BMW, sous le capot des coupables

Pilotée par Mesrine, Tupac Shakur, ou la Bande à Baader, la BMW semble être la voiture idéale pour contester l’ordre établi. Image d’Epinal ou réalité ?

« Ah non pas une BMW, cette voiture de voyous ! » Ce jour-là, père monte dans une Mercedes et ne changea jamais d’avis. Il n’avait pas tout à fait tort.
Allemagne de l’Ouest, 1970, début des « années de plomb »: le pays est terrorisé par la « Fraction Armée Rouge »ou Baader-Meinhof Bande, du nom de ses deux principaux membres, Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Attentas, enlèvements, assassinats ou détournements d’avion, le groupe maoïste adepte de la guérilla urbaine (1968-1998) ne recule devant rien pour manifester ses idées radiales. Pour se déplacer, la Bande utilise souvent des véhicules volés, dont ce modèle spécifique qu’elle adore : la BMW 2002. Facile à chiper, populaire, puissante et compacte, elle s’avère idéale pour fuir à toute vitesse.

Son « succès » est tel que BMW est alors surnommée « Baader Meinhof Wagen » et que les jeunes chevelus innocents et crevés d’être contôlés pas les flics dans la voiture de leur maman, arborent le sticker devenu culte Je n’appartiens pas à la Bande à Baader. Les terroristes se tournent alors vers des modèles plus discrets. Dans La Bande à Baader, le film d’Uli Edel sorti en novembre dernier, la 2002 est peu présente, vague second rôle lors d’une virée sur l’autoroute et d’un contrôle policier qui tourne mal (photos ci-dessus). Les plus observateurs repèreront néanmoins, brièvement, le célèbre autocollant.

À l’époque, coïncidence ou pas, les ventes explosent, créant sa (mauvaise) réputation. Dans le courant de la décennie, la gamme s’étoffe avec des berlines plus grosses, mais toujours luxueuses, musclées. Ces nouveaux modèles s’érigent en concurrentes faces aux bourgeoises Mercedes-Benz, de facture plus classique. La « BM » est agressive et le revendique, comme en témoignent ces publicités montrant son capot dans un rétroviseur agrémenté d’un laconique « move over », prosaïquement « dégage ».
Une 528i criblée de balles


Au même moment, en France, l’ennemi public n°1 s’appelle Jacques Mesrine. Il a lui aussi un faible pour la marque. En septembre 1979, Jacquot se paye une 528i, se faisant passer pour un journaliste afin d’obtenir une ristourne. Cette scène est visible dans le second volet du film de Jean-François Richet : le modèle est identique, mis à part la couleur (originellement un gris foncé). C’est d’ailleurs à l’intérieur que l’auteur de l‘Instinct de mort la trouvera, la mort, moins de deux mois plus tard, Porte de Clignancourt. Les photos de la BMW, quasi neuve, criblée de balles et maculée de sang, feront la Une de tous les journaux – belle publicité. L’auto de Mesrine sera stockée en fourrière pour raisons juridiques avant d’être détruite en 2007 en présence du commissaire Broussard, son ennemi intime, tout aussi amateur du logo bleu et blanc cerclé de noir.



Dans les années 80, le cinéma achève définitivement la réputation de BMW, notamment dans l’Héxagone, où les voyous se l’arrachent : Les Ripoux, Pour la peau d’un flic, Le Marginal, L’Union sacrée, Les Spécialistes…
Car jacking et lignes musclées
.Puis le banditisme et ses truands se sont renouvelés, appréciant toujours les bagnoles compactes et sportives, Golf GTi d’accord, mais surtout BMW Série 3 histoire de se la jouer un chouïa… En vieillissant ces modèles attireront les caïds de la banlieue : dans La Haine (1995), Hubert, Saïd et Vince partent en virée dans Paname en Série 3 (photo d’ouverture). Mais le 7 septembre 1996, de retour d’un combat de Tyson à Vegas, Tupac Shakur récolte quatre balles assis côté passager dans la BMW 750iL de son producteur Suge Knight, qui conduisait. C’est symboliquement le chant du cygne du versant bad de la BMW. La criminalité range sur le côté sa tentation show off et fait profil bas, y compris au garage. Aujourd’hui les mauvais garçons du 7e art roulent en Audi (modèle A8 du Transporteur 3), en Mercedes , en Lexus, et ceux du rap US ont succombé aux codes de la bourgeoisie la plus établie : Busta Rhymes est arrêté en 2008 pour agression dans une Maybach.
Autant de fantasmes pour les wannabe gangsters. Pour preuve, les propriétaires des surpuissants breaks Audi connaissent depuis dix ans une vague inquiétante de car jacking. Audi vante sa solidité, ce doit être vrai, ses bolides finissent souvent en voiture-bélier encastrés dans une vitrine. BMW le possède plus le monopole du marché de la terreur, l’industrie du luxe propose des véhicules à la sportivité exacerbée, aux lignes musclées, à la testostérone affirmée – bref, ayant intégré le factor bad boy. Plus besoin de convaincre Papa.
texte : Ian Alexander, initialement publié dans l’édition Bad du magazine Standard (n°22, janvier-février-mars 2009)










Très bon article une fois encore. Merci
Et encore un excellent texte ! Bravo.
Dire que j’aime beaucoup les BMW de ces années et que je me suis même mis en chasse d’une 323i E21 ou d’une Alpina C1 de la même époque…je dois être entrain de me métamorphoser inconsciemment, je ferais attention le jour où la moustache, les cheveux commenceront à pousser et que la veste en cuir aura remplacé le duffle coat ! lol.
Ian, c’est vraiment super bien.
Très bon article
Toutefois la maison BMW n’est pas totalement innocente, et en particulier son président Eberhard von Kuenheim, un génie du marketing qui a assis la nouvelle image de marque du constructeur, de l’avis même des insiders.
Excellent article. Excellent site.
Kiss my Bmw 316 e30 de 1987 on http://www.myspace.com/radiogitan
Vroum
radiogitan
Voiture de voyous ou d’amateurs de grande vitesse. De là à faire la relation !
Jamiroquai avait l’air d’adhérer à cette image de voyou en BMW, comme on peut le voir en fuite au volant d’une 323i E21 dans le clip de “Black Capricorn Day”.