Peu connu en France, le constructeur Isuzu a produit certaines des plus intéressantes voitures japonaises. La Piazza en fait partie. Voici quelques bonnes raisons pour laquelle nous la considérerons comme une authentique Blenheim Car.

Giorgetto Giugiaro avait par le passé réalisé pour le compte de Ghia le fameux coupé Isuzu 117, les dirigeants de la firme japonaise se sont amourachés du designer italien au point de lui demander à l’orée des années 80 de repenser toute leur gamme. Premier jalon de cette coopération, le concept-car Asso de Fiori, dévoilé au salon de Genève 1979 :

Giugiaro est alors au sommet de son art, et l’Asso di Fiori fait partie de ses chefs d’œuvres de design industriel. Il le considère comme sa « cinquième révolution copernicienne », chacune poussant plus loin la réflexion sur la conception de l’objet automobile. Pour mémoire les concepts qu’il introduisit furent :

  • Les phares intégrés dans le calandre (Alfa Romeo 2000 Sprint, 1960)
  • Les pares-brise et fenêtre collée à la carrosserie (Alfa Romeo Canguro, 1964)
  • Les boucliers peints (Karmann Asso di Picche, 1973)
  • Le couvercle de malle englobant les flans (VW Golf, 1974)

La cinquième révolution introduite par ce concept fut la suppression de toute les gouttière de toit par l’adoption de portes autoclaves. permettant d’améliorer l’aérodynamique, adoucir les surfaces et améliorer la sensation de solidité par la diminution de joint de carrosserie. 10 ans plus tard, une voiture sur trois utilisera ce type de portière (dont, par exemple la Renault 19, due elle aussi à Giugiaro).

Le concept est un tel succès, qu’à peine le salon ouvert, il est envoyé au Japon ou en 48h accord est donné pour sa production ! Destiné à être industrialisable, l’Asso di Fiori va passer à la série très rapidement : deux ans plus tard, en 1981, toujours au salon de Genève, est présenté l’Isuzu Piazza. Seule différence, un habitacle aux côtes légèrement revues à la hausse, le prototype ayant été réalisés aux dimensions de l’homme japonais, alors que cette fois le marché américain est visé.

Parmi les astuces stylistiques on notera :

  • Des phares très fins, partiellement recouverts par un couvercle mobile, permettant des appels plus rapides qu’avec de vrais pop-ups. À noter que pour le marché US, de petits phares fixes sont utilisés, donnant un curieux air de DMC DeLorean à la Piazza.
  • Un hayon autoclave, qui recouvre le pilier C en rejoignant directement la vitre de custode, masquant la encore la gouttière d’évacuation d’eau.
  • Un pli horizontal traversant l’auto de part en part, masquant les jonctions entre le capot, le hayon et les ailes.

À noter que les japonais respectaient tellement le travail de Giugiaro, que la moindre modification sur la voiture durant son process d’industrialisation devait être validé par signature par le designer !

L’intérieur de la Piazza révèle d’autres détails dont nous sommes friands. Hormi les sièges arrières séparés, une idée reprise sur la Volvo 480, on notera les compteurs digitaux et les satellites du tableau de bord, eux aussi pensés par le bureau Ital Design, permettant par exemple de régler l’intégralité du système de climatisation du bout du pouce, sans lacher le volant.

Résolument intelligente, la Piazza est sans conteste un jalon du design automobile. Maintenant, vous ne pourrez plus l’ignorer.

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

9 Réponses

    • Yan Alexandre Damasiewicz
      Yan Alexandre

      You’re right ! Lotus have designed new suspensions for the mid-life upgrade of the car. One more thing that make the Piazza so cool !

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  1. Colin Chapman

    Il me semble que son bloc moteur est la base du 1600 DOHC Turbo de l’Elan M100.

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  2. Archie Vicar

    Le plate-forme de cette voiture est dérivé de celui du Vauxhall Chevette/Opel Kadett C! Malheureusement, beaucoup des Piazzas en UK ont été massacré pour leur suspensions, disques AV ventilées et pont AR autobloquants avec freins à disques qui se montent facilement dans les Chevettes et Kadetts.

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  3. Nico

    Un plaisir, le souvenir de ce dessin assez fin, très bien retranscrit dans un Michel Vaillant dévoré à l’époque, d’autant que la voiture était mise en valeur par sa jolie conductrice japonaise. Ou comment d’un coup, une voiture « bread & butter » inconnue devient très très cool…

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