Roadtrip – la vallée du Douro en Fiat 500C

Il a été observé que certains gangers, du fait d’un emploi du temps digne de tycoons de la finance, n’ont que peu de temps à consacrer aux escapades routières trans-continentales. Comme à son habitude le Blenheim Gang répond aux désirs d’évasion de tout un chacun en offrant aujourd’hui les clés d’une escapade rapide, idéale pour un week-end ensoleillé. De quoi s’intercaler facilement entre deux semaines consacrées à l’escalade de la face nord d’une montagne de dossiers.
Destination le Portugal pour une aventure définitivement dépaysante dans la vallée du Douro, dans un site classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, à deux petites heures de vol de Paris – c’est pratique.

Le moment le plus difficile de votre samedi matin sera de quitter l’aéroport de Porto et de réussir à trouver la N108 qui longe le fleuve. Nous avons mis une demi-heure en tentant de contourner la ville pour éviter d’éventuelles congestions, pas forcement le bon choix au vu du manque flagrant d’indications routières. L’alternative la plus intelligente est sans doute de plonger dans la cité jusqu’au Douro puis de le suivre, sans le franchir, vers l’est. On vous laisse l’initiative, mais ne vous attardez pas trop dans le centre ville, car si la route n’est pas longue, mieux vaut prendre son temps pour bien en profiter.
Pour nous, le voyage à proprement parler a commencé à Jovim, au sud de Gondomar, au volant de la toute nouvelle Fiat 500 C – la variante découvrable de la plus Blenheim des citadines. Drôle de choix pour prendre la route ? Pas si sûr. Avec à peine 160 km au programme, nul besoin d’une auto puissante ou exagérément confortable, par contre nous ne saurons qu’insister sur le choix d’un cabriolet pour profiter au maximum des points de vue, innombrables le long du tracé.

Le fleuve d’or apparaît tout de suite dans une configuration qu’il ne quittera pas tout le long du voyage : relativement large, encaissé entre de hautes et raides collines à la végétation luxuriante. À perte de vue de petits villages aux murs blancs et toitures orangées. La circulation est rare, le revêtement de la route parfait, la signalisation enfin claire, c’est parti !
La 500 C reprend le même principe de capote que sa glorieuse ainée, à savoir une toile qui descend jusqu’au couvercle de malle en glissant entre des arches fixes. Ingénieux, ce système ne nécessite aucun renfort pour conserver la rigidité de la caisse et donc ne provoque pas la surcharge pondérale habituelle des cabriolets issus de berlines. Si à l’avant on perçoit plus l’ouverture comme un simple toit ouvrant, à l’arrière on profite pleinement du beau ciel bleu portugais. La capote peut être ouverte dans deux positions, la première décapsule l’auto uniquement sur le dessus, laissant la vitre arrière (en verre) sur place. La deuxième poursuit l’opération plus loin, en rabattant celle ci pour donner les sensations d’un cabriolet. Seul bémol, dans l’opération la capote bouche totalement la vue, rendant plus qu’aléatoire toute tentative – c’est le mot – de marche arrière.

Notre 500 est équipée du moteur 1,2 de 69 chevaux, accouplé à la boîte manuelle robotisée Dualogic. Nous choisissons d’abord le mode automatique, pour s’habituer à la voiture. Comme souvent avec ce genre de transmission, le passage de vitesse est géré de façon calamiteuse et provoque moult à-coups désagréables, retour rapide en manuel donc. Le forme du levier empêche un maniement naturel, il conviendra d’appréhender celui ci comme un manche pour monter les rapports et de le taper avec la paume pour les descendre. Une fois compris cela, et le fait qu’il vaut mieux soulager les gaz à la montée, c’est un régal d’efficacité.

Le temps de prendre l’auto bien en main et nous voilà arrivés à São Martinho de Sardoura, où le Douro rencontre deux de ses affluents, configuration idéale pour se perdre un bon moment, car évidemment il est possible de suivre chacun des cours d’eau. Jusqu’à Ribadouro le paysage n’évolue que doucement, évoquant celui des régions reculées du Massif Central, à l’architecture près. Puis, tout à coup, on entre dans le vignoble de Porto et on s’en prend plein les yeux. Le route grimpe subitement la colline et le fleuve apparaît bien loin, encaissé dans la vallée, depuis de nombreux points de vue, offrant à chaque fois un panorama différent. Chacun d’eux est une occasion de s’arrêter : ils sont marqués par des miradors, petits belvédères en granit, parfois ombragés ou ornés d’azulejos. Partout des vignes forment un paysage d’une diversité rare, entre parcelles cultivées, domaines viticoles, châteaux, villages et le Douro, majestueux.



Une musique traditionnelle, diffusée bien trop fort nous sort de notre rêverie : c’est un camion qui la diffuse par un haut parleur placé sur le toit de sa cabine. Entièrement grillagé et laissant voir toute sa marchandise, il passe de village en village pour vanter ses produits. Nous reprenons la route et le doublons à la première occasion pour profiter des multiples virages. La Fiat est étonnamment vivace au vu de sa médiocre puissance. Elle saute de courbe en courbe avec une énergie qui rend dubitatif. Où donc cette puce de moins de soixante-dix chevaux puise t-elle cette force ? On lit et relit la fiche technique, et la réponse apparaît enfin : le poids, 865 kg. On avait oublié qu’une voiture moderne pouvait peser moins d’une tonne. Associé à un excellent châssis, voilà qui permet de prendre un plaisir certain, et d’enrouler les virolos suffisamment vite pour faire crisser les pneumatiques surdimensionnés.

À Vila Jusã la route redescend et lèche le Douro dans une zone assez urbanisée. Les vignes sont de plus en plus présentes dans la vallée qui s’est considérablement élargie. La ligne droite remplace la courbe, mais nous n’en profitons pas, coincés derrière un Land Rover de la Guarda Nacional lancé à … vitesse modérée. Peso da Regua est le seul bourg d’importance de notre périple, où l’on va traverser le Douro, sur un pont flanqué entre une voie de chemin de fer antique et un gigantesque viaduc autoroutier en béton. Un peu de gymnastique intellectuelle aux ronds-points (toutes les routes ont la même dénomination) et l’on retrouve notre chemin. Dorénavant les collines ne sont plus que d’impressionnants champs de vignes, striées de lignes vertes, telles des courbes de niveaux. Le fleuve, domestiqué et élargi par des barrages, est encore plus imposant. La route est rapide, mais on s’arrête régulièrement pour jeter un œil au paysage et surtout admirer les Quintas, ces énormes propriétés viticoles. `

Pinhão, on re-traverse le fleuve sur un étroit pont métallique, pour s’engouffrer dans le pittoresque bourg aux rues pavées. On quitte alors le Douro pour entrer dans l’arrière-pays, à la recherche de notre destination finale, quelque part dans les hauteurs. Le paysage devient de plus en plus sauvage, la route de plus en plus escarpée et dégradée, et partout les vignes. Après une quinzaine de kilomètres de virages ayant mis la Fiat à rude épreuve – dans une odeur de caoutchouc chaud – une flèche laconique : « Romaneira 6600 m ». Ici on abandonne l’auto au pied d’un bâtiment ultra-moderne, pour monter avec bagages dans un gros tout-terrain moderne qui va nous conduire dans un autre monde.


Un autre monde coupé de tout, perdu au milieu d’un domaine de 440 hectares. Les 6,6 derniers kilomètres sont parcourus sur un étroit chemin pavé, descendant tout en bas de la vallée entre les vignes, vers une quinta isolée : la Romaneira, ou Quinta dos Sonhos – la maison des rêves. Dans ce Relais et Châteaux d’un autre genre, réalisé d’une main de maître par l’équipe de Thierry Teyssier, vous ne trouverez à première vue… Pas grand chose ! Pas de télévision ou de frigo dans les chambres, pas de réception à l’entrée, ni même de restaurant. Aberrant ? Pas le moindre du monde, dans cette demeure, où l’on se sent comme chez soi, on se met en quatre pour répondre au moindre désir des clients. Il y a dans la somptueuse quinta plus de salons que de clients, et autant d’endroits pour goûter aux délices de la cuisine à toute heure du jour et de la nuit. Tous les caprices sont permis, il suffit de demander ! Que vous préfériez un séjour rustique ou la vie de château, l’endroit s’y prête. En ce qui nous concerne, après un bon bain dans la maison qui nous sert de chambre, direction l’autre demeure, à trente minute de marche (ou bien moins en voiturette de golf) entre champs de lavandes, orangers et vignes, bien sûr. Là nous dégusterons un succulent dîner au porto (blanc, rosé, ou rouge), suivi d’une halte gourmande à la chocolaterie ou de délicieuses recettes sont à gracieuse disposition. Puis nous finirons la nuit dans l’immense piscine couverte…


Demain est un autre jour, réservé à la détente et au repos. La Romaneira mérite que l’on y prenne le temps de découvrir chacun de ses secrets, qui sont autant de délicieuses surprises pour celui qui y réside.
Et si jamais vous devriez vraiment revenir à vos dossiers, l’aéroport est à moins d’une heure et demie par l’autoroute, et bien moins en hélicoptère – il y a un hélipad sur le parking, je ne vous l’avais pas dit ?




texte et photos : Yan Alexandre









excellent
Remballez votre Guide du Routard et votre Moniteur Automobile … le Blenheim Gang s’occupe de tout!
super article, les photos sont très soignées, et cette piscine à débordement à la fin… superbe!
[...] plus le même que celui que l’on a porté sur la gentille Fiat que nous avions essayé l’année dernière dans la vallée du Douro. Première déconvenue : la position de conduite surélevée qui donne plus l’impression de [...]