Au fond du garage, entre 1966 et 1969, il y a des p’tits gars qui prennent des acides et mettent la fuzz et l’écho à fond les bananes. Ça gratte, ça coince un peu, ça part en vrille, ça décolle puis ça s’écrase, ça fait du bruit, ça déménage, c’est du garage-psyché !

Graf Zepplin, You’re In My Mind :


Graf Zepplin (sans E à cause d’une erreur du batteur lorsqu’il décore sa grosse-caisse !) est un petit groupe de Oak Park, banlieue de Chicago, un high-school-band comme disent les américains, formé en 1966 et composé de John Armour, Dave Green, Gary Knaus, Bob Blumenthal et Bill Steed. Qui fait quoi ? Aucune idée ! Mais en tout cas, ils le font bien : les effets sonores sont tout bonnement bluffants pour un petit groupe garage et on a beau essayer de les analyser, on a du mal à comprendre comment ils s’y sont pris… Il y a du piano, de l’orgue, du tambourin et beaucoup d’écho, ça c’est sûr, mais sont-ce des bandes à l’envers qui englobent le tout dans un maëlstrom sonore ?
Non, c’est un oscillateur ! Rajouté au dernier moment par l’ingénieur du son, il transforme cette ballade moody en psyché-killer.
Le break est tout simplement un monument de garage-psyché.
La mélodie geignarde et somnolente fait un contraste intéressant avec la production débridée.
Cet unique disque est le premier prix d’une Battle Of The Bands que le Graf Zepplin a gagné en mars 1968. Un seul 45 tours, une pépite !
Une vidéo youtube a été postée par un des membres du groupe et elle contient des images super 8 d’époque ainsi que la face B du 45 tours. Amusant de voir que cette musique totalement psyché a été produite par des jeunes hommes propres sur eux !

Moon Dawgs, Keep On Pushing :


Les Moon Dawgs sont originaires de Louisiane et ont sorti deux 45 tours, un en 1966 avec You’re No Good en face A, un bon petit morceau de garage typique de l’année 66 (rien à voir avec le You’re No Good de Clint Ballard repris par les Swinging Blue Jeans en Angleterre), et un autre en 1968 avec en face B, ce hargneux et lysergique Keep On Pushing. Rien de bien compliqué à décortiquer cette fois : il y a une bonne grosse fuzz de taré poussée à fond sur une guitare, une batterie à la production simplement garage et un écho terrible sur la voix que l’orgue et le xylophone viennent calmer un peu.
Le tempo a beau être plutôt lent et la mélodie assez triste, sur une montée en mineur, le morceau est d’une tension et d’une violence absolues.
Le solo sur une seule note, appuyé par quelques halètements, est absolument ravageur et c’est le pic de ce morceau déjanté.

You’re No Good (1966) :

ID, The Rake :


Cette chanson complètement perchée est extraite d’un 33 tours, The Inner Sounds Of The Id, enregistré en juillet et aout 1966 et sorti en janvier 1967 par un groupe composé de musiciens de studio de Los Angeles : Jerry Cole (guitare, chant, sitar), Glenn Cass (basse, chœurs), Don Dexter (batterie, chœurs) et Norman Cass (guitare, chœurs). Des musiciens de studio ? Alors, ce n’est pas du garage ? Heu, bon, c’est vrai, ce n’est pas tout à fait du garage… Mais vu que ça n’a eu aucun succès à l’époque et à peine plus aujourd’hui, ça rentre dans la catégorie « pépites ignorées des années soixante », et d’ailleurs, ce morceau figure déjà sur plusieurs compilations de garage alors ça va, arrêtez de vous en prendre aux mouches !
Après avoir enregistré cet album étrange, au lieu de faire de la scène à Los Angeles, le manager du groupe décide de les envoyer à Chicago. Mais là-bas, début 1967, le public n’est pas aussi ouvert que sur la côte Ouest et ça sera un fiasco qui provoquera la séparation du groupe…
Le rythme étrange, la basse saccadée, les coups de guitare avec trémolo et légers larsens, les deux mélodies étrangement imbriquées et le break zarbi font de ce titre un objet musical non identifié assez unique.
Pour les experts, je précise que la version que vous écoutez est la version originale du disque avec des effets stéréos très « années soixante » alors que la version généralement utilisée sur les compilations Peebles ou autres Heavy Psych est en mono.

The Inner Sound Of The Id, un délire totalement psyché de 10 minutes avec sitar à gogo et remix de The Rake à la fin :

Riders Of The Mark, The Electronic Insides and Metal Complexion that Make Up Herr Dr. Krieg :


Unique 45 tours, sorti en 1967, d’un groupe dont on ne sait pas bien s’ils sont originaires de Tucson (Arizona) ou du New Jersey et de Pennsylvanie. Mais qu’importe la géographie, ce morceau, signé John Hill et Don Cochrane, nous vient directement de l’espace inter sidéral !
Truffé d’effets électroniques, de fuzz, d’écho, de ruptures rythmiques et de bandes à l’envers, cette chanson doit certainement être le fruit d’un trip sous acide légèrement malsain et je n’aimerais pas rencontrer le Dr Krieg au détour d’une ruelle sombre.
John Hill qui a composé et produit la chanson, a déclaré avoir été influencé par Tomorrow Never Knows des Beatles, on pouvait s’en douter à l’écoute. Et j’ajouterais que I Had Too Much To Dream Last Night des Electric Prunes a certainement été une autre influence.
Le nom du groupe serait une référence au Seigneur des Anneaux. Mais ne me demandez pas laquelle, je ne suis pas un adepte des Tolkienneries. Le livre du Bilbo m’est tombé des mains et les quelques extraits des films Néo-Zélandais que j’ai vus m’ont donné un aperçu des piètres qualités d’acteurs des acteurs.
Heureusement, les Riders Of The Mark jouent bien, eux.

Gotta Find Somebody, la face B de ce 45 tours, moins original mais bon morceau de garage :

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

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