Walkyrie

Bentley Flying Spur V8 S

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S comme Sport. Une lettre qui suffit à transfigurer le caractère de la Bentley Flying Spur. De concert, moteur, carrosserie et habitacle jouent une symphonie bien plus fougueuse.

Acte 1 – La route

Les phares à LED de la Bentley inondent la chaussée bordée d’arbres d’une lumière surréaliste. Plein gaz, la limousine s’arrache en avant. L’accélération est d’une violence inattendue. L’adrénaline gicle dans mes artères. Shoot en intraveineuse de chevaux vapeurs. Euphorie totale. L’aiguille du compteur s’emballe et effleure de son extrémité ouvragée des sommets indécents. Ce n’est plus un délit, c’est un crime.

Deux points rouges au loin. Le feulement ouaté du V8 à compresseur devient grognement discret depuis mon cocon ouaté. Dehors, l’apocalypse, c’est maintenant. Les quatre tubes des orgues de l’échappement jouent la Chevauchée des Walkyries. Hojotoho ! Dans un souffle l’obstacle est avalé et ne laisse place qu’à un tremblement lumineux dans le rétroviseur.

Trop tard, le virage se renferme sournoisement. L’inertie défie la Flying Spur, les suspensions jugulent prestement les mouvements de son immense masse. Lacet, tangage, roulis, toute velléité d’échapper à la trajectoire imposée est annihilée. Simple péripétie, la Bentley reprend sa cavalcade comme si de rien n’était et l’aiguille du tachymètre sa course vers les sommets.

Acte 2 – La forêt

Le cheval m’attendait là, quelque part derrière les arbres. Bruine et froid glacial. Le chemin qui s’enfonce dans la forêt est un océan de boue. La suspension pneumatique soulève élégamment la Bentley et les quatre roues motrices se jouent de l’adhérence précaire, constellant de terre humide les flancs de la limousine qui s’enfonce dans l’inconnu. Pas besoin de SUV quand on roule en Flying Spur. À bord, le volant me chauffe les mains, le fauteuil me masse le dos et la sono Naim inonde mes oreilles du chant de Brünnhilde. Le tapis volant glisse jusqu’à sa destination. Walkyrie, joli nom pour un canasson, pas plus étonné que cela par cette apparition bleue électrique au milieu des pick-ups crottés.

Acte 3 – La banquette arrière

De retour au Walhalla. Fermer les stores, incliner le siège. Puis, avec la télécommande, moduler le chauffage. Un léger souffle glacé : entre les sièges arrière, la vitre de la cave à champagne vient de s’effacer. Derrière les deux coupes en cristal, j’ai placé une bouteille de Bollinger. Un peu secouée ? Voilà bien le seul défaut de la Bentley.