LES LOCOMOTIVES DE PAUL ARZENS

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Ce n’est pas un secret, au Blenheim Gang, nous aimons les voyages hauts en couleurs. Vous comprendrez donc aisément que la grise uniformité du matériel roulant de la SNCF – déclinée du TGV au TER – n’est pas une perspective qui nous aide à digérer les réveils trop matinaux qui accompagnent généralement ces déplacements. Les quais de gare ont pourtant connu des jours meilleurs au cours des années 60 et 70, et notamment sous l’impulsion d’un homme : Paul Arzens.

CC 6500 Dijon

Les premières créations d’Arzens l’emmènent vers l’automobile (la Baleine, l’Oeuf Électrique…), mais c’est la SNCF qui deviendra rapidement son principal commanditaire. Cette longue collaboration, entamée dans les années 50 durera jusqu’aux prémices de l’ère TGV. C’est ainsi que les formes et les couleurs, d’abord expérimentées sous forme de modèles réduits dans son appartement parisien, prendront vie à grande échelle. Parmi ces nombreux projets, concentrons-nous sur deux designs qui auront marqué durablement le paysage ferroviaire français.

Les BB Jacquemin

Si ces locomotives (séries des BB 9200, 9300, 9400, 16000 et 25100) ont hérité du patronyme de leur ingénieur, c’est au crayon de Paul Arzens qu’elles doivent leur faces excurvées. Ce dernier sera également l’auteur de certaines livrées spécifiques, dont celle de l’emblématique « Capitole ». Entrées en service en 1957 à la tête de rapides convois voyageurs, leurs missions perdront progressivement en prestige, tout comme leur apparence : abandon des « moustaches » chromées et adoption de livrées moins en moins seyantes.

BB 9200 Capitole

L’une des six BB 9200 « Capitole », aptes à 200km/h, dans sa livrée rouge caractéristique.

BB 9400 livrée Arzens

Une BB 9400, en livrée dite Arzens (que deux 9200 connaîtront également)

BB 16000 VSE

Une BB 16000 dans une livrée verte, plus représentative de l’immense majorité de la flotte à la livraison (avec une rame complète de Voitures Standard Européenneses)

Les Nez Cassés

Sans doute l’une des formes les plus caractéristiques du matériel ferroviaire français que ce profil en éclair. Censé rappeler, selon Arzens, l’attitude d’un sprinter au départ, ce dessin apparaitra tout d’abord sur les CC 40100 en tête des TEE vers l’Europe du Nord. A partir du milieu des années 60, cette forme sera régulièrement reprise sur les machines de la SNCF (CC 6500, 21000, 72000 et BB 7200, 15000, 22200), et ce jusqu’au début des années 90. Si ces locomotives auront mis plus longtemps que les BB Jacquemin à perdre leur superbe, elles n’en sont pas moins devenues très discrètes aujourd’hui.

CC 40100 TEE

CC 40100, premier « nez cassé » (notez les tôles inox assorties aux voitures TEE).

CC 6500 Grand Confort

CC 6500 en livrée « Grand Confort » (également l’oeuvre d’Arzens). Les BB 15000 recevront une décilaison similaire de ce jeu de couleurs.

CC 72000 Grandes Lignes

CC 72000, unique série de « nez cassés » thermiques. Une fois de plus, la livrée est l’oeuvre d’Arzens

BB 22200 TEE Cisalpin

BB 22200. Visuellement quasi-identiques aux 7200, entrées en service à la même époque, ces machines seront peintes en gris béton dès la sortie d’usine.

BB 20012

Les prototypes BB 20011 et 20012 dérivées des 22200 recevront des coloris inspirés de ceux en vigueur aux Pays Bas (où elles circuleront beaucoup) sur un motif inspiré de celui d’Arzens.

Bien entendu, les voyages à 300 km/h sont un progrès dont nous ne saurions ignorer certaines vertus, comme la disparition des banquettes en skaï. Pourtant il nous arrive de regretter le ballet hétéroclite des rames « Grandes Lignes » dont les travaux de Paul Arzens faisaient partie intégrante (dans une mesure qui dépasse d’ailleurs largement le cadre de ces quelques exemples). Hommage, donc.