une auto sans aucun sens pratique, ce qui la rend aussi désirable qu’inutilisable. Il y a quelques années, j’ai été conduit dans Londres à l’arrière d’une de ces voitures ; ce fut une expérience douloureuse et inconfortable, mais ô combien glorieuse et flamboyante. S’il n’est pas sur que cette Bertone Jet 2+2 résolve le problème de la place allouée aux jambes des passagers arrières, elle permettra au moins d’emmener en ballade avec soi un gros chien – qui lui ne se plaindra pas de son sort. Ce qui la rend aussi indispensable que n’importe quel autre shooting brake Aston.

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

3 Réponses

  1. Humphrey

    Je suis vieux, je suis ennuyeux et donc conservateur,
    Le concept de « coupé 4 porte » quand il ne me hérisse pas le duvet me fait au mieux rire en grinçant des dents, alors dire que le break de chasse à « 4 portes » me fait friser l’apoplexie…
    AM l’a déjà fait et c’était un break, un break, juste un break, cela n’a rien de honteux, comme une berline est une berline, ce n’est pas sale… enfin je crois,
    sur ce je retourne astiquer mon Z3 coupé qui lui aussi usurpe son nom, mais bon , c’est différent, forcément, c’est MA voiture…

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    • Yan Alexandre Damasiewicz
      Yan Alexandre

      Sur le fond je partage votre analyse. Mais bon, le monde change, et il faut s’y faire. Après tout la Rover P5B Coupé mentait déjà. Tout est de sa faute. Elle a crée un précédent.
      Si on n’utilise pas les mêmes mots que tout le monde, une fois ceux-ci adoptés, on ne s’en sort plus. Il y a encore quelques années je me refusais de parler de « crossover » à propose des nouveaux (enfin…) faux 4×4 urbains, car ce terme désignait à l’origine un concept bien plus large : celui du mélange des genres. L’Avantime était un crossover, par exemple. Aujourd’hui c’est un coupéspace. Victoire du marketing. Toujours par KO.

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