MAIS D’OÙ SORT DONC LE NOUVEAU V12 ASTON MARTIN ?

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Donc, Aston Martin a fait son nouveau V12, tout seul, sans l’aide d’AMG. Ah ?

Reprenons : en 2013 Daimler a acquis 5% du capital d’Aston, scellant au passage un deal de fourniture de moteurs et de technologie. Déjà à l’époque cet accord paraissait providentiel, le V12 faisant déjà figure de catafalque hors d’âge. Basé sur deux V6 de Mondeo siamois coté distribution, c’est un monstre plus large que le V12 Ferrari contemporain n’était long – sans parler de son poids. En outre, ce moteur plafonnait déjà depuis un certain temps en termes de performances, se faisant inexorablement décrocher par la concurrence.

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Le V12 6,0 est né sous le capot du concept Ford Indigo de 1996. Un beau bébé crée en mettant bout à bout deux V6 bien roturiers.

Il parait donc évident qu’Aston, bien conscient que ce bloc était à bout de souffle, ait lancé un nouveau moteur il y a un certain temps. Mais ça n’est pas parce qu’ils se sont dits en 2011 qu’il était grand temps de remplacer leur V12 qu’ils l’ont fait tous seuls, bien au contraire. Mon petit doigt me dit qu’avant de s’acoquiner avec Daimler, Aston n’avait d’une part pas les fonds (et ça reste le nerf de la guerre : on n’invente pas un V12 répondant aux normes Euro 6 simplement parce que l’inspiration vous a caressé un soir de pleine Lune), et devait manquer de ressources, qu’elles soient humaines (des types en blouses blanches prêts à recevoir l’inspiration les soirs de pleine Lune) que matérielles (pour passer l’inspiration au banc moteur, les soirs de pleine Lune).

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Le V12 6,0 tel qu’il se présente dans la Vanquish de 2015. Faites de la place !

Jeter les bases d’un moteur et en développer le hardware, paradoxalement, n’est pas la partie la plus consommatrice de ressources. Une fois l’idée de départ posée, on peut aller assez vite et assez loin. En revanche, les derniers 5 % de mise au point, qui sont de la calibration (beaucoup) et du hardware (un peu) nécessitent des dizaines de bonshommes, qui vont y passer des milliers d’heures. En l’occurrence, pour un moteur commencé en 2011, une arrivée d’AMG en renfort en 2013 aurait été providentielle pour permettre de transformer une bonne idée en un bon moteur.

Dans l’Aston Martin V12 Vantage S, le 6,0 l est rentré au chausse-pied. Heureusement que la boîte est à l’arrière.

Bien entendu, on va nous expliquer qu’Aston a fait ce moteur tout seul, en Angleterre, entouré des portraits des pères fondateurs, dans un bureau d’étude en briques rouges où l’on respecte l’heure du thé. D’une part parce que l’histoire est belle, d’autre part parce qu’il n’est dans l’intérêt de personne qu’Aston dise « AMG nous a donné un coup de main », si crédible soit AMG. D’ailleurs, ce ne sera qu’un demi-mensonge : ce moteur a probablement été conçu en Angleterre, dans un bureau d’étude en briques rouges, où une armée d’ingénieurs d’AMG s’est accommodée de l’heure du thé. Et on oubliera de mentionner les quelques moteurs Aston qui, éventuellement, ont pu passer sur des bancs à Affalterbach. Ils auraient été uniquement là pour cause de bank holiday de toute manière.

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Tout ce qu’on sait du nouveau V12 5,2 l. Pas grand chose.

Au final, le storytelling est parfait et nous nous réjouissons qu’un nouveau V12 voie le jour chez Aston Martin, mais honnêtement, si le premier de la classe devenait votre camarade de chambrée, vous continueriez à faire vos devoirs tout seul ?