1998, la Mini n’a plus que deux ans à vivre. Deux ans avant que BMW, propriétaire de Rover depuis 1994, ne décide de jeter l’éponge, et de démanteler le dernier groupe automobile britannique, tout en conservant jalousement les droits d’utilisation d’un nom qui contre toute attente se révélait bien plus populaire que prévu : Mini.

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Mais en 1998, on est loin d’avoir la tête à tout cela. Celle qui s’appelle alors Rover Mini s’apprête à fêter son quarantième anniversaire, et le groupe Rover, qui lutte (depuis toujours ?) pour dégager des bénéfices multiplie depuis les années 1980 les séries limitées pour gagner un peu d’argent avec cette drôle de petite voiture totalement anachronique, et qui n’a jamais été bien rentable. L’une des toutes dernière sera cette Paul Smith éditée à 1800 exemplaires.

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Lorsque nous sommes allés à la rencontre de Sir Paul Smith, à ses bureaux de Kean Street, à Londres, pour papoter bagnoles (voir notre interview de Paul Smith), il nous a évoqué la genèse de ce projet. « Rover m’a contacté je ne sais plus quand, en me disant qu’ils adoreraient que, en tant que symbole de la culture “British“, je customise une de leurs voitures. J’ai donc décidé de faire cette Mini avec les bandes. J’aurais pu en vendre énormément, les gens l’adoraient tellement… ». Le succès de cette Mini multicolore dont il n’existe que deux exemplaires va pousse le constructeur à renouveler sa collaboration avec le couturier, avec cette fois des objectifs commerciaux en tête.

« Ils voulaient faire une édition limitée » se souvient Paul Smith « car ils tenaient à être populaire au Japon, et ils savaient que j’y avait un bon succès. La plupart ont été vendues là bas, en 10 jours seulement ! C’était très rapide. Il y en a au quelques unes ici aussi [300 exemplaires pour le marché anglais, NDBG]».

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« Quand on vous demande de faire ce genre de projets », continue Paul Smith, « vous êtes très excités. On se dit qu’on pourrait mettre tel rétroviseur sur les ailes, de l’aluminium par-ci… Mais en fait, avec toutes les normes de sécurité, ça a été très difficile. […] Mon idée originale était très excitante, mais au final elle est devenue très classique ! ».

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Très classique ? Peut-être, il n’en reste pas moins qu’elle détonne drôlement dans le trafic, notamment par sa couleur « Paul Smith Blue » (au Japon, la voiture était également disponible en blanc ou en noir), un bleu moyen très intense, qui tire légèrement vers le violet. Paul Smith se rappelle de la réunion où le choix de cette teinte s’est imposée : « Je me suis dit qu’une des choses pour lesquelles je suis connu est la couleur, ainsi que l’effet de surprise – par exemple avec des chemises dotés de boutons de différentes couleurs. Je leur ai demandé [aux gens de Rover NDBG] ce qu’ils pouvaient faire et ils m’ont sorti un nuancier avec des teintes tellement prévisibles… […] Je voulais quelque chose d’inhabituel, de différent. J’ai alors sorti ma chemise de mon pantalon, et j’en ai coupé un coin en leur disant “vous ferrez cette couleur !“. C’était complètement improvisé. Le bleu de cette Mini est donc celui de la chemise que je portais lors de la réunion. J’ai encore la chemise, on l’a encadrée et elle se trouve dans un de nos bureaux au Japon. »

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Pour la surprise, il s’agit de touches Citrus Green distribuées avec parcimonie sur des éléments cachés de la voiture, invisibles donc au premier abord, se dévoilant à la manière des détails incongrus de certains des vêtements signés Paul Smith, comme ces vestes très classiques à la doublure chamarrée, ou ces souliers noirs au dessous de semelle teinté du même vert citron. Cette couleur vous saute donc aux yeux en ouvrant le coffre (sur le plancher et le réservoir d’essence), la boite à gants ou le capot (sur le cache-culbuteur). Les autres nombreux détails spécifiques à cette série limitée sont un emblème de calandre en forme de carte du Royaume-Uni (Citrus Green, encore), un badge de capot émaillé Paul Smith en or 9 carats, une trousse à outil en jean’s , des fonds de compteurs signés Paul Smith, et un autocollant à la base de la lunette arrière. L’habitacle de cette Mini très huppée est en cuir noir, l’avant reçoit deux feux additionnels, et elle est équipée de jantes Minilite couleur « gris charbon ».

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La voiture que nous essayons aujourd’hui provient du Japon (c’est là que l’on en trouve le plus), où elle été achetée neuve, avant d’avoir été importée en France. Elle a hérité de son premier propriétaire un volant à droite, une transmission automatique et un autoradio-cassette Rover dont la plage de fréquence ne partage presque rien avec a bande FM française. Un peu d’exotisme ne nuit pas !

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Dès que je me laisse tomber dans le petit siège conducteur, je me laisse envahir par cette incroyable sensation d’espace qui se dégage des Mini classiques. Difficile d’imaginer que si petite voiture puisse être aussi logeable et lumineuse. Tout le contraire, donc, des Mini actuelles… Ce n’est pas le moment de se plaindre de la boite automatique : elle va me permettre de m’acclimater tranquillement à ce drôle d’engin dans les quelques rues parisienne que je dois franchir avant de rejoindre les – très – grands espaces de l’autoroute.

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Le petit volant, luisant comme toute pièce d’habitacle automobile de la fin des années 1990 un tant soit peu usée, à jante curieusement épaisse, me semble quasi-horizontal. Sa partie inférieure est trop proche, alors que je dois tendre le bras pour attraper le dessus. Le minuscule pédalier est décalé vers la gauche et au moment où le premier feu rencontré passe soudainement au rouge, je me retrouve dans la précipitation à accélérer au lieu de freiner… Des banalités pour quiconque est habitué aux Mini, mais pour le néophyte que je suis, les première mètres au volant sont un tantinet déconcertant. Heureusement, on s’y fait très vite, bien aidé par la gabarit lilliputien qui transforme la moindre ruelle en boulevard. Et si en bon continental j’ai tendance à me déporter vers la gauche avec ce volant du mauvais côté, cela n’a que pour effet de me placer au milieu de ma file, encore bien loin de la ligne médiane.

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Pour avoir roulé pendant deux ans dans un Fiat 126 au gabarit comparable à celui d’une Mini, j’appréhendais les quelques kilomètres d’A13 que je vais devoir emprunter pour quitter Paris, d’autant plus qu’ils sont à parcourir en montée. Au moment de m’élancer sur la bretelle d’accès, les doutes se dissipent vite. La transmission automatique à l’ancienne transforme la Mini en une Jaguar en réduction, passant les rapports en douceur sans que l’on ne comprenne parfois très bien sa logique (les réactions au kickdown sont parfois surprenantes), faisant glisser tranquillement la voiture sur la route. Le moteur 1275 cm³ SPI (injection mono-point) développe largement suffisamment de chevaux (50 à 5000 tr/min) pour propulser vaillamment les 620 kg (à vide) de l’engin, dans un joyeux vacarme de machine à coudre, virilisé par la touche grave de l’échappement. Le tout dans les inlassables tressautements des suspensions. Je stabilise la vitesse à un peu moins de 110 km/h, il pleut et je n’ai pas encore trouvé toutes mes marques. Soit 1 km/h de plus que mon record absolu en 126 – obtenu en descente – et tout indique que la Mini peut naviguer sans encombre à plus de 130 km/h sur l’autoroute aux mains d’un conducteur sourd.

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Direction les petites routes, à la recherche d’un endroit pour prendre la voiture en photos, quelque part entre Versailles et Paris. La Mini s’y montre nettement plus amusante, le moteur a du répondant et la direction est précise, reste la transmission automatique qui ne peut pas faire grand chose ici. Si l’on y perd en vivacité, rien n’empêche de s’amuser à trajecter et d’ouvrir sa perception à ce qui peut rendre une Mini si amusante. À re-essayer dans ces conditions avec une boite manuelle donc ; mais en ce qui nous concerne, maintenant que les photos sont prises, direction le véritable terrain de jeu de cet exemplaire : la ville.

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À la première voiture rencontrée, l’effet est immédiat. La Mini fait partie de ces voitures capables de transformer le plus placide des conducteurs en véritable hooligan de la route – de boulevards dans son cas. Devant moi une Laguna se déplace forcement trop lentement, un coup de volant à droite, la Mini bondit de 50 cm, j’estime la distance entre la berline et le trottoir : ça ne passe pas. Coup de volant à gauche, nouveau saut de puce, j’écrase la pédale, la boite rétrograde ce qu’elle peut, le moteur hurle et la Mini avale l’obstacle, une route de l’autre côté de la bande médiane, sans pour autant perturber le dense trafic venant a contre-sens. La chaussé s’élargit à deux files ? Parfait, cela en laisse une troisième pour passer au milieu des voitures enracinées au feu rouge. Un camion qui ne démarre pas assez vite ? Hop, cette fois ça passe au ras du trottoir, juste le temps de s’insérer entre la cabine du semi-remorque et le cul d’un bus en espérant que là haut, tout là haut, le chauffeur m’ai vu – bip, un coup de klaxon, dans le doute. Et ainsi de suite, chaque feu rouge, chaque ralentissement, se transformant en slalom dont les autres véhicules sont les piquets. Et il faut dire que dans cet exercice, la boite automatique est un allié précieux. Ne pas avoir à se concentrer sur les changements de vitesses, c’est autant d’attention en plus pour observer ce qui se passe autour de soit – et dans une Mini, la vision est panoramique. Un comportement pas si éloigné de celui d’un utilisateur de scooter, en bien plus chic…

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Parfaitement adaptée à la ville, la Mini prouve qu’elle sait aussi s’aventurer sur tous les terrains (ce que ses rivales des chez Fiat étaient bien incapable des faire). La transmission automatique en fait une voiture très différente, tout comme les délicieuses finitions de cette rare version Paul Smith. Le meilleur engin urbain ? Peut-être, peut-être pas, mais assurément un choix de connaisseur. D’ailleurs, Paul Smith lui même ne s’y trompe pas : « J’en ai une bleue, que je gare à Soho. Je la vois tous les jours ». La boucle est bouclée.

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VISUAL ATTRACTION 10 TWIGGS

Tous véhicules confondus, cette série limité est l’une des plus intéressantes qui soit. Il ne s’agit pas ici de quelques stickers et autres gris-gris signés, mais l’adaptation parfaite d’une automobiles aux codes de la maison Paul Smith, d’autant plus soigneusement exécutée que c’est lui même qui s’en est chargé. Que l’on aime ou pas les Mini modernisées des années 1990, c’est une réussite esthétique totale, avec une présence visuelle rare.

MECHANICAL THRILLS 2 TWIGGS

La Mini en configuration SPI n’a jamais eu de prétentions sportive, et, ici, la transmission automatique bride un peu la vivacité de la mécanique, qui s’en sort toutefois avec les honneurs : on ne s’ennuie pas à son volant.

HANDLING 7 TWIGGS

Dans l’univers urbain pour laquelle elle est parfaitement calibrée, cette voiture est un démon qui pousse son conducteur à se comporter comme un parfait idiot. Oui, c’est un compliment.

CLASSIC APPEAL 10 TWIGGS

Collector, même si vous n’aimez pas les Mini.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 10 TWIGGS

Une voiture de filles revisitée par le maître de l’élégance masculine. Rien à rajouter.

BLENHEIM FACTOR 10 TWIGGS

Croisement de deux icônes de la culture British, la Mini Paul Smith ne pouvait que recevoir nos suffrages. Et en plus elle est diabolique à conduire.

Un grand merci au garage My Mini Revolution et à Jean-Baptiste Florence pour la mise à disposition de la voiture de cet essai.

ROVER MINI PAUL SMITH
Croisement de deux icônes de la culture British, la Mini Paul Smith ne pouvait que recevoir nos suffrages. Et en plus elle est diabolique à conduire.
VISUAL ATTRACTION10
MECHANICAL THRILLS2
HANDLING7
CLASSIC APPEAL10
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY10
BLENHEIM FACTOR10
8.2Note Finale
Note des lecteurs: (14 Votes)
7.5

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

Une réponse

  1. Peter

    Si vous voulez essayer une autre Mini Paul Smith, avec une boîte manuel, please feel free to contact me à la Belgique… ;-)

    Répondre

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