Impossible d’être objectif : j’ai été élevé par un père citroënniste. La XM est entrée dans ma vie alors que je découvrais le collège, et par là même plein d’autres choses marquantes. Elle n’en sortira que bien plus tard, à un age où l’on ne craint plus de laisser les clés à son fils pour qu’il puisse traverser, seul, l’Europe à 200 km/h. Ou un peu plus.

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Pendant quelques années ceux qui, comme moi, ont connu intimement la XM se sont sentis les derniers gardiens du temple oléopneumatique, lorsque cette dernière finit par tirer sa révérence, ne laissant pour seule semi-descendante la bâtarde C5, première du nom. C’en était fini d’une lignée dont les racines remontaient à la DS, voir à la Traction pour les plus intégristes d’entre nous.

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L’apparition de la C6 en 2005, 6 ans après la disparition de la XM ,avait ravivé un temps les espoirs. Un temps seulement, car aujourd’hui, alors que les chaines de production s’arrêtent, la C6 n’a pasnon plus de remplaçante attendue dans les années à venir. Et si le concept Numéro 9 pourrait lui succéder, il ouvrirait un nouveau chapitre dans l’histoire des grandes routières Citroën : celui des voitures conçues pour l’homme d’affaire chinois, et non plus le notable franchouillard.

La ligne de la C6 est superbe. Il n’y a pas d’autre mot. Son élégance intemporelle lui confère une présence rare dans le trafic actuel, alors que son dessin remonte au concept C6 Lignage de 1999 – soit il y a plus de 13 ans. Son profil de grande berline fastback – héritée des DS, CX et XM – apparaît subtilement avant-gardiste à une époque où les constructeurs allemands font mine d’inventer l’eau chaude, en se cachant derrière le qualificatif de « coupé 4 portes » donné à leurs CLS, Panamera, GranCoupé et autres A7…

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Je ne me lasse pas d’en faire le tour. Sa teinte « gris fulminator » (quel nom idiot), lui donne l’air d’une voiture de ministre, ou de patron d’une boîte du CAC-40. D’ailleurs elle est équipée du « pack Lounge » : sièges arrières électriques et chauffants, et commande à distance de l’avancée du siège passager avant : soit tous les attributs de la voiture dans laquelle on se laisse conduire par un chauffeur.

Pas question : c’est bien moi qui en prendrai le volant. Alors que l’extérieur m’a coupé le souffle, l’habitacle me désole immédiatement. Design insignifiant de la planche de bord, commandes multiples sur la banale console centrale à l’ergonomie farfelue, innombrables accessoires provenants de modèles innommables (par convenance) d’un ancien catalogue Citroën, abondance de plastiques… Heureusement l’instrumentation digitale égaye un peu l’ambiance, tout comme les multiples plaquages de bois : les aumônières coulissantes des portières sont superbes.

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En posant les mains sur le volant, les souvenirs de la XM paternelle resurgissent violemment. Il me faudra quelque seconde pour comprendre. La section de la jante du volant, si atypique, est la même : elle n’est pas ronde, mais dotée d’une section plate inclinée vers l’intérieur sur lequel s’appuyant les pouces. Poser mes paumes sur l’arrête qui en fait le tour me donnent l’impression de caresser les mains trapues du paternel. Ce détail quasi-insignifiant va ouvrir en grand la boîte à souvenirs.

Il faut quelques jours pour le remarquer : la C6 décolle au démarrage – mais comme elle ne s’avachit pas une fois le moteur éteint, le mouvement est quasi imperceptible. Le 3.0 HDI vibre doucement, trop présent dans l’habitacle. La transmission est automatique, ce qui sied le mieux à ce genre de limousine. La C6 démarre dès que je relâche la pression sur la pédale de frein. Je m’habitue instantanément à ses grandes dimensions. En fait je la connais déjà. Tout revient : le volant au toucher léger (sans DIRAVI, heureusement ?), les pédales d’accélérateur et de frein à la fois spongieuses et élastiques, et les dodelinements de la carrosserie sur les obstacles constellant la chaussée. Rien n’a vraiment changé depuis la XM. Tout est juste mieux maitrisé, plus précis, moins déroutant.

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La C6 tangue, et c’est sans doute son trait de caractère le plus attachant. A chaque bosse, la caisse rentre en mouvement ondulatoire, faisant balancer légèrement l’horizon à travers le pare-brise. Je croyais ce genre comportement définitivement disparu avec le XXe siècle. Cela m’amuse follement, mes passagers installés à l’arrière nettement moins. Eux expérimentent une version modernisée du « mal de la DS ». Un bouton sur la touche « Sport », raffermissant les coussins d’huile, les rends nettement moins nerveux. Pourtant la différence est à peine palpable.

Essayer une version diesel n’est pas dans nos habitudes, mais pour cette fois nous n’avions pas vraiment le choix : c’est la dernière encore disponible. Faut-il s’en plaindre ? Avec 241 ch, une vitesse de pointe de 240 km/h et un temps de 8,5s au 0 à 100 km/h, c’est de toute façon la plus performante de la gamme, bien devant le V6 essence, rayé du catalogue en 2009. Si ce n’est qu’il est un peu trop bruyant, ce moteur, qui équipe également la Jaguar XJ et le Range Rover Sport, correspond idéalement au caractère de la C6. Voila une auto avec laquelle on n’a envie que d’une chose : rouler, loin, jusqu’au bout de la journée, et de la nuit.

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VISUAL ATTRACTION 9 TWIGGS

L’une des plus belles autos des années 2000, et sans doute la plus belle Citroën depuis la CX – à laquelle elle rend de subtils hommages. Un futur classique.

MECHANICAL THRILLS 3 TWIGGS

Il est puissant et coupleux, mais ce V6 reste un diesel : pas vraiment notre vision de l’agrément mécanique.

HANDLING 6 TWIGGS

Si vous aimez le comportement des Citroën, les vraies, vous allez adorer la C6, sinon, elle pourra au mieux vous séduire par son originalité – ce qui est devenu plutôt rare de nos jours.

CLASSIC APPEAL 8 TWIGGS

Ce qui était valable pour Patrick Dewaere et Gérard Depardieu dans les Valseuses, l’est toujours ici, à 40 ans d’écart. Si vous ne nous croyez pas, vous n’avez qu’à essayer.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 7 TWIGGS

Cette fois c’est sur : c’est la der des ders. Y ajouter une élégance intemporelle dont ne pouvait se targuer la XM et vous obtiendrez un collector que les hollandais nous piquerons avant que l’on ne réalise ce qui se passe.

BLENHEIM FACTOR 8 TWIGGS

Nous adorons la C6, pour une foule de raison. Même en étant hermétique à l’univers Citroën, une seule suffit à justifier notre jugement : c’est la dernière auto à faire un tel choix de l’originalité, qu’elle soit technique ou esthétique, à une époque où la production est devenue tellement standardisée. Merci à elle.

CITROËN C6 V6 HDI
Nous adorons la C6, pour une foule de raison. Même en étant hermétique à l'univers Citroën, une seule suffit à justifier notre jugement : c'est la dernière auto à faire un tel choix de l'originalité, qu'elle soit technique ou esthétique, à une époque où la production est devenue tellement standardisée. Merci à elle.
VISUAL ATTRACTION9
MECHANICAL THRILLS3
HANDLING6
CLASSIC APPEAL8
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY7
BLENHEIM FACTOR8
6.8Note Finale
Note des lecteurs: (8 Votes)
9.6

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

5 Réponses

  1. josh

    J’ai envie de pleurer quand je vois les errements de la production française actuelle qui court après le modèle allemand au lieu de travailler et polir les défauts récurrents du haut de gamme français : les détails de finition, l’ergonomie, les motorisations, le service (accueil digne d’une poissonnerie du futur client qui a au minimum 35000€ dans sa poche), etc.
    J’ai aimé l’audace de Renault avec la Vel Satis et le classicisme de Citroën avec cette C6, maintenant on a quoi à part des berlines allemandes chiantes ? Et qu’on me parle pas de la DS5, gros tas chromé, hybridé et boursouflé qui ressemble à un picasso première génération :-)

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  2. Laurent B

    Avec la lignée des grandes Citroën hydrauliques s’éteint l’une des dernières exceptions françaises.

    La DS5, Kia ou Hyundai pourrait la faire, mais la C6, assurément non. Seul Citroën pouvait encore faire un engin aussi obstinément différent et hermétique aux séductions faciles dont abusent les marques à la mode. Fidèle à son héritage, la C6 vous impose de vous adapter à elle et non l’inverse. Refus du compromis ou arrogance française ?

    Comme avec la CX ou la DS, on adhère ou on roule allemand. Le public a depuis longtemps choisi de rouler allemand. Pour Citroën, il est maintenant temps de redevenir un constructeur comme les autres.

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  3. Laurent

    Diravi ?
    j’adore sur ma SM, en plus j’ai deux tours de volant entre butées !
    la SM, l’autre vraie grande CITROËN . celle qui fait peur, a entretenir, a tous ceux qui ne la connaissent pas vraiment en fait.

    la C6, j’étais à deux doigts ou plutôt 3000€ d’en acheter une, je me suis rabattu avec bonheur sur une C5 I evo (merci Ploué) break Exclusive avec double vitrage (mieux insonorisée qu’une Tesla model S !), sans barres de toit la rendant encore plus fine et rapide visuellement et puis plus pratique pour transporter des éléments de carrosserie de la SM quand cette dernière se fait abimer par un SUV indélicat.

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