De
longue date, le Blenheim Gang pose un regard bienveillant
sur les sportscars arborant la contraction du prénom
de Trevor Wilkinson en guise de badge de capot. Les raisons
en sont multiples. Un design aventureux réinterprétant
habilement certaines références incontournables
du passé, des chiffres de performances à faire
saturer les glandes des adeptes pré pubères
de Gran Turismo, un refus obstiné de se conformer à
l’embourgeoisement, sont autant d’éléments
qui confèrent au Blackpool Rockets un statut de garants
du « British Bulldog Spirit ».
Après
avoir soumis le roadster S3C à l’épreuve
du Blenheim Test, il est temps d’élargir la perspective
sur les mérites des TVR en nous penchant sur le modèle
pour l’heure le plus puissant à occuper les lignes
de montage Bristol Avenue (sic).
Rompant
avec les roadsters qui constituaient l’intégralité
de sa gamme depuis le milieu des années 80, TVR lança
la Cerbera sur le marché en 1996. Grâce a sa
configuration 2 + 2, elle avait pour complexe tâche
de séduire les adeptes de la marque ayant délaissé
les divers dispositifs de contraception pour s’adonner
à la reproduction active. Outre son toit rigide et
sa capacité a accueillir un contorsionniste à
l’arrière, la Cerbera était munie d’un
moteur entièrement nouveau conçu pour la première
fois intégralement par TVR, le V8 AJP.
Les spécifications
de la Cerbera 4.5 « Red Rose » sont en totale
adéquation avec la brutalité exhalée
par l’impact visuel de ses lignes. L’option «
Red Rose » est un étrange gimmick marketing manifestement
destiné à alimenter les conversations de bar
des membres du TVR Car Club. Elle a certes la vertu de conférer
une vingtaine de brake horsepower supplémentaires au
4.5 de base qui se contente de 420cv, mais il faut sans doute
les capacités sensorielles du fils spirituel de Jim
Clark et Graham Hill pour s’apercevoir de leur présence
sur route ouverte. Fidèle aux préceptes qui
régissent la quasi intégralité des productions
de Blackpool, la Cerbera laisse reposer sa coque en fibre
de verre sur un châssis composé de tubes métalliques
au large diamètre. Débarrassée des contingences
propre à la conception d’une monocoque métallique,
elle n’accuse que 1100kg pour 440cv dans cette exécution
« Red Rose ».
L’abord
de la Cerbera est des plus ludiques. L’ouverture de
la large porte, dépourvue de toute forme de poignée,
s’active électriquement au moyen d’un poussoir
logé sous le rétroviseur. L’odeur caractéristique
de la fibre de verre fraîchement appliquée embaume
un habitacle dont l’approche stylistique évoque
l’exubérance de HR Gyger tempérée
par un craftsman d’Aston Martin, période Newport
Pagnell.
Malgré
son prix des plus contenus pour ses performances, il est tentant
de rapprocher la Cerbera des Grand Tourisme plus conventionnelles
d’origines italiennes et allemandes. Après avoir
conduit le coupé britannique, la comparaison perd passablement
de sons sens.
La direction est très précise mais son extrême
rapidité peut s’avérer déconcertante
pour qui est habitué aux réactions plus filtrées
des GT modernes, la commande de boîte requiert une poigne
de fer pour tirer profit de son excellente sélection.
Le bruit est quasiment aussi excitant et évocateur
que celui d’une Griffith 500, ce qui constitue un achèvement
majeur en soi et l’enthousiasme de l’AJP 8 à
répondre aux sollicitations est purement dévastateur.
Il conviendra toutefois d’élever la voix pour
qui voudra disserter clairement avec la Blenheim girl qui
ne manquera pas d’occuper le siège de droite.
Dans des conditions « normales », il est extrêmement
difficile de prendre le châssis en défaut malgré
l’absence de dispositifs d’assistance électronique.
Le freinage, dépourvu d’ABS, est heureusement
à la hauteur des performances. Du moins de celles que
l’on peut exploiter... Car la personnalité de
la Cerbera est celle d’un « racer » qu’il
conviendra de dompter sur circuit pour ne pas sombrer dans
une certaine frustration.
Paradoxalement,
elle s’avère, d’une certaine manière,
plus sauvage et plus « brute » que les roadsters
de la marque avec lesquels elle a débuté sa
carrière. Ce sentiment subjectif est sans doute dû
à la dualité de la Cerbera. Elle est parée
d’atours de GT, certes sauvages, son cockpit exhale
le raffinement mais elle se comporte avec la férocité
d’une track car. Il y a des ambivalences bien plus désagréables
toutefois… |