Blenheim Cars : Jaguar XJ-S

Si un sortilège improbable lancé par je ne sais quelle sorcière enivrée avait accordé quelques humanités à la Jaguar XJ-S, soyons certains que l’idée d’un parricide sanglant lui aurait traversé l’esprit! Lorsque l’héritage familial est à ce point lumineux, la plus besogneuse, la plus méritante des descendantes sera tout de même vouées aux gémonies, quoiqu’elle vaille.

En 1975, la mythique E-Type s’éclipse, telle le King Elvis, boursouflée et enlaidie par les fantasmes sécuritaires américains, et laisse place à la malheureuse XJ-S. Sa gestation déjà ne fut pas sans difficultés. Malcolm Sayer et Sir William Lyons, qui partira en retraite en 1972, ont donc initié le projet dès 1969 mais les turpitudes “naderiennes” et le besoin impérieux d’être présent sur le marché américain vont donner plus d’importance aux discours des marketing people, qu’à celui des stylistes. Ainsi le projet sera repris à maintes reprises et comble de l’absurde, on demandera la collaboration de Vignale pour tracer les volumes de ce coupé. Les remous de l’industrie automobile britannique sont à leur apogée dans les seventies et les incessants rachats-fusions entre marques nationales, non content d’enrichir les imprimeurs qui changent les logos d’en tête des prospectus tous les 3 mois, vont créer un marasme et une déprime profonde dans les esprits anglais. Ajoutez à cela, une conjoncture internationale marquée par les résultantes autophobes de la guerre de Kippour et vous comprendrez que l’atmosphère qui régnait à la présentation de la XJ-S au salon de Francfort 1975 était des plus morose.

Ceux qui attendait une super Type E, sportive et raffinée, vont s’enrouer de désespoir en découvrant un intérieur sentant bon les effluves …de plastique, une définition châssis (celui de la XJ) réglée “BigMac” pour ménager les lombaires californiennes, un V12 à l’appétit pétrolier gargantuesque bien malvenu en cette période et de superbes pare-chocs caoutchoutés noirs! Pourtant la ligne est réussie et la lunette arrière originale signe l’auto mais la frustration est telle que même ses atouts seront boudés.
Son tarif quasiment doublé par rapport à celui de la Type E ne fera qu’accentuer un a priori négatif auquel les dirigeants de Jaguar vont tenter de répondre dès 1981, en lançant le Coupé HE. Le V12 High Efficiency reçoit en fait un traitement curatif à base de culasse “Fireball” améliorant le rendement (300 ch) et la consommation. Le tableau de bord retrouve quelques boiseries plus en adéquation avec le pedigree du matou et, de la même manière, les pare-chocs laissent apparaitre un bandeau de chrome dès 1982.

Pour finir de charmer le ricain moyen, une version découvrable est envisagée mais là encore le ‘Unsafe at any speed’ a fait des ravages. Le décapotage ne s’envisage plus que sous forme Targa, avec armatures restant en place et cette version “absolutely blenheim” sera au catalogue de 1983 à 1988. Elle sera remplacée, une fois l’éventualité de mesures coercitives écarté, par un magnifique, quoique plus classique, cabriolet.

Sous le bonnet, le V12 5.3l d’origine va être rejoint, dès 1983, par un 6 en ligne de 3.6l et 221 ch qui aura toutes les peines du monde à mouvoir les 1700 kg de ce salon roulant, tout comme les 4 freins à disques ne parviendront pas non plus à les ralentir efficacement! A la fin des eighties, la XJ-S va subir quelques bouleversements notables. En 1988 Jaguar gagne les 24h du Mans et TWR mitonne une version commémorative exclusive, la XJR-S. Dès 1989, cette sauvageonne inaugure un tout nouveau V12 6l en version 333 ch qu’elle conservera jusqu’à son dernier exemplaire en 1993. Elle lèguera ensuite ses organes aux membres plus sages de la famille (le coupé et le cabriolet) qui l’assagiront à 318 ch.

La version “d’entrée de gamme” 6 cylindres 3.6l évoluera à 4l de cylindrée et 238 ch à partir de 1991, date à laquelle un remaniement esthétique de toutes les versions est annoncé. Comme pour mieux s’accorder avec les lignes de la XJ 40, les feux arrières pourtant très typés laissent place à des éléments rectangulaires débordant sur les flancs et les vitres de custodes s’élargissent en perdant leurs déflecteurs. C’est ainsi que la XJ-S poussera son dernier soupir en 1996, après 21 ans d’existence sous de multiples propriétaires (Ford étant le dernier depuis 1986) et plus de 115000 copies toutes versions confondues.

A l’image d’une Camilla Parker Bowles qu’une reine de beauté avait, en son temps, éclipsée, la Jaguar XJ-S retrouve grâce aujourd’hui auprès des amateurs. Si les premier prix actuels permettent de s’offrir ce matou musclé pour environ 10 000 euros, les coûts d’entretien prohibitifs peuvent rebuter les portefeuilles sensibles, mais ceux qui assumeront l’achat goûteront avec délectation les joies immenses et les plaisirs d’une belle entêtée qui parviendra tout de même à ses fins: vous en faire tomber amoureux. Comme Camilla…

Années : 1975-1996
Production totale: 115415
Moteur : V12 / 6 en ligne
Cylindrée : 5.3l puis 6l / 3.6l puis 4.0l
Pour le V12 5,3l
Puissance : 285 ch DIN à 5500 tr/min
Couple : 40.7 m.kg à 4700 tr min
Transmission : BVM4 – AR
Poids : 1700 kg
V MAX : 240 km/h
0 à 100 km/h: 6,9s
1000 m d.a. : 28s
Texte : Mister Pat Panick, photos : Jaguar – droits réservés










